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Cuba et la Guerre de 10 ans [1868-1878] : la première indépendance ?

mer, 10/10/2018 - 10:06
La "guerra de los diez años", dix ans d’insurrections anticoloniales et antiesclavagistes.
Il y a 150 ans jour pour jour, un épisode majeur de l’histoire cubaine débutait : le 10 octobre 1868, Carlos Manuel de Céspedes, riche propriétaire terrien, libérait et armait ses esclaves en les invitant à combattre à ses côtés ; il marquait ainsi le début officiel d’une guerre anticoloniale contre l’Espagne.

10 octobre 1868, le Cri de Yara
Carlos-Manuel Cespedes
source Manioc
Dans la première moitié du XIXe siècle, l’Espagne perdit une importante partie de son empire après la proclamation des républiques aux Amériques latines en 1821 ; elle reporta alors d’autant plus son attention sur Cuba tant pour son intérêt économique que pour nourrir la conscience nationale du pays. Mais sur l’île, le renforcement du pouvoir militaire, l’augmentation fiscale et l’échec de réformes politiques en cours contribuèrent à développer un mouvement anticolonialiste. C’est ainsi que le 10 octobre 1868, Carlos Manuel de Céspedes, propriétaire à Bayamo, ayant suivi des études de droit à Barcelone, réunit ses esclaves sur sa propriété, les affranchit, proclama l’indépendance et la lutte pour "Cuba libre" et prit la tête de l’insurrection. L’indépendance était le point principal du programme, mais Céspedes prônait aussi la suppression de l’esclavage.

Comme d’autres Cubains de la région de Manzanillo, Céspedes appartenait à un groupe qui s’était mué en une loge maçonnique. La rébellion avait ainsi été préparée discrètement et de longue date. Les troupes composées de paysans pauvres et d'esclaves libérés marchèrent victorieusement sur Yara, Jiguaní et Bayamo dans l’est de l’île, dirigées par des propriétaires terriens comme Céspedes, Francisco Aguilera.
Ce n’est pas étonnant que les hostilités aient démarré dans cette partie de l’île. L’est subissait fortement la crise économique et le durcissement de la politique fiscale. Les esclaves y étaient moins nombreux que dans l’ouest et la population libre de couleur plus importante. Aussi contrairement à l’Ouest cubain, l’esclavage ne constituait pas un pivot aussi central de l’économie et la peur d’une révolte servile à l’image de celle d’Haïti était moins prégnante.  La révolte s’étendit ensuite à l’ouest, vers Camagüey, menée notamment par deux hommes issus de riches familles de planteurs, Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte rejoints par Manuel de Quesada. Dans l’ouest de l’île fortement dépendant du travail servile et qui avait connu un bond économique dans la première moitié du XIXe siècle, le mouvement anticolonialiste et abolitionniste fut moins bien accueilli. Le faible soutien des élites terriennes contribua à la radicalisation du mouvement ; les insurgés libérèrent de force les esclaves pillant et incendiant les plantations sur leurs passages. À partir de novembre 1868, la réaction de l’armée espagnole empêcha une plus grande progression du mouvement anticolonialiste.

10 avril 1869, la Constitution de Guáimaro

Les insurgés se constituèrent en comités locaux, le plus important, Bayamo, devint le siège du gouvernement insurrectionnel. La constitution de Guáimaro faisait de Cuba une république indépendante de l’Espagne et elle était basée sur le principe de division des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Céspedes fut élu en avril 1869 président de la République, tandis que Aguilera, Izaguirre, Mendoz et Agramonte devenaient secrétaires d’états (à la Guerre, à l’économie, de l’intérieur, des relations internationales). La constitution prévoyait en outre que ses habitants étaient tous libres. Cette affirmation de l’égalité de tous les hommes s’accompagna de la nomination de Blancs créoles, d’Espagnols et les personnes de couleur libres à des postes municipaux. 

Quelques figures de l'insurrection cubaine
Ignacio AgramonteFrancisco AguileraMáximo GómezManuel de Quesada
 Mais très vite, l’hésitation fut de mise au sujet de la libération des esclaves. La crainte que la rébellion anticoloniale se mût en une guerre "raciale" des Noirs contre les Blancs fut présente tant chez l’ennemi espagnol qu’au sein du mouvement insurrectionnel. De fait, pour lutter contre les insurgés, les forces espagnoles agitèrent le spectre de la révolution haïtienne propageant la peur d’une guerre "de race" et invitèrent la population lassée à choisir plutôt la paix sous l’empire espagnol. Ajoutez à cette peur, la faim, les pénuries et les destructions. Au fil du temps, le moral des troupes révolutionnaires s’en ressentit ; les désertions et les redditions d'insurgés se multiplièrent. 

10 février 1878, le pacte de Zanjón
Antonio Maceo.
Nació el14 de julio 1845 -
Murió el 7 de diciembre de 1896
source Manioc
La république perdura 10 ans. Mais la trop grande division des pouvoirs qui entravait son bon fonctionnement, la crainte que la révolution indépendante ne devienne une révolution de couleur, la force tactique du général Campos nommé gouverneur de Cuba par le roi espagnol à partir de 1876 acheva la jeune république. En février 1878, un pacte vint officialiser une paix entre les deux camps, sans indépendance et sans abolition pour les révolutionnaires.

Certains des insurgés refusèrent de reconnaître le traité. Ce fut le cas notamment d’Antonio Maceo, homme de couleur né de petits exploitants libres. Promu général de l’armée de libération cubaine pendant la guerre, Maceo refusa catégoriquement la paix sans abolition dans sa Protesta de Baragua le 15 mars 1878. Il lutta quelques mois encore avant de devoir quitter l’île.

Même si cette première tentative se solda par la défaite des indépendantistes cubains, la guerre de Dix ans ne fut pas sans conséquence politique et elle transforma profondément les relations sociales. Le maintien de l’esclavage fut vécu comme une injustice sociale contre l’autorité espagnole et cela nourrit les désirs indépendantistes. Dans le même temps, l’émancipation de 16000 esclaves qui avaient participé aux insurrections engagea Cuba vers la voie de l’abolition totale et définitive qui intervient dans les faits en 1887.

Livres anciens sur Manioc.org  Pour aller plus loin
  J.P.
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Oktob' rivé...

lun, 24/09/2018 - 17:14
Octobre, mois du créole

Manioc et la BU des Antilles apportent leur contribution au Mois du créole 2018...



Depuis 1983, octobre est, partout dans le monde, le Mois du créole. Un seul chiffre suffit à donner une portée internationale à cet élément du patrimoine culturel immatériel célébré chaque année : il existe aujourd’hui de par le monde près de 20 millions de créolophones à base lexicale française. Très actifs dans la célébration de cet événement, les créolophones du Canada nous livrent, sur un site Internet dédié, moult informations éclairantes, comme par exemple l'origine de ce "Créole Day" reconnu et parrainé par l'UNESCO.
La bibliothèque universitaire du campus de Schoelcher, selon une tradition bien établie et fort courue, contribue au Mois du créole a sa manière en accueillant dans ses murs le "Festival Contes et Musique dans la cité", qui fête cette année sa 12ème édition. Selon l'usage adopté par ce festival, l'affiche réunit conteurs créolophones et francophones. Mardi 9 octobre à 18h45, Jean-Claude DUVERGER et ROBERT SEVEN-CROWS BOURDON se partageront ainsi les honneurs du plateau. Le premier, conteur et comédien martiniquais, est une figure réputée de la vie culturelle de notre territoire. "Quand je suis devenu un « diseur de contes », j’ai voulu les mettre  surtout  au service des miens. J’ai dit ce que je voulais dire à travers ce que l’on appelle maintenant le conte contemporain ou le conte social. J’ai choisi de conter la réalité...", dit-il. Le deuxième, pour sa part, puise dans l'imaginaire métissé de sa double culture acadienne et amérindienne la force de ses contes et légendes qu'il accompagne au tambour ou à la guitare. "Pour les Premières Nations, le conte a toujours été la fondation orale de la transmission de la culture", souligne-t-il. Plus d'informations sur cette soirée sur le site de la BU.

Parmi les ressources en créole dans Manioc, signalons "Mé Papa Galmot nous", chant de soutien fervent composé par les partisans de Jean Galmot. Mais qui était ce Galmot qui suscita un tel élan d'inspiration ?

in Affaire Galmot, 1928Aventurier et homme d'affaires français aux valeurs humanistes et progressistes, élu député de la Guyane en 1919, son ascension politique, aiguisant les haines de ses adversaires, se fracassa sur "l'Affaire des rhums" -une imputation d'escroquerie autour du commerce des rhums fournis à l'armée qui, après sa détention dans une prison française, se solda par un non-lieu. La ferveur autour de cet homme politique qui dérangea quelques intérêts établis dans cette Guyane dont il s'était éprise, culmina au moment de "l'Affaire Galmot". A la suite de l'épisode des rhums rapporté plus haut, Galmot tenta un retour en politique en Guyane à la faveur d'élections législatives mais mourût brutalement dans des circonstances suspectes, pour le plus grand bénéfice de ses adversaires. A l'issue des violences qui marquèrent, à Cayenne, l'annonce du décès, des émeutiers furent jugés en métropole, puis acquittés, avec comme avocat le jeune Gaston Monnerville qui fit de ces assises un procès politique : celui du colonialisme...

Outre ce chant en créole, cette affaire suscita une large production de tracts, papiers de propagande, écrits officiels ou militants recensés dans le dossier Affaire Galmot accessible sur Manioc.

Pour accompagner ce Mois du créole 2018, nous vous proposons en outre, ci-dessous, une sélection de vidéos disponibles sur le site de votre bibliothèque numérique préférée. Manioc, i bon memm !




POA

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Manioc et « l’art du partage »

ven, 14/09/2018 - 08:29


Quand le numérique favorise l’accès libre à la connaissance. 


Cette semaine Manioc profite des Journées européennes du patrimoine pour évoquer sa mission de partage du patrimoine.


La 35e édition des Journées européennes du patrimoine se déroule les 15 et 16 septembre 2018 sur le thème de « l’art du partage ». Le partage, c’est le fondement même de l’existence de Manioc. Depuis 2006, notre plateforme de contenu numérique enrichit ses collections de livres anciens et rassemble des documents textuels, sonores, iconographiques concernant l'histoire culturelle, sociale, économique ou politique du bassin Caraïbe. 
En 2015, Manioc organisait des journées « patrimoine en partage » en Guadeloupe, Guyane et Martinique, pour réunir des acteurs du patrimoine culturel et inviter à découvrir les collections numérisées sur la Guyane, l'Amazonie et la Caraïbe.  
Manioc vous invite à (ré)écouter les échanges qui se sont déroulés en mai 2015 à la Martinique entre Anny Désiré (conseillère livre et lecture Direction des affaires culturelles), Sylvain Houdebert (Directeur des bibliothèques de l'université des Antilles), Emmanuel Nossin (Président de TRAMIL, programme sur l'usage des plantes médicinales), Olivier Dehoorne (Directeur de la revue Études caribéennes), Dominique Ozonne (Responsable du fonds ancien de la bibliothèque Schœlcher), Dominique Rogers (Maître de conférence en histoire), Olivier Largen (Banque numérique des patrimoines martiniquais). 
Pour le ministère de la Culture, les Journées européennes du patrimoine sous ce thème de « l’art du partage » visent à « mener une réflexion sur ce que les éléments du patrimoine national présentent de commun, et de spécifique par rapport au reste du patrimoine » d’un espace plus large. C’est exactement ce que peuvent permettre les dizaines de milliers de documents rassemblés par Manioc et accessibles librement pour tous les curieux, passionnés et professionnels de l’histoire et du patrimoine culturel. Manioc vous souhaite de belles Journées européennes du patrimoine !



En savoir plus sur Manioc et la Journée "Patrimoine en partage"
Présentation de Manioc.
Article de la bibliothèque universitaire sur la journée Patrimoine en partage.Présentation des journées « Patrimoine en partage » sur le bloc Manioc en Martinique le mardi 5 mai 2015, en Guadeloupe lundi 18 et mardi 19 mai 2015  et en Guyane mardi 2 et mercredi 3 juin 2015.
Papier d'introduction de Patrick Odent-Allet pour la journée Patrimoine en partage. rencontre avec les acteurs de la bibliothèque numérique Manioc  et la Captation de la journée Patrimoine en partage : rencontre avec les acteurs de la bibliothèque numérique Manioc.
En savoir plus sur les Journées européennes du patrimoine 2018
Programme JEP2018 de Guadeloupe, de Guyane, et de Martinique.
J.P.
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Focus sur l'immigration en Guyane après l'esclavage

mer, 05/09/2018 - 11:04
Madériens, Africains, Indiens, Chinois, Antillais, Européens... Des quatre coins du monde vers la Guyane

Gravure tirée de l'ouvrage
"La Guyane française : notes et souvenirs..."Cette semaine Manioc vous propose un focus sur l'immigration guyanaise entre 1848, date de l'abolition de l'esclavage, et 1946, veille de la départementalisation.

Au lendemain de l'abolition de l'esclavage une politique migratoire est organisée par la France. En effet, pour préserver leurs plantations, les planteurs prônent l'introduction de travailleurs étrangers comme main d'œuvre afin de remplacer le départ des nouveaux libres qui ont quitté les habitations de roucou et/ou de canne à sucre.

Les premiers immigrés à arriver en Guyane en 1849 sont les Madériens, ressortissants portugais, déjà installés en Guyane britannique (actuel Guyana). La promesse d'une prime de 200 F et d'un supplément de 50 F par enfant permet à 202 Madériens de débarquer dans la colonie entre octobre 1849 et 1850. Mais ce flux d'immigrés s'amenuise suite à la diminution des primes accordées, ramenées à 75 F. En dépit de cette première immigration, le manque de main d'œuvre est toujours aussi important. La trouvant trop chère, les propriétaires préfèrent se tourner vers une organisation d'immigrants Africains. Ceux-ci arrivent à la colonie à partir de 1854. Elle s'établit en 2 phases : la première est composée de 1114 libres africains recrutés entre 1854 et 1857 (ils étaient originaires du littoral du golfe de Guinée) ; la seconde de 714 "captifs" (c'est-à-dire des travailleurs qui au moment de leur recrutement étaient prisonniers ou esclaves) recrutés entre 1858 et 1859, tous originaires de la région du littoral gabonais. Notons que les captifs étaient rachetés et affranchis moyennant un contrat de travail de 10 ans.

Les conditions d'immigration dans la colonie guyanaise : 
  • L'immigrant devait avoir connaissance des conditions du contrat d'engagement.
  • Il était conduit vers la colonie aux frais du Trésor public ou de la caisse locale d'immigration.
  • Il devait être immatriculé et enregistré par le commissaire à l'immigration.
  • Il était obligatoirement soumis aux contrôles sanitaires puis confié à un "engagiste".
  • L'engagé et "l'engagiste" signaient un contrat d'engagement pour une durée de 5 à 7 ans. Au terme du contrat, il pouvait opter pour son rapatriement aux frais de la colonie, soit un réengagement lui donnant droit à une prime.
  • Le contrat limitait la durée de la journée de travail à 9h30. Un livret permettait de contrôler la régularité de leur condition de travail et de leur déplacement dans la colonie.
Illustrations de vagues migratoires successives en Guyane (de g. à d.) : missionnaire catholique Français, famille d'esclaves, bagnard et couple d'Indiens (Inde). Source : Manioc. 

Cet engagement n'était pas "idyllique", de nombreuses failles et infractions sont à noter : mauvaise connaissance des conditions d'engagement par les immigrés (surtout concernant la durée d'engagement), problèmes d'affectations, clauses du contrat non respectée ... Leur sort est très difficile, car en plus de la durée de contrat de travail, ils étaient débiteurs de la somme versée pour leur prétendue libération, à savoir un quart de leur salaire prélevé tous les mois. Par exemple, les travailleurs africains n'avaient pas de droits civils ni civiques durant leur durée d'engagement. Pour se marier, il leur fallait l'aval du gouverneur. Progressivement cette immigration africaine est dénoncée dans les milieux abolitionnistes européens, notamment en Angleterre qui la considère comme une suite de l'esclavage en Afrique. Ainsi, sous la pression anglaise, Napoléon III interdit cette immigration à partir de 1862.
En échange de l'arrêt de l'immigration Africaine, Napoléon III signe un traité avec l'Angleterre, autorisant les français à engager des travailleurs indiens. Auparavant les engagements d'Indiens se déroulaient aux comptoirs français de Pondichéry et de Karikal. La première vague d'immigrants arrive en Guyane de 1856 à 1861, comptabilisant 1834 indiens. La seconde vague d'immigrés arrive entre 1864 et 1871.  Alors que le contrat stipulait qu'ils seraient exclusivement employés aux travaux agricoles, beaucoup d'Indiens furent astreints dans les exploitations de mines d'or.
"Dès leur arrivée en Guyane, ils étaient acheminés vers les placers. Trompés, ils ne pouvaient plus repartir. Beaucoup d'entre eux, découragés,, avec le mépris de la vie et de la douleur [...] se suicidaient facilement. Pour éviter de travailler dans les conditions d'exploitation aussi atroces, ils se faisaient souvent des écorchures sur lesquelles ils appliquaient pendant plusieurs heures une pièce de monnaie, trempée dans de l'eau salée. Avec un éclat de bois, ils élargissaient encore la plaie [...] ;  ou bien ils se rendaient aveugles en s'introduisant une solution de chaux sous la paupière.  Dans de telles conditions, dysenterie et fièvres diverses faisaient aisément des ravages. (in Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 106)."Illustrations de vagues migratoires successives en Guyane (de g. à d.) : groupe stylisé d'explorateurs Européens et d'Indiens, une Cayennaise d'origine hindoue et une Cayennaise en toilette. Source : Manioc.

On comptabilise environ une vingtaine de convois d'Indiens vers la Guyane. Cette immigration vers la Guyane s'est interrompue à partir du 12 juillet 1877 lorsque le gouvernement de l'Inde s'alarma du taux de mortalité élevé et des mauvaises conditions de travail. On compte plus de 4000 Indiens morts dans la colonie en l'espace de 20 ans.  
"[...] après l'abolition de l'esclavage, les immigrants tamouls furent en définitive affectés essentiellement dans les mines d'or où ils furent décimés dans la plus totale indifférence des autorités coloniales. [...] syphilis, paludisme, dysenterie et béri-béri ont été les causes principales de mortalité. Surexploités par les engagistes, les travailleurs Indiens n'intégraient l'hôpital que quand ils n'étaient plus d'aucun rendement, c'et-à-dire le plus souvent pour y mourir." (in Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 107).

L'immigration chinoise, elle, débute en août 1856 mais ne répond pas aux besoins en main-d'œuvre agricole des propriétaires car la majorité des Chinois sont artisans. Notons également une immigration de Martiniquais au début du XXème siècle suite à l'éruption de la Montagne Pelée. En effet, le gouverneur de la Guyane espérait faire venir près de 20 000 Martiniquais pour occuper la région de Kourou. Ce projet n'aboutit qu'imparfaitement : environ 600 insulaires seulement vinrent s'installer en Guyane.

"Mines d'or"Avec la découverte de l'or en 1855, l'orpaillage devient la principale activité économique de la colonie guyanaise. Une activité qui est demandeuse en main-d'œuvre. Cette main d'œuvre spontanée venait des Antilles françaises, de Sainte-Lucie, de la Dominique, du Brésil et d'Europe. 

Face à cette immigration spontanée, il ne faut pas oublier celle du bagne. En effet, l'histoire de la Guyane est étroitement liée à celle du bagne. Elle accueille les premiers proscrits de la révolution. Puis le second Empire et la troisième république y envoyèrent leurs exclus : condamnés politiques ou de droits communs. De 1852 à 1918, la Guyane reçoit 1852 déportés dont le plus célèbre le capitaine Dreyfus. Notons que l'année 1852 marque aussi le débarquement de milliers de transportés.  En effet, selon la loi du 30 mai 1854, les peines de travaux forcés sont désormais purgées dans une colonie. Par exemple, les condamnés à moins de 8 ans de travaux forcés étaient tenus à la fin de leur peine de résider dans la colonie durant un temps égal à celui de leur condamnation : c'est ce qu'on appelait le doublage. Et si leur peine était supérieure à 8 ans, ils devaient résider à vie dans la colonie. C'est ainsi, qu'apparut en Guyane la population des "libérés". Ajoutons à cela la population carcérale qui purgeait déjà leur peine en France et qui arrivait en Guyane (ou Nouvelle-Calédonie) la finir (phénomène appelé "transportation"). Ce flux constant d'hommes venant des prisons françaises ou des autres colonies vinrent gonfler le nombre de l'immigration pénale. 

Ainsi l'abolition de l'esclavage bouleversera en profondeur le système économique guyanais tant les besoins en main d'œuvre étaient importants et récurrents. Malgré le recours à l'immigration, celle-ci ne parvint pas à répondre à la nécessité économique de la colonie, mais recomposa la société guyanaise en une société plurielle et multiculturelle. Ainsi à la veille de la départementalisation, la Guyane compte une population cosmopolite.

Cette diversité ne doit cependant pas masquer la réalité : ces vagues successives ne sont que le reflet de l'échecdu peuplement de la Guyane. Une grande partie de ces populations n'ont pas fait souche et ont préféré retourner dans leur pays d'origine, tandis qu'une autre partie a été emportée par la mortalité élevée qui caractérisa pendant longtemps la démographie de la colonie.

"Vue de Cayenne"Livres anciens sur Manioc.org :Sur le catalogue collectif des périodiques Caraïbe - Amazonie :
  • Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 101-108.
Pour aller plus loin : 
Bonne lecture !C.P. et X.H.

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La Guyane à l'épreuve de la chambre noire de Vano

jeu, 28/06/2018 - 13:49
Vano Coupra témoin de son tempsLors de la 4e édition des Rencontres photographiques de Guyane en novembre 2015, un hommage a été rendu au photographe Vano Coupra. Cette célébration a consacré la dimension patrimoniale de ce travail photographique. L'Université de Guyane n’a pas manqué, à cette occasion, de participer à cette célébration en proposant à la communauté universitaire et à tous les curieux une conférence de l'historien Serge Mam Lam Fouck intitulée Sous l'éclairage de Vano, 30 années en Guyane.En 2016, le Service patrimoine de la municipalité de Saint-Laurent du Maroni, conjointement avec l'association "La tête dans les images", firent de même en proposant une exposition rétrospective sous le titre Résonances guyanaises années 70, 80, 90.



La chambre noire de Vano : une histoire charnelle de la Guyane 
A l'occasion de la toute récente disparition de Vano Coupra, la bibliothèque numérique Manioc souhaite donc contribuer à son tour à la diffusion de ce patrimoine guyanais en vous invitant à visionner l'intervention de Serge Mam Lam Fouck et à découvrir, au travers de l’œuvre de Vano, une histoire (individuelle et collective), des traditions (locales et nationales), une mémoire (notamment familiale) rendue visible en vue de sa transmission, une réalité charnelle et sensible en somme qui s’est donnée à voir dans l’atelier du photographe.

Pour aller plus loin
  • Luiz Eduardo Robinson Achutti, L'homme sur la photo : manuel de photo-ethnographie 
  • Véronique Hébrard (coord.), L'image comme source pour les sciences humaines 
  • Gisèle Freund, Photographie et société

C.B.



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Invasions de sargasses ? Une vieille affaire !

mar, 26/06/2018 - 15:46
L'arc antillais régulièrement confronté à des échouages massifs de sargasses sur les côtes Au-delà des questions sanitaires, écologiques et économiques que ces événements induisent, Manioc revient sur les précédents historiques où les algues terrorisaient déjà les marins qui les ont entourées de toute une mythologie.
Source : Manioc
S'aventurer en haute mer, de même qu'à l'intérieur des masses continentales (Afrique équatoriale, Amazonie et Andes, déserts d'Asie centrale), a longtemps été réservé à quelques-uns dont les témoignages n'engageaient que leur bonne foi. D'où une réserve quasi-inépuisable de demi-vérités, de légendes, de contrefaits et de mythes tenaces. Tout le monde, ou presque, connaît par exemple les dangereuses Amazones qui auraient été aperçues le long du fleuve éponyme. Mais, parfois, ces racontars prennent corps. C'est le cas des sargasses dont la mer semble être connue depuis la plus haute Antiquité :
« De même que les anciens parlaient des terres transocéaniques où peut-être les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois et les Arabes avaient abordé, ils parlaient de la mer d'herbe et de la mer coagulée, qui, elle, avait été sûrement vue par des navigateurs de ces nationalités. Dans le Périple de Scylax de Caryande composé probablement au temps de Darius Ier, il est dit « qu'on ne peut naviguer au delà de l'île de Cerné, car la mer est embarrassée par de la vase et des herbes ». Les Carthaginois de Gadès, naviguant au delà des colonnes d'Hercule et poussés par un vent d'Est, constatent que la mer est pleine de varech et y trouvent des thons en abondance qui, salés et enfermés dans des vases, sont expédiés à Carthage. Le Carthaginois Hamilcon, dont le voyage est raconté par Festus Avienus, dit que dans l'Ouest et le Nord-Ouest de l'Atlantique il y a des « algues nombreuses au-dessous des flots qui, par entrecroisement, forment mille obstacles. Aucun souffle ne pousse le navire en avant. Les flots restent immobiles et paresseux. Des algues sont semées en quantité innombrable sur l'abîme, et souvent elles arrêtent la marche des vaisseaux qu'elles retiennent comme avec des joncs ». Avienus ajoute que ces algues diminuent la violence des vagues, effet plusieurs fois confirmé dans la suite et qui a dû contribuer à la croyance de la mer stagnante et gluante. Strabon constate comme les Carthaginois de Gadès et; plus tard, Christophe Colomb, l'abondance des thons dans ces parages, et attribue la graisse très estimée de ces poissons à leur nourriture provenant « d'un chêne dont les racines sont au fond de la mer et dont le feuillage porte de gros fruits ». Théophraste écrit que l'algue croît dans la mer qui s'étend au delà des Colonnes d'Hercule et atteint des proportions gigantesques. Il distingue le fucus des côtes du fucus du large, c'est-à-dire la sargasse. En ce qui concerne les premiers siècles de l'ère chrétienne, Jornandès, historien des Goths, dit que si les régions lointaines de l'Océan ne sont pas connues, c'est parce que « les algues arrêtent la marche des vaisseaux et que les vents n'ont pas de force ». Mais les Arabes, grands et habiles navigateurs, voguaient sur la « Mer Ténébreuse » ; le géographe Edrisi a conservé le récit des huit Arabes, tous de la même famille, qui partis d'Aschbona (Lisbonne) à une époque antérieure à 1147, naviguèrent dans une mer « épaisse », au large des Açores et au travers des herbes marines. Au XIIIe et au XIVe siècles, tous les navigateurs qui vont à la recherche d'Antila, des Sept Cités, de toutes les îles de Saint-Brandan, parlent des herbes qui recouvrent la mer à l'Ouest des Açores, leur point de départ habituel, et ce sont évidemment ces herbes qui entretenaient la croyance de la proximité de la terre. »Jean Baptiste Etienne Charcot, Christophe Colomb vu par un marin, p. 117-129Carte de tous les itinéraires de Cristophe Colomb dans leurs rapports avec la mer des Sargasses, Source : Manioc
Autant de précédents que confirmera Christophe Colomb dans son carnet de bord. Au cours de son premier voyage aller, est noté à l'entrée du 16 septembre que là « on commença à voir de très nombreuses touffes d'herbes très vertes qui semblaient, selon l'Amiral, s'être détachées depuis peu de la terre, ce pourquoi tous jugeaient qu'ils étaient près de quelque île ». Le lendemain, « à l'aube de ce lundi, ils virent encore plus d'herbes qui semblaient des herbes fluviales ; et, au milieu d'elles, ils trouvèrent un Source : Manioccrabe vivant que garda l'Amiral, disant que c'était là un signe certain de terre  ». Mais c'est le 21 septembre qu' « ils trouvèrent tant d'herbe sur la mer qu'elle en semblait caillée, et elle venait de l'ouest [...]. Pendant une partie [du lendemain], il n'y eut plus d'herbe, ensuite elle réapparut, très épaisse ». Ce qui ne manqua pas d'effrayer les marins. Colomb note au 23 septembre :  « Comme la mer était tranquille et étale, l'équipage murmurait et disait : puisqu'en ces parages il n'y avait pas de grosse mer, jamais il n'y aurait de vent pour retourner en Espagne. »

Une crainte qui, on l'a vu, vient de loin et qui va se prolonger encore longtemps, au point de faire des sargasses le moteur d'un contre-courant. Ainsi, selon Le grand routier de mer publié en 1619 : « depuis l'herbe Sargasso le vent est toujours Nord Est, & les courants ont leur flux vers les Antilles qui sont devant la Nouvelle Espagne, qui est la cause pourquoi les navires multiplient si peu en leur cours depuis ladite herbe Sargasso: & si les courants viennent à rencontrer les navires en ce cours, il advient bien qu'ils soient poussés à rebours du vent mais rarement » (p. 15). Circonspect, l'auteur note la rareté du phénomène, sans doute pour ne pas l'avoir lui-même expérimenté, mais la mer des Sargasses s'entache d'une mauvaise réputation. Les nombreux îlots, écueils, bas-fonds et brisants indiqués sur les cartes des XVIIe et XVIIIe siècles, entre l'archipel des Açores et les Antilles, se trouvent encore sur des atlas du XIXe siècle. En 1802, les Espagnols signalent toujours des brisants, des vigies et des écueils dans cette partie de l'océan Atlantique jusque vers 1860. Ce n'est qu'avec les expéditions scientifiques au tournant du XXe siècle que tombent les dernières incertitudes, notamment sur la question de la profondeur qui rend impossible tout haut fonds.


Source : Manioc

Pour aller plus loin :
X. H.
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Coopération Caraïbe : les bibliothèques et l'open access

sam, 02/06/2018 - 18:48
Rendez-vous à Santo Domingo du 3 au 7 juin 2018 pour le 48e congrès ACURIL !Annonce de la tenue du congrès en République dominicaineLes professionnels des bibliothèques, de la documentation, des archives et des musées de la Caraïbe se retrouvent cette année à Santo Domingo en République dominicaine autour de la question du libre accès. Plein feux sur un programme captivant annonciateur de riches échanges ! Vous souhaitez participer ? Consultez le site internet du congrès pour connaître les modalités pratiques.
Le blog profite également de l'événement pour mettre à l'honneur les collections en libre accès de la bibliothèque numérique Manioc sur la République dominicaine.

Le développement du libre accès pour un accès plus équitable aux ressources culturelles, patrimoniales et scientifiques de la CaraïbeL'équipe de la bibliothèque numérique Manioc ne pouvait que se réjouir que la présidente 2017-2018 d'ACURIL, Kumaree Ramtahal, choisisse le libre accès comme thème majeur de ce congrès annuel. Au-delà des sombres récupérations dont le concept est aujourd'hui victime -d'ailleurs abordées lors de ce congrès-, les mouvements pour le libre accès sont fondés sur la volonté d'un accès plus équitable aux ressources culturelles, patrimoniales et scientifiques. Les Antilles et la Guyane françaises ont très tôt pris position en faveur du libre accès en signant l'initiative de Budapest puis en créant la bibliothèque numérique Manioc pour impulser des dynamiques régionales (numérisation, création de revues en open access, bases de données spécialisées..) et fédérer les ressources des entrepôts scientifiques en libre accès comme HAL Antilles et HAL Guyane. Au-delà d'une meilleure accessibilité -préoccupation historique des bibliothèques-, ces mouvements ont favorisé la production de ressources plurielles en lien direct avec les problématiques des territoires de la Caraïbe et de l'Amazonie.
  ACURIL 2018 : demandez le programme !Autour du thème principal, le libre accès, les participants à ACURIL pourront :
  • Découvrir des ressources en libre accès d'une grande diversité sur la Caraïbe  : plateforme de revues universitaires comme DOAJ, entrepôts de publications scientifiques nationaux ou thématiques, bibliothèques numériques spécialisées comme la Bibliothèque virtuelle de Santé, livres audio pour les enfants, ressources pédagogiques...
  • Réfléchir à partir de retour d'expériences locales issues de très nombreux territoires de la Caraïbe, de secteurs, disciplines et thèmes éclectiques : services de référence, formation des usagers et personnels...
  • Partager les réflexions autour de projets en cours.
    A noter à ce propos, la présentation d'Isabelle Mette sur la préservation des archives littéraires dans la Caraïbe. Récemment arrivée à la direction de la Bibliothèque universitaire du campus de Schoelcher en Martinique, Isabelle Mette est responsable du programme COLLEX-Caraïbe (Collection d'excellence pour la recherche) pour les bibliothèques de l'Université des Antilles. Le développement des archives littéraires est un axe majeur de ce programme COLLEX-Caraïbe. Le volet diffusion numérique en libre accès sera assuré par la bibliothèque numérique Manioc. A suivre donc... De belles surprises en perspective pour les lecteurs et internautes...
ACURIL 2018 fait également une large place à la question des catastrophes naturelles. Les territoires de la Caraïbe ont été particulièrement affectés par les ouragans Irma et Maria. Le programme du congrès prévoit :
  • un après-midi placé sous le signe de la solidarité avec les bibliothèques touchées par les ouragans : témoignages, échanges, rencontres...
  • des interventions en plénière et ateliers pour mieux se préparer à faire face aux catastrophes naturelles, avant, pendant et après. Préserver et sauvegarder les personnes mais aussi les collections qui constituent un patrimoine essentiel pour les populations actuelles et les générations à venir.
Consultez le programme du congrès ACURIL en ligne (fr)
Téléchargez l'application (en espagnol ou en anglais uniquement). 

Sélection documentaire Manioc : République dominicaine Conférences filmées :Quelques ouvrages anciens
Bon congrès à tous !

AP
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Erna Brooder : La redéfinition de l’imaginaire caribéen à partir de l’écriture

mer, 30/05/2018 - 10:28
Dr. Erna Brodber, auteure, sociologue et militante sociale

Née le 20 avril 1940 dans le village de Woodside, à Saint Mary en Jamaïque, Erna Brodber obtient une licence, une maîtrise puis une distinction honorifique de Docteure en littérature à l'UWI (University of the West Indies). Militante, cultivée et créative, E. Brodber s'est imposée comme une voix majeure dans la littérature caribéenne au cours de sa carrière de presque quatre décennies. Ses récits distinctifs s'inspirent des traditions orales de la diaspora africaine, faisant écho à des sources aussi diverses que les contes populaires d'Anansi, l'araignée-dieu et les romans modernistes de James Joyce. E. Brodber est lauréate du prix Prince Claus (2006), de la médaille Musgrave (1999) et du Commonwealth Writers' Prize (1989).

 Erna Brodber "à gauche"Erna Brodber " à gauche"




Manioc vous propose d’en découvrir plus sur cette écrivaine fascinante à travers nos collections et celle de la DLOC, « Digital Library of the Caribbean ».
Bibliographie 

Ouvrages de Erna Brodber  

  • Louisiana, New Beacon books – cop, 1994.   : cliquez-ici  
  • Myal, New Beacon Books – cop, 1988. : cliquez-ici  
  • Woodside, Pear Tree Grove P.O., University of the West Indies Press, 2004. cliquez-ici 
Retrouvez sur Manioc :
Retrouvez plus d’ouvrages de la Bibliothèque Universitaire des Antilles et de la Guyane à travers son portail numérique Kolibris :

  • June E Roberts, Reading Erna Brodber uniting the Black diaspora through folk culture and religion, Praeger Publishers, 2006.  
  • Erna Brodber, The second generation of freemen in Jamaica, 1907-1944, University Press of Florida – cop, 2004.  
  • Erna Brodber, Woodside : pear tree grove, University of the West Indies Press, 2004.
    Erna Brodber, Louisiana, New Beacon books – cop, 1994.
  • Erna Brodber, Myal, New Beacon Books – cop,1988.
  • Erna Brodber and J. Edward Greene, Reggae and cultural identity in Jamaica, Department of sociology, University of the West Indies – 1981. 
  • Erna Brodber, Jane and Louisa will soon come home Port of Spain, New Beacon Books – cop,1980.   


Lien : https://bit.ly/2su1UNQ

Bonne lecture ! 

M.F



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Mois des abolitions : Bissette, oublié de l'Histoire

mar, 22/05/2018 - 09:00
Longtemps délaissée, reléguée dans l’ombre toute-puissante de son rival politique Victor Schoelcher, la figure d’Auguste Bissette est aujourd’hui célébrée dans la lutte abolitionniste. En ce mois de commémoration de l’abolition de l’esclavage, Manioc vous propose de revenir sur cette figure martiniquaise.
Source : ManiocCyrille Charles Auguste Bissette (1795-1858), métif (ce qui signifie qu’il a l’allure d’un descendant de Mulâtre et de Blanc) appartient à une famille renommée, doublement rattachée aux Mallevault, famille noble d’officiers de marine, et aux Tascher de la Pagerie, que l’on ne présente plus, mais cette position enviable masque l’absence complète de fortune personnelle. Issu de la bourgeoisie urbaine, ses écrits laissent penser qu’il a reçu une solide éducation.

Fin 1823, un opuscule anonyme circulant clandestinement en Martinique commence à agiter les représentants du pouvoir royal. L’objet, 32 pages reliés de rouge et édité à Paris, porte un titre sans ambiguïtés : De la situation des gens de couleur libres aux Antilles françaises. Ces « gens de couleur libres », s’ils pouvaient posséder des esclaves, accumuler du capital et jouir de leur liberté, restaient confinés dans une position sociale inférieure face à l’élite blanche. L’affaire aurait pu en rester là, le libelle ne soulevant aucun soubresaut en Guadeloupe et en Guyane, et ne comportait rien qui ne soit déjà connu et précédemment dénoncé. Toutefois, son style porte la dénonciation au rang littéraire dans un style très enlevé :« La caste privilégiée persisterait-elle à conserver ses révoltantes prérogatives ? On ne devrait cependant pas oublier quelles ont été les funestes causes qui nous ont ravi la plus belle de nos colonies.
Il est donc essentiel de s’occuper du sort d’une classe aussi utile que laborieuse, et qui s’accroît de jour en jour. Les gens de couleur libres demandent donc, au nom de la justice et de l’humanité, la destruction des lois exceptionnelles qui les régissent (…). Au reste, elle n’a rien qui puisse la rabaisser au-dessous de celle des flibustiers, des boucaniers, des engagés ou des hommes flétris par l’opinion, qui ont composé la primitive population blanches des colonies, et dont les orgueilleux descendants forment aujourd’hui la caste privilégiée. »Certains cadres blancs martiniquais croient y déceler une conspiration destinée à mettre fin à leurs privilèges et, in fine, à leur « race ». Aussi, pressé par des magistrats entreprenants, le gouverneur Donzelot fait arrêter la nuit du 22 décembre Bissette en compagnie de ces supposés complices Louis Fabien et Jean-Baptiste Volny. Tous les trois sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité et au fer rouge (marque GAL pour galérien) « pour avoir colporté, distribué clandestinement, et lu à divers, un libelle tendant à renverser la législation établie ». À la même époque se produit en Jamaïque un événement similaire, l’affaire Lecesne et Escoffery, à laquelle le pouvoir britannique réagit de même. Les puissances coloniales cherchaient donc avant tout à étouffer les réformes progressistes. Source : Manioc

Après un passage rapide au bagne de Brest, les trois hommes voient leur peine commuée en interdiction de séjour dans les Antilles pendant dix ans, période qu’ils mettent à profit pour faire reconnaître l’application du droit commun dans les colonies. Ainsi, de 1834 à 1842, Bissette animera à bout de bras la Revue des colonies qui fera beaucoup pour la reconnaissance de l’égalité raciale et de l’abolition de l'esclavage (dans une moindre mesure), tout en l’acculant à la faillite. Cette publication verra donc les premiers affrontements idéologiques avec Victor Schoelcher pour le leadership du mouvement abolitionniste. Si Bissette rencontre d’indéniables succès électoraux, notamment grâce à son alliance avec Pécoul, grand Blanc libéral, la méfiance – pour ne pas dire la hargne – qu’il inspire à la majorité possédante conduira à sa perte. En effet, après avoir brocardé Schoelcher, métropolitain acquis aux préjugés locaux concernant les libres de couleur selon lui, et une fois passé la liesse de mai 1848, celui que les Martiniquais renommèrent affectueusement Papa Bissette fait l’erreur de repartir pour la France en janvier 1950, laissant ainsi le champ libre au camp schoelcherien de se structurer et de s’arroger les seuls mérites de la politique post-abolition. Si le pamphlet La vérité aux ouvriers et cultivateurs de Martinique porte un coup dur à l’intégrité de Bissette, sa compromission avec le régime du Second empire, amplifiée par sa parenté, une maladie qui le ronge et une situation financière précaire, achève de le déconsidérer complètement une fois la IIIème République proclamée. En effet, Schoelcher, intransigeant avec le régime impérial, revenu d’exil, contribuera largement à discréditer son rival qui tombe alors dans un oubli quasi général.
X.H. 
Pour aller plus loin : Sur Gallica :
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Récits d'esclaves = Slave narratives

lun, 14/05/2018 - 15:31
Écrits d'esclaves : des documents rares
Quatre siècles (XVIe-XIXe) marqués par le système esclavagiste déployé par les empires européens et les États-Unis en Amérique, n'auront laissé aux esclaves que peu de possibilité d'exprimer au monde leur expérience : l'apprentissage de l'écriture leur étant généralement interdit.
Narration de la vie et des aventures de Venture Smith
Traduit de l'anglais par Emma Okwonkwo
édité par ManiocLes documents considérés comme sources pour étudier l'histoire de l'esclavage ont été rédigés de façon quasi exclusive par des personnes qui représentent le point de vue de la métropole, voire défendent l'intérêt de l'ordre établi et du système esclavagiste. Les historiens doivent donc opérer une lecture "à rebours" ou "en creux" (pour reprendre une expression de Dominique Rogers) pour tirer des documents (juridiques, administratifs, littéraires, scientifiques ou économiques) des informations sur la vie des populations esclaves, le quotidien d'hommes et de femmes, leurs pratiques sociales, culturelles, leurs "interprétation" des événements coloniaux (guerre, première abolition de l'esclavage).
Interprétation, décodage, comparaisons ; si ces pratiques font partie du travail de l'historien, elles n'en sont pas moins rendues particulièrement complexes et ardues pour ceux qui travaillent sur l'histoire de l'esclavage. Ils doivent tenir compte, pour chaque document, des contraintes structurelles très fortes imposées par les systèmes esclavagistes, autant que des contextes spécifiques (nationaux et locaux) et des éléments immédiats (événements, enjeux, rôle ou fonction de l'énonciateur) qui conditionnent la production des documents.
Dans ce contexte d'absence de possibilité d'énonciation par les esclaves, les rares récits récoltés ou directement rédigés par les protagonistes présentent un grand intérêt pour la recherche scientifique, même s'ils sont également conditionnés par une dimension politique et idéologique. Il s'agit de récits de personnes nées esclaves mais qui ont échappé à leur condition servile, soit en s'évadant des plantations, soit en rachetant leur liberté. La fuite du sud esclavagiste des États-Unis vers le nord du pays ou l'esclavage est aboli au tournant des XVIIIème et XIXème siècles (en fonction de chaque État), permet aux anciens esclaves de changer de condition sociale, sans que cela ne doive masquer les disparités de classes ou les préjugés raciaux toujours ancrés dans l'ensemble de la population d'ascendance européenne.
Récits et auteurs les plus célèbres
  • Olaudah Equiano (Eboe, 1745 - Londres, 1797)
    Auteur de The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African. Written by Himself., Olaudah Equiano connaît un destin étonnant qui le conduit aux quatre coins de la planète. Enlevé à onze ans en Afrique puis déporté aux Antilles, il est l'un des rare à témoigner de la traversée du "passage du milieu" et de l'épreuve que l'arrachement aux siens, et sa mère en particulier, constitue. Il sert en tant qu'esclaves à bord des vaisseaux négriers de la marine royale du Royaume-Uni, ce qui lui permettra de parcourir le monde (Angleterre, Hollande, Écosse, la Caraïbe), avant de commercer avec des capitaines et des marchands, pour finalement parvenir à racheter sa liberté sur ses propres fonds.Il s'installe en Angleterre, entame des études et poursuivra ses voyages en Turquie, au Portugal, en Italie, en Jamaïque, à la Grenade. En 1773, il accompagne le Dr. Charles Irving au cours d'une expédition scientifique polaire partie à la recherche d'un passage au Nord-Ouest. Son autobiographie rencontrera un succès éditorial : 8 éditions anglaises en moins de dix années.
  • Frederick Douglass (1818-1895)
    Auteur de trois autobiographies : Narrative of the Life of Frederick Douglass, An American Slave (publié en 1845),  My Bondage and My Freedom (publié en 1855) et The Life and Times of Frederick Douglass (publié en 1881), aujourd'hui considérées comme l'essence du texte de récit d'esclaves et de l'exercice de style particulier qu'est l'autobiographie. Frederick Augustus Washington Bailey, autrement connu sous le nom de Frederik Douglass, est devenu, après avoir racheté sa condition d'esclave alors qu'il avait 20 ans, un leader américain célèbre. Au cours du XIXe siècle, il s'engage sur des combats contre l'esclavage, le racisme et la ségrégation, en multipliant les contributions dans la presse et les discours. Douglass incarne de son vivant un symbole pour tous les Noirs d'Amérique et une voix qui compte pour l'humanisme et la justice sociale. Empreint de compassion et de résilience, il conclut son dernier ouvrage par la phrase suivante : "My joys have far exceeded my sorrows, and my friends have brought me far more than my enemies have taken from me" ["Mes joies surpassent mes peines, et mes amis m'ont davantage apporté que ce que m'ont pris mes ennemis"].
  • Solomon Northup (1808-1863?)
    Immortalisé par le film éponyme de 2013 réalisé par Steve McQueen, il décrit son expérience dans Twelve Years a Slave: Narrative of Solomon Northup, a Citizen of New-York, Kidnapped in Washington City in 1841, and Rescued in 1853. Un récit intéressant à plusieurs égards, au premier lieu desquels Northup est né libre avant d'être illégalement enlevé, réduit en esclavage et installé de force sur une plantation en Louisiane. Son récit est articulé en deux grandes parties. Si la première partie décrit son expérience quotidienne de servitude, à la manière très d'autres récits d'esclaves, la seconde trahit son éducation de citoyen libre d'un État du nord. Cette partie n'est pas dénué d'humour, refuge qui permet à Northup d'endurer sa situation, mais surprend encore plus le lecteur par le regard quasi-ethnographique porté à la société esclavagiste du Sud que Northup décrit souvent avec la curiosité perplexe d'un touriste intellectuel. Toutes ces particularités expliquent pour partie le succès du livre : plus de trente mille exemplaires écoulés à sa parution.
  • William Wells Brown (1814?-1884)
    Auteur de Narrative of William W. Brown, a Fugitive Slave. Written by Himself, William Wells Brown est né sur une plantation du Kentucky d'un père blanc et d'une esclave africaine. Jusqu'à ses vingt ans, il subi l'esclavage dans des conditions très variées, ce qui assure à son récit un aspect documentaire précieux pour les historiens. Après au moins deux tentatives d'évasion, il réussit à s'enfuir pour le Canada le jour de l'an 1834 grâce à l'entremise du Quaker Wells Brown, nom qu'il adoptera par la suite en signe de gratitude et d'admiration. La parution de son livre est aussi un succès et lui permet de donner de la voix dans l'espace public. En effet, William W. Brown ne s'arrête pas là: il devient un abolitionniste politiquement engagé, même si son contemporain Frederik Douglass le relègue aujourd'hui dans l'ombre. Il est néanmoins aujourd'hui reconnu comme étant l'auteur du premier roman écrit par un Afro-Américain : Clotel; or, The President's Daughter: A Narrative of Slave Life in the United States, publié en 1853.
  • Mary Prince (1788–1833?)
    Première femme noire à prendre la parole dans The History of Mary Prince, a West Indian Slave. Related by Herself. With a Supplement by the Editor. To Which Is Added, the Narrative of Asa-Asa, a Captured African, Mary Prince entendait par ce récit dévoiler aux "bon peuple d'Angleterre ce qu'une esclave a ressenti et souffert", convaincue (à raison) que bon nombre de citoyens de l'époque ignorait complètement les réalités iniques du système esclavagiste. Son récit la voit évoluer des Bermudes à Antigua en passant par les îles Turques-et-Caïques, sans que sa condition ne s'améliore. Son écriture sans fard décrit un quotidien éprouvant où une violence sourde se tient toujours prête à exploser ; elle sera à plusieurs reprises l'objet de mauvais traitements. Ainsi, là où les récits esclavagistes du dix-huitième siècle se concentraient sur les voyages spirituels chrétiens et la rédemption religieuse, celui de Prince épouse la tendance croissante du siècle suivant qui voit les thèmes abolitionnistes prendre le dessus en mettant l'accent sur les injustices éthiques et sociales de l'esclavage.

Les traductions de ces récits en français sont rarement disponibles sur internet mais quelques unes commencent à faire l'objet de publication. Vous pourrez ainsi vous procurer dans le commerce ou emprunter dans les bibliothèques, les ouvrages de la collection "Récits d'esclaves" publiés par les Presses universitaires de Rouen et du Havre et notamment Le récit de William Wells Brown, esclave fugitif, écrit par lui-même écrit en 1847 et traduit en 2012 par Marie-Jeanne Rossignol.
A ce jour, aucun récit d'esclave rédigé en français n'a été identifié. La bibliothèque Manioc possède néanmoins quelques documents dans la langue de Molière. Très récemment, grâce au travail de traduction d'une étudiante de l'université des Antilles, a été mis en ligne le récit (rédigé en anglais) de Venture Smith. Par ailleurs, le Discours d’un nègre marron qui a été repris dans un combat et qui va subir le dernier supplice, de Guillaume-Antoine Lemonnier (1759), s'inscrit dans la tradition des récits liée aux représentations lyriques du marronnage alors en vogue dans l'Europe des Lumières. Il s'agissait pour les philosophes de donner une voix à ceux qui en sont dépourvus, mais surtout d'exposer leurs vues morales qui sont pour le moins ambiguës. Bien souvent, il dénonçaient moins le système esclavagiste que la dégradation injuste que subissaient ces hommes et ces femmes, des êtres sensibles et doués de raison. La postface du Discours d'un nègre marron est à cet égard édifiante :"Le but de l'auteur dans ce Discours a été d'exciter les Blancs à l'humanité envers les Noirs. Si l'on ignoroit combien ces Noirs sont capables de zèle, d'attachement et de tendres sentiments lorsqu'ils sont traités en homme, on citeroit plusieurs traits honorables pour eux. On se contentera d'assurer ici qu'on n'a pas eu dessein de les aigrir contre leurs Maîtres. Ils ne savent pas lire. Et quand ils liroient ce Discours, ils n'y trouveroient qu'un exemple de soumission et de douceur." Pour aller plus loinJean-Pierre Sainton, Dominique Rogers, Dominique Aurélia, Marie-Jeanne Rossignol, Rencontre-débat : récits d'esclaves, 2015. 
Venture Smith, Narration de la vie et des aventures de Venture Smith, natif d'Afrique mais néanmoins résident aux Etats-Unis d'Amérique durant plus de soixante ans, raconté par lui-même, Les INédits Manioc, 2017.
"North American Slave Narratives", in Documenting the American South.
Le projet met à disposition des récits d'esclaves en texte intégral ainsi que des présentations des récits d'esclaves et de leurs auteurs.


A.P. et X.H.
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Manioc au Québec pour célébrer l'anniversaire des classiques des sciences sociales !

lun, 07/05/2018 - 21:57
Les 25 ans des classiques des sciences sociales
Le 86e congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas) se réunit du 7 au 11 mai à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) autour du thème "Célébrer la pensée libre". C'est ce bel espace de rencontre entre des chercheurs de toutes disciplines  et des quatre coins du globe (118 colloques !) qui a été choisi pour fêter l'anniversaire des Classiques des sciences sociales auquel la bibliothèque numérique Manioc a été conviée. 
Pour honorer cet événement, le blog Manioc met en lumière les collections caribéennes des Classiques des sciences sociales et les collections québécoises de Manioc !


Le colloque anniversaireLes Classiques des sciences sociales ont souhaité célébrer ces 25 ans en réunissant des personnes engagées dans la création et la gestion de plateformes d’archives ouvertes et de bibliothèques numériques en libre accès, des chercheurs, des enseignants et des contributeurs qui s’intéressent à divers aspects de ces plateformes. Il s'agit de réfléchir ensemble à différents enjeux auxquels sont confrontées les bibliothèques numériques francophones, de discuter des possibilités qu’elles ouvrent et des effets qu’elles ont sur la recherche en sciences humaines et sociales.
Le colloque "Plateformes, archives et bibliothèques numériques en libre accès : enjeux, possibilités et effets sur la recherche en sciences humaines et sociales dans la francophonie" se déroule mercredi 9 mai de 8h45 à 17h00 en salle P1-6090 de l'UQAC. L'expérience de la bibliothèque numérique Manioc contribuera à cette réflexion par l'intervention Rendre visible l’invisible : effets, perspectives et problématiques des bibliothèques numériques.


Les collections caribéennes des Classiques des sciences socialesLa bibliothèque numérique Les Classiques des sciences sociales propose près de 7000 textes en ligne, et donne accès à des auteurs incontournables pour les étudiants, les chercheurs et le grand public en quête de culture (Lévi-Strauss, Boas, Merleau-Ponty, et tant d'autres). Elle propose aussi deux collections spéciales très directement tournée vers la Caraïbe : "Les sociétés créoles" et "Etudes haïtiennes".la collection "Les sociétés créoles" propose quelques textes anciens et surtout des écrits contemporains d'auteurs que l'on retrouve souvent dans les collections de Manioc : Jean Benoist, Jean-Luc Bonniol, Gerry L'Etang, Monique Desroches. Elle est dirigée par Jean Benoist, l'un des fondateur de l'anthropologie créole aux Antilles, installé en 1966 à fonds Saint-Jacques (Sainte-Marie, Martinique) dont il souhaitait faire une base scientifique de formation à la recherche pour les étudiants québécois et, de manière plus générale, un centre dédié à une meilleure connaissance de la société des îles. Cette collection illustre donc une longue histoire des relations universitaires entre le Québec et les Antilles...
La collection "Etudes haïtienne" est dirigée par Ricarson Dorsé. Elle rassemble des textes anciens, des écrits contemporains en littérature, économie, anthropologie (...), des mémoire et thèses. La collection est en développement constant grâce à l'implication du Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales en Haïti.


La "Nouvelle France" dans Manioc ?
Vue de Québec au début du XVIIIe siècle
ManiocCela pourrait paraître étonnant de retrouver dans une bibliothèque numérique Caraïbe-Amazonie des documents sur le Canada, et pourtant, la "Nouvelle France" fut bien une colonie française d'Amérique, et ces liens historiques se retrouvent dans les écrits anciens numérisés... Qu'ils s'agissent de récits, d'ouvrages de marine ou d'économie, ces textes abordent très souvent plusieurs territoires des Amériques et/ou du monde colonial. Quelques exemples :
On retrouve également quelques illustrations liées à l'histoire du Québec comme la carte ci-dessus ou le portrait de Samuel Champlain ci-dessous.
    "Samuel de Champlain"
    ManiocLes hasards de la numérisation souvent liés aux recueils factices que l'on a pas souhaité tronquer, permettent également de trouver dans Manioc, des documents édités au Québec par le Comité permanent de la survivance française dans les années 1940 et notamment quelques numéros de la revue Pour survivre :Pour terminer cette sélection spéciale Manioc au Québec, voici quelques exemples d'interventions filmées disponibles dans la collection Audio-Vidéo de Manioc qui traitent du Québec  :
      Longue vie aux bibliothèques numériques ! Profitez bien des collections qu'elles mettent gratuitement à la disposition de tous, bonnes lectures !
      AP

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      La France antarctique (1555-1560)

      sam, 21/04/2018 - 08:21
      L'expédition Villegagnon à la source de deux grands classiques de la littérature de voyageSous le terme trompeur de France antarctique se cache la tentative insolite et malheureuse d'implanter une colonie française au Brésil, dans la baie de Rio de Janeiro.
      Carte de l'Amérique du Sud d'après 
      Sébastien Cabot. Source : ManiocLes Portugais, qui n'entreprennent officiellement la colonisation du Brésil qu'en 1548, font face à une vraie concurrence des autres couronnes européennes. Suite à la première tentative française de prendre pied au Brésil (expédition de Gonneville en 1504), des marins, normands pour l'essentiel, naviguent déjà sur les côtes du Brésil, notamment pour faire commerce du bois de braise, de couleur rouge, alors recherché pour les teintures. Ces Français nouent des contacts avec les Tupinambas et établissent des bases que les Portugais s’efforcent de détruire. Avec le soutien royal, ces initiatives privées sont relayées par l'autorité de l’État depuis que François Ier a eu ce bon mot : « Le soleil luit pour moi comme pour tous les autres : je voudrais bien voir la clause du Testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde ». Il obtient du pape Clément VII une interprétation plus souple du traité de Tordesillas auquel cette phrase fait référence : il est admis que le partage du monde signé en 1494 ne concerne que les terres alors connues et non « les terres ultérieurement découvertes par les autres couronnes »

      L'expédition Villegagnon N. D. de Villegagnon
      Son fils Henri II souscrit à cette vision et appuie ses sujets désireux de prendre part à l'aventure coloniale. Henri II, peut-être sous l'influence de sa maîtresse Diane de Poitiers, charge l'amiral Gaspard de Coligny, ministre et homme de confiance, de monter une expédition sous couvert en direction du Brésil. Coligny s'en remet au chevalier de Malte et vice-amiral de Bretagne Nicolas Durand de Villegagnon (1510-1571). Les deux hommes, catholiques, sont favorables à un compromis avec les protestants et envisagent la future colonie comme un refuge pour les seconds, alors persécutés en France, et un modèle de concorde religieuse où chacun pourra pratiquer librement et ouvertement son culte.

      Pour ne pas attirer la méfiance des milieux diplomatiques portugais - mais aussi par manque de moyens matériels et humains, seuls deux navires lèvent l'ancre un jour d'été 1555 du port du Havre pour arriver début novembre dans la baie de Guanabara. En butte aux Indiens et aux Portugais, Villegagnon se replie sur l'île de Serigipe où il fait construire par les colons et des Tamoios, une tribu alliée, le fort Coligny pour assurer la défense de la colonie. La France antarctique. Source : GallicaUne poignée d'hommes (ils sont 600 au départ) survivent alors sur cet ilôt sans ressources tout en apprenant au contact des Tamoios dont ils dépendent fortement pour leur approvisionnement et leur sécurité (attaques portugaises et d'autres tribus). La situation empire : Villegagnon fait régner une discipline de fer après avoir échappé à une conspiration, impose un rythme de travail de forçats et traverse une crise spirituelle. Désespéré, cherchant un moyen d'asseoir l'emprise humaine de la colonie, toujours animé par son désir d'utopie religieuse, il écrit en 1556 à Calvin, au côté duquel il a étudié le droit, pour lui demander des renforts. Depuis Genève, Calvin envoie un contingent qui débarque l'année suivante, avec quelques femmes. Alors que les premiers temps de cohabitation se déroulent dans une atmosphère apaisée, les vieilles querelles théologiques reprennent de plus belle entre les deux camps. Le point de rupture consommé est atteint à la Pentecôte à l'issue d'un débat sur l'eucharistie.  
      Fin et échec de l'expédition. ManiocLes calvinistes se réfugient alors sur la terre ferme, vivant parmi les Indiens, avant de retourner en Europe en 1558 où ils s'empresseront de dénigrer Villegagnon et dénoncer les exactions commises envers eux et les Indiens (voir à ce sujet : Pierre Richer, Réfutation des folles resveries et mensonges de Nicolas Durand, dit le chevalier de Villegaignon, 1562). Villegagnon confie le gouvernement du fort à son neveu et retourne à Paris en 1559 pour se défendre contre ces attaques, mais aussi pour se justifier auprès du Roi. Ce dernier a changé entre-temps : François II n'a que 15 ans et c'est sa mère, Catherine de Médicis, qui assure la régence. La France est tiraillée de l'intérieur, les conflits religieux deviennent pressants et la France antarctique est relayée à l'arrière-plan. D'autre part, pressés par les jésuites, les Portugais préparent l'offensive. Le 15 mars 1560, la forteresse tombe et l’aventure coloniale s'achève. La présence française au Brésil continue par l'intermédiaire d'escarmouches, d'incursions corsaires et de commerce interlope, jusqu'à inspirer des années plus tard l’expérience de la France équinoxiale - pérenne malgré les difficultés.
      Le récit d'André ThevetPalmier du Brésil. ManiocOrnement. Manioc

      Panapana (poisson non identifié). Manioc Au-delà de cet échec et de la tonalité irréelle des événements, cette expédition est source d'une littérature de première main et de première importance. André Thevet, cordelier et futur cosmographe du roi, fait partie du premier voyage. Malade, il doit retourner en France avec ceux qui sont chargés de transmettre à Calvin les renforts demandés par Villegagnon. Il ne sera resté que six mois au Brésil. Pourtant, Singularitez de la France antarctique, publié dès 1557, fait forte impression. Toujours soucieux de faire primer l'expérience sur l'autorité, il n'hésite pas à bousculer certaines croyances enracinées depuis l'Antiquité ou colportées par des colons affabulateurs ou emportés par leurs jugements moraux. Sa description des Tupinambas, qui s'efforce de porter un regard distancié, offre toujours aux anthropologues contemporains une précieuse documentation sur les tribus perdues du littoral sud-américain. Il offre un tableau illustré des ressources animales et végétales et, parmi les premiers, ne parle pas de la forêt tropicale comme d'un "Enfert vert" mais en propose une vision idyllique et quelque peu idéalisée. Il n'échappe toutefois pas à la tendance générale de tomber dans le merveilleux dès que sa connaissance n'est plus empirique (reprise du portrait des Amazones supposées vivre le long du fleuve éponyme), mais sa description de l'anthropophagie rituelle fit sensation puisqu'il s'attache à en fournir une description neutre et détachée, sans indignation morale. Si le livre est un succès à sa parution, immédiatement traduit en plusieurs langues européennes, Thevet, un temps tenté par le protestantisme avant d'intégrer l'aile dure du catholicisme, fit face à cause de ce louvoiement à de nombreuses critiques et attaques.




      Le récit de Jean de Léry Le deuxième ouvrage directement tiré de l'expérience vécue au cours de ces années est l'Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil de Jean de Léry, Danse des Tupinambas. Manioc protestant arrivé avec le contingent de réformés en 1557. Remettant en cause certaines descriptions de Thevet, sur fond de querelle théologique, Léry procède à un patient recueil d'un année vécue dans la baie. Il s'inscrit dans la lignée des auteurs qui critiquent les atrocités commises par les colons, de préférence catholiques !, et s'attaque à l'ethnocentrisme à grand renfort d'anecdotes et de comparaisons qui trahissent son sens de l'humour (voir l'illustration de l'entrée "Anthropophages" ci-dessous). C'est dans cet ouvrage que Montaigne trouva l'inspiration pour son célèbre chapitre des Essais consacré aux Anthropophages. Manioccannibales, et son influence est aux sources du mythe du Bon sauvage qui irrigua la pensée et les controverses des Lumières. Célébrés par Claude Lévi-Strauss et Alfred Métraux, Léry comme Thevet sont toujours édités et étudiés avec soin, intégrant ainsi les classiques de la littérature de voyage. En 2001, l'académicien Jean-Christope Ruffin fait revivre la France antarctique dans son roman Rouge Brésil qui doit beaucoup aux deux auteurs.


      Pour aller plus loin :

      Sur Manioc, des ouvrages anciens mais non contemporains des faits relatent en détail l'aventure de la France antarctique :
      Sur Manioc, plusieurs ouvrages du XIXème siècle dresse un tableau plutôt sévère de cet épisode, parmi lesquels :
      • Ferdinand Jean Denis, Brésil, Paris : Firmin-Didot frères, 1837
      Sur Gallica, il est possible de consulter les éditions originales des deux ouvrages majeurs résultant de cette épopée :
      Enfin, pour en savoir plus sur la biographie de l'amiral Villegagnon :
      X.H.
      Catégories: Manioc, UAG

      Evènement Martinique : Édouard Glissant, l’éclat et l’obscur

      mer, 14/03/2018 - 12:31
      Colloque international et transdisciplinaire organisé par L’Université des Antilles et Louisiana State University

      Édouard Glissant, incontournable écrivain, poète et philosophe contemporain martiniquais, a beaucoup influencé la pensée scientifique de son ère. Il développe des concepts tels que ceux de la Relation, du Tout Monde et de la Créolisation, qui engendrent une dialectique entre les lieux, les cultures insulaires et les métropoles. La pensée de E. Glissant revisite la façon dont l’être caribéen intègre et retranscrit son histoire, une histoire biaisée par la traite négrière. E. Glissant pousse les penseurs et scientifiques de notre temps à interroger les éléments qui constituent les cultures caribéennes et à questionner la façon dont ces cultures peuvent être un incubateur pour une nouvelle approche du phénomène de la globalisation.


      INSTITUT DU TOUT-MONDE


      L’Université des Antilles, en collaboration avec la Louisiana State University présentera du 20 au 23 mars 2018 un colloque intitulé « Édouard Glissant, l’éclat et l’obscur » à l’Université des Antilles en Martinique.

      Manioc vous propose de découvrir le programme de cet événement très attendu ci-dessous.


      Édouard Glissant, l’éclat et l’obscurColloque international et transdisciplinaire organisé parL’Université des Antilles et Louisiana State UniversityDu 20 au 23 mars 2018

      Lundi 19 mars 2018 : Ode à Édouard Glissant : La plage ardente09h00 à 13h30 : Matinée PoétiqueMaison Édouard Glissant, Diamant
      15h30 à 17h00 : Accueil et inscriptionBureau des Relations Internationales, Campus de Schœlcher à Édouard Glissant, La plage eMardi 20 Mars 2018 : Une nouvelle région du monde: Amphithéâtre Hélène Sellaye Campus de Schœlcher
      7h30 à 8h00 : Inscription des participants8h00 à 9h00 : Ouverture officielle du colloque
      Mr le Président de l’Université des Antilles
      Mme la Vice-Présidente du Pôle Martinique
      Mme le Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Mme Sylvie GLISSANT, Directrice de l’Institut du Tout Monde Mr Gerry L’ÉTANG, Directeur du CRILLASH
      Mme Dominique AURELIA, Vice-Présidente déléguée aux Relations Internationales
      Mr Jean-Pierre SAINTON, Professeur, Université des Antilles
      Mr Alexandre LEUPIN, Professeur, Louisiana State University, Baton Rouge (LA)
      Présentation : Glissant Translation Project, Alexandre LEUPINPrésentation : Library of Glissant Studies, Raphaël LAURO
      9h00 à 11h00 : Conférences inaugurales
      « Édouard Glissant, la narration du monde » Jacques COURSIL · Professeur émérite, Université des Antilles, Lauréat prix Édouard Glissant 2017« La beauté de la beauté : Francis Pavy, le peintre créole d'une nouvelle région du monde » Alexandre LEUPIN · Professeur, LSU Directeur du Centre d’Études Françaises et Francophones
      11h00 à 11h15 : Pause-café
      11h15 à 13h00 : Terres ouvertes
      Modérateur : Alexandre LEUPIN · Louisiana State University
      « Étudier Édouard Glissant aux Antilles ou la paradoxale aporie de l’origine » Cécile BERTIN · Université des Antilles« La Lézarde a débordé » Juliette ELOI-BLEZES · Agrégée de Lettres Modernes« De la Martinique à l’Algérie : Édouard Glissant, Kateb Yacine et les autres » Benaouda LEBDAI · Université Le Mans
      13h00 à 14h00 : Déjeuner libre
      14h00 à 15h30 : Lieu clos, parole ouverte
      Modératrice: Valérie LOICHOT · Emory University
      « De/liberating the message- translation as trans/relation of knowledge »
      Christine RAGUET · Paris 3 Sorbonne Nouvelle« La dialectique Méditerranée-Caraïbe d’Édouard Glissant » Michelle ZERBA · Louisiana State UniversityFranck COLLIN · Université des Antilles
      15h30 à 16h00 : Pause-café
      16h00 à 17h30 : Le terrifiant est du gouffreModératrice : Juliette ELOI-BLEZES · Auteure de De la Lézarde à Ormerod. Une poétique de la répétition (2016)« Penser le gouffre méditerranéen à travers l’œuvre d’Édouard Glissant »Naima HACHAD · American University Washington DC« L’écriture du tremblement : Glissant et la génétique des textes » A confirmer
      Claudia AMIGO PINO · Université Sao Paulo« Soleil de la Conscience, quand les images viatiques donnent à voir la pensée de la relation » Anaïs STAMPFLI · Université des Antilles
      8h45 à 21h00 : SoiréeInauguration expo GLISSANT Bibliothèque Universitaire « La chair de l’histoire » Performance de Fabienne KANOR · Auteure et réalisatrice


      Cocktail dînatoire

      Mercredi 21 mars 2018 : Bâtir la Tour : Amphithéâtre Hélène Sellaye · Campus de Schœlcher
      7h30 à 8h00 : Inscription des participants8h00 à 9h30 : L’intraitable beauté du MondeModératrice : Christine RAGUET · Paris 3 Sorbonne Nouvelle
      « L’intraitable beauté de la créolisation chez Édouard Glissant » Hugues AZERAD · Magdalene College / University of Cambridge« Beauté et justice » Jean-Pol MADOU · Université de Savoie Mont Blanc« Poétiques féminines de la créolisation » Pauline AMY DE LA BRETEQUE · Paris 4 Sorbonne
      9h00 à 10h30 : Conférence« L’autre féminin dans l’œuvre d’Édouard Glissant » Corinne MENCÉ-CASTER · Paris 4 Sorbonne
      10h30 à 11h00 : Pause-café
      11h00 à 12h00 : Langues d’éclatsModératrice : Liliane FARDIN · Université des Antilles
      « Défense et illustration du théâtre dans le Discours Antillais ; une relation ambiguë » Kerry-Jane WALLART · Paris 4 Sorbonne« Premiers éclats, traces obscures, textes enfouis » Axel ARTHERON · Université des Antilles Raphaël LAURO · Université Paris Ouest Nanterre
      12h00 à 13h00 : « Il n’amène à rien d’avoir un peu de terre, quand toute la terre n’est pas à tous »Modératrice : Cécile BERTIN-ÉLISABETH · Université des Antilles
      « ‘Cela qui nous tient en poésie’ - ou la Tragédie de la perte : quêtes éthiques et épistémologiques dans la pensée d’Édouard Glissant » Nadia NAAMI· University of Miami« Édouard Glissant au regard de la littérature yiddish moderne du XXème siècle : une perspective comparatiste heuristique » Cécile ROUSSELET · Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle« L’éclat de l’histoire et l’obscur du canon : Glissant et l’histoire de la littérature au Brésil » Luz PINHEIRO · Université Fédérale do Espirito Santo/Fapes
      14h00 à 16h00 : Acoma(s)Modératrice : Corinne MENCÉ-CASTER · Paris 4 Sorbonne
      « Pour une nouvelle théorie littéraire, Édouard Glissant et sa poétique de la relation » Ewa GROTOWSKA-DELIN · Université des Antilles« Redécouvrir Le sel noir, une poétique de la fraternité ? » Liliane FARDIN · Université des Antilles« Transoceanic Glissant » Anaya KABIR et Elina DJEBBARI · King’s College (London)
      19h00 : SoiréeLes Foudres de Glissant, Habitation Saint Étienne.
      Jeudi 22 mars 2018 : De Bezaudin, Martinique, au Tout-Monde : Maison du bèlè · Sainte-Marie
      8h30-11h00 : VisiteMorne Bezaudin, Morne Macroix, Habitation Pied en l’airPatricia CONFLON GROS-DÉSIR · Université des Antilles
      11h15 à 12h00 : Le souffle, le paysage, la mémoireModératrice : Kerry-Jane WALLART · Paris 4 Sorbonne
      « Renverser les gouffres : Édouard Glissant et l’éthique relationnelle de l’histoire et des mémoires de la traite » Loïc CERY · Institut du Tout-Monde
      12h00 à 13h00 : « Naitre au monde»Modératrice : Dominique AURÉLIA · Université des Antilles
      « Les voix du détour dans la littérature contemporaine en langue française » Viviane PEREIRA · Université Fédérale du Paraná (Brésil)« Édouard Glissant, une parole ouverte sur le monde » Mylène DANGLADES ·Université de Guyane« Au clair obscur de la relation : l’architectonie poétique d’Édouard Glissant » Frédéric LEFRANÇOIS · Université des Antilles
      13h00 à 14h00 : Déjeuner (offert par Osatour)14h00 à 16h00 : Après-midi doctoral
      Session 1 : Modérateurs : Alexandre LEUPIN et Christine RAGUET
      « La relation aux Antilles dans la colonialité marseillaise, 1719-2015 » Philippe K. YERRO · Marseille« La rhétorique d’Édouard Glissant : l’interpénétration des genres oratoires dans son œuvre romanesque » Mohammed LAMINE RHIMI · Université Islamique Muhammad Ibn Saoud de Riyad« La littérature taïwanaise à la lumière des concepts d’Édouard Glissant » Yueh-ta CHEN· Université Catholique de Taiwan« Interdisciplinarité » Mfonzié ZACHARIE-BLAISE · Université de Yaoundé« common places : archipelagicand continental thoughts on Interdisplinarity” Miguel GUALDRON-RAMIREZ · DePaul University
      Session 2 : Modérateur : Jacques COURSIL
      « Le dépassement chez Édouard Glissant » Jeanne JÉGOUSSO · Louisiana State University« Édouard Glissant’s sense of errancy » Benjamin P. DAVIS · Emory University« Les enjeux majeurs de la langue vernaculaire dans la littérature caribéenne » Karine BELIZAR · Louisiana State University« L’abyssatrice : entre Édouard Glissant et Fabienne Kanor Brenda MOORE · Emory University
      Vendredi 23 mars 2018 : La Savane de la première nuit : Amphithéâtre Michel Louis / Amphithéâtre Hélène Sellaye Campus de Schœlcher
      9h00 à 10h00 : Conférence musicale et poétique du chaosAmphithéâtre Michel Louis · Campus de Schœlcher
      « Jazz et créolisation » sur une idée de Coline TOUMSON Mario CANONGE / Luther FRANCOIS
      10h00 à 11h00 : ConférenceAmphithéâtre Hélène Sellaye · Campus de Schœlcher
      « Une Famille d’éléphants : les dessins d’Édouard Glissant » Valérie LOICHOT · Emory University
      11h00 à 11h15 : Pause-café
      11h15 à 12h45 : « C’est un cri qui prend l’air à partir de nos étincellements de brousse… »Modérateur : Benaouda LEBDAI · Université Le Mans
      « Édouard Glissant, le poète/Roberto Matta le peintre : lectures croisées sur le Monde, entre chaos-monde et échos-monde » Géraldine BANARÉ · Université des Antilles« Pour une délecture de l’entour : la faille des couleurs chez Édouard Duval-Carrié et Édouard Glissant » Charly VERSTRAET · Emory University« Édouard Glissant : Architecte de l’esthétique caribéenne » Patricia DONATIEN · Université des Antilles« Quand le silence enfin s'emmêle au bruit : esquisse d’une esthétique musicale dans La Cohée du Lamentin »Jean-Luc TAMBY · Conservatoire Rennes, Université de Rouen
      12h45 à 13h45 : Déjeuner libre
      13h45 à 15h15 : « et avec des lianes bleuies et des algues en arc-en-ciel. »Modératrice : Myriam MOÏSE · Université des Antilles
      « Fouiller l’antan, mesurer la terre’, relayer nos paroles » Serge DOMI · Sociologue (Martinique)« Du paysage à la poétique de la terre : Dialogues entre la philopoétique d’Édouard Glissant et l’art contemporain » Michel MINGOTE · Université de Minas Gerais« Pratiques cinématographiques et pensée d’Édouard Glissant » Guillaume ROBILLARD · Université Paris 1 Sorbonne« Jaillit des troubles, la lumière » Valérie PEREZ · ESPE Guadeloupe, Université des Antilles
      15h30 à 16h30 : Le lieu du MondeModérateur : Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles
      « Édouard Glissant et l'économie politique dans le discours antillais » Christian SAAD · Université des Antilles« Édouard Glissant, Géopoétique et mondialité » Véronique BRAUN DAHLET · Université de Sao Paulo« Glissant ou un autre regard sur l'histoire : L'étude de Franc-Jeu » Monique MILIA-MARIE-LUCE ·Université des Antilles
      16h30 à 17h00 : Conclusion« L’éclat et l’obscur » » Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles
      19h00 : Soirée de clôture et remise du prix Mycea
      Hôtel l’Impératrice – Fort-de-France

      COMITÉ SCIENTIFIQUECécile BERTIN-ÉLISABETH · Université des Antilles Sylvie GLISSANT · Directrice de l’Institut du Tout-Monde Alexandre LEUPIN · Louisiana State UniversityValérie LOICHOT · Emory University, Atlanta (GA) Corinne MENCÉ-CASTER · Université Paris IV Sorbonne Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles

      COMITÉ D’ORGANISATIONAxel ARTHERON · Université des Antilles Dominique AURELIA · Université des Antilles Patricia GROS-DÉSIR · Université des Antilles Myriam MOÏSE · Université des Antilles
      Régine ROUVEL · Université des Antilles
      Catégories: Manioc, UAG

      Focus Manioc : Marthe Oulié, un destin atypique

      jeu, 08/03/2018 - 16:10
      À l'occasion de la journée internationale des droits de la femme, présentation d'une femme archéologue, écrivaine, exploratrice, navigatrice.

      Marthe Oulié est la seconde femme écrivaine de la collection de livres anciens de Manioc avec Les Antilles, filles de France ; l'autre femme étant Clémence Cassius de Linval, ayant écrit Cœurs martiniquais sous le pseudonyme de Max Jean.

      Marthe Oulié (1901-1941) étudie au lycée Molière à Paris et obtient son baccalauréat à seize ans. Elle suit de brillantes études supérieures à la Sorbonne et à l’École du Louvre et devient docteur ès lettres à vingt-deux ans ce qui lui vaut le surnom de la plus jeune archéologue de France. Elle publie sa thèse en 1926 : Le Cosmopolitisme du prince de Ligne, 1735-1814.

      En 1925, elle part avec quatre autres jeunes filles pour une croisière sur la Méditerranée entre Marseille et Athènes. Cet équipage presque exclusivement féminin (il y a un jeune garçon) et très jeune (elles ont toutes à peine vingt ans) embarque à bord du voilier Bonita, vieux yawl sans moteur dont c'est le dernier voyage. Ces cinq femmes atypiques, nommées à l'époque des garçonnes, arborant cheveux courts, sont très émancipées de cœur et d'esprit. Outre Marthe Oulié qui deviendra voyageuse et conférencière infatigable malgré des problèmes de santé, sont présentes sur le bateau : Hermine de Saussure, universitaire et capitaine du Bonita ; Ella Maillart, second de bord et qui deviendra écrivaine-voyageuse ; Mariel Jean-Brunhes, géographe, future ethnologue et militante humaniste. Et enfin d'Yvonne de Saussure, sœur aînée d'Hermine accompagnée du seul garçon de l'équipage, par ailleurs frère benjamin des sœurs Saussure : Henri-Benedict.





       
      Ces voyages  lui donneront l'occasion d'écrire d'autres ouvrages :

      - La croisière de Perlette, 1700 milles dans la mer Égée, Paris : Hachette, 1926, écrit avec Hermine de Saussure et illustré par Henri-Benedict de Saussure
      - Bidon 5, en rallye à travers le Sahara, Paris : E. Flammarion, 1931
      - Jean Charcot, Paris : Gallimard, 1937
      - Finlande, terre du courage, Paris : Flammarion, 1940.

      A. F.

      Catégories: Manioc, UAG

      De la femme-objet des livres anciens à la femme-auteure engagée des collections contemporaines

      mar, 06/03/2018 - 15:42
      Regard sur l'évolution de la place des femmes dans les collections de Manioc
      L'absence des femmes-auteures dans les collections de livres anciens numérisés (2 auteures recensées sur 2 000 livres) est représentative de la place minorée des femmes dans l'espace public pendant plusieurs siècles. Dans les territoires coloniaux de la Caraïbe et de l'Amazonie, les discriminations genrées s'ajoutaient aux discriminations raciales. La femme n'est présente dans ces ouvrages ancien (décrite, gravée, photographiée...) qu'à travers le regard -souvent fantasmé- de l'homme.Le tour d'horizon des collections contemporaines de Manioc que nous proposons aujourd'hui à l'occasion de la journée de la femme, montre qu'en ce début de XXIe siècle, la situation a heureusement bien changé. 
      Les femmes de la Caraïbe, qu'elles soient universitaires, artistes, écrivaines de fiction (...) se saisissent de questions qui touchent la condition féminine d'un point de vue historique et contemporain. La bibliothèque numérique Manioc a choisi de mettre en lumière une sélection de vidéos qui montre la diversité de ces engagements.
      En scène !Annabel Guérédrat, A freak for S.De Saartjie Baartman, née esclave et devenue la Vénus noire ou Vénus Hottentote au corps exposé en phénomène de foire en Europe, à Valeska Gert, artiste provocatrice et danseuse de cabaret berlinoise des années 20, Annabel Guérédrat réinvestit des figures féminines aux destins atypiques. La performeuse crie la colère contre la dépossession et, avec une énergie vibrante, exubérante, sans limite, met son corps en scène pour invoquer une liberté intense, totale. Ses performances questionnent les représentations et la relation au corps des femmes désapproprié/réapproprié.
      Fiction : roman, BDLes histoires de l'écrivaine haïtienne Kettly Mars, portées par des personnages complexes et ambigus dont le lecteur partage l'intimité parfois épouvantable, rappellent que les contextes de crise, de dictature (Saisons sauvages), de catastrophe, renforcent la vulnérabilité des femmes, nourrissent des systèmes qui encouragent leur domination et leur exploitation sexuelle dès l'enfance. Ainsi, Aux frontières de la soif (2012) dénonçait, déjà, l'exploitation sexuelle des enfants dans les camps. Mérine Céco, dans son roman La mazurka perdue des femmes-couresse fait revivre des voix de femmes des générations précédentes, rend hommage à celles qui ont dû faire face à des contexte socio-culturels difficiles et interroge cet héritage.Les femmes auteures de Bandes dessinées, très marginales il y a une vingtaine d'années, ont parvenu à se faire une place dans l'univers des bulles :
      • Nadia Chonville, Patrick Odent-Allet, Laurence Baldetti, Nora Moretti, Krystel, Lareline Matiussi, Dimat, Béatrice Penco Sechi, La femme dans l'univers des bulles,  Animation culturelle à la bibliothèque universitaire (Martinique) dans le cadre du 3ème Festival de la Bd de la ville de Trinité, 16 octobre 2013.

          Chercheuses : un regard sur des sujets longtemps minorésL'implication des chercheuses dans toutes les disciplines apporte de nouvelles perspectives à la lecture des sociétés, de leurs histoires et de leurs héritages contemporains. Le regard de ces universitaires sur leurs aînées prend davantage en compte les contraintes sociales, les capacités d'action et les stratégies individuelles et collectives dont les femmes ont pu faire usage. Si les études en sciences sociales accordent une place de plus en plus importante aux phénomènes de reproduction et d'intériorisation des stéréotypes, aux inégalités et discriminations à l'égard des femmes dès l'enfance, la place qu'occupe aujourd'hui les chercheuses à l'université n'y est sans doute pas étrangère. 
          Résistance, action : l'histoire des femmes revisitée

          Construction des représentations du genre, discriminations et inégalités 

          Dans l'éducation
          Dans les médias
          Violences

          Bonne découverte !
          A.P.








          Catégories: Manioc, UAG

          Focus Manioc : Le comte François Barbé de Marbois (1745-1837)

          mar, 27/02/2018 - 11:25
          Un grand commis d'État, de l'Ancien Régime à la Restauration
          En feuilletant nos nouvelles acquisitions en ouvrages numérisés, nous tombons sur plus d'une vingtaine d'ouvrages d'un certain François Barbé de Marbois. Né en 1745 dans une famille d'hommes de loi, le comte Barbé de Marbois poursuivit une carrière de grand commis au service de la puissance publique pour quatre régimes successifs : l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Un exploit que peu ont accompli - on évoque souvent Talleyrand, tant la période était prompte à destituer les notables de la veille.
          Source : Manioc
          Par la protection du marquis de Castries, le comte Barbé de Marbois entre dans la diplomatie comme attaché de légation (1768 -1779), puis chargé d'affaires. C'est au cours de son séjour aux États-Unis où il officie comme consul, qu'il épouse Elizabeth, la fille d'un ami, M. William Moore, banquier et président du Conseil exécutif de Pennsylvanie.

          Grâce à son réseau d'ami haut placé (en plus du marquis de Castries on trouve le marquis La Luzerne, alors ministre de la Marine et des Colonies sous Louis XVI) Barbé de Marbois obtient, en 1785, la charge d'intendant général de Saint-Domingue, un poste colonial clé qu'il occupera jusqu'au tout début des troubles révolutionnaires de 1789. Voici ce qu'en dit une source Manioc (Justin Chrysostome Dorsainvil, Manuel d'histoire d'Haïti, Port-au-Prince : Procure des Frères de l'Instruction Chrétienne, 1934, p.61) :
          L'Intendant, Barbé de Marbois, était un homme énergique, remarquablement doué, et qui, par son esprit d'ordre et sa fermeté, avait relevé, en moins de quatre ans, les finances de la colonie. En d'autres circonstances, il aurait pu contenir et endiguer les éléments de révolution ; mais il fut mollement soutenu par la métropole.
          En octobre 1789, menacé dans sa vie par la jeunesse révoltée du Cap (on ne lui pardonnait pas la suppression, en 1787, du Conseil supérieur de cette ville), comprenant que la faiblesse du nouveau gouverneur rendait toute résistance impossible, il s'embarqua pour la France avec plusieurs officiers, ses amis, écœurés comme lui du désordre naissant.

          À son retour en France, il est réintégré aux Affaires étrangères mais il échoue dans sa mission à Ratisbonne et Vienne pour tenter de neutraliser l'activisme des Girondins. Suite au coup d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797), il est déporté à Sinnamary en Guyane, épisode douloureux dont il tirera néanmoins un journal riche en descriptions et informations sur la colonie pénitentiaire. Ce trésor documentaire fait du comte un célèbre prédécesseur du capitaine Dreyfus.
          Source : Manioc
          Après le 18 brumaire, une de ses connaissances le fait rentrer en France d'où il repart dès
          1803 pour négocier le traité de cession de la Louisiane, cet immense territoire vendu aux récents Etats-Unis par Napoléon Ier pour financer ses guerres européennes. Son expérience et sa réputation lui permettent d'accéder ensuite à la direction du ministère du Trésor avant d'être nommé par Napoléon premier président de la Cour des comptes, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite tardive des affaires publiques en 1834, à l'âge avancé de 89 ans. Il meurt à Paris trois ans plus tard.


          Sur Manioc :

          L'oeuvre de François Barbé de Marbois aux colonies d'Amérique :
          François Barbé de Marbois, État des finances de Saint-Domingue : contenant le résumé des recettes & dépenses de toutes les caisses publiques depuis le 1er janvier 1788, jusqu'au 31 décembre de la même année, Paris, Imprimerie royale, 1790, 48 pages.
          François Barbé de Marbois, Remontrances de Monsieur de Marbois, Intendant de Saint-Domingue, contre l'Arrêt d'enregistrement de l'acte intitulé : ordonnance de M. le gouverneur général, concernant la liberté du commerce pour la partie du sud de Saint-Domingue, [s.l.], [s.n.], 1789, 11 pages.
          François Barbé de Marbois, Journal d'un déporté non jugé, ou Déportation en violation des lois, décrétée le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), Tome I, Paris, Chatet, 1835, 272 pages.
          François Barbé de Marbois, Journal d'un déporté non jugé, ou Déportation en violation des lois, décrétée le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), Tome II, Paris, Chatet, 1835, 323 pages.

          Sur la vie des déportés conventionnels et leur projet d'évasion de Sinnamary :
          Isaac-Etienne de La Rue, Histoire du dix-huit fructidor ou Mémoires contenant la vérité sur les divers évènemens qui se rattachent à cette conjuration : précédés du tableau des factions qui déchirent la France depuis quarante ans, et terminés par quelques détails sur la Guyane considérées comme colonie. Deuxième partie, Paris : Demonville, 1821, 537 pages.

          Sur l'oeuvre de François Barbé de Marbois au cours de sa déportation en Guyane :
          Pierre-Marie-Sébastien Catineau Laroche, De la Guyane française, de son état physique, de son agriculture, de son régime intérieur et du projet de la peupler avec des laboureurs européens ou Examen d'un écrit de M. le marquis de Barbé-Marbois, sur le même sujet. Suivi de Considérations sur le commerce colonial de la France et sur l'administration spéciale de ses colonies, Paris, Imprimerie de C. J. Trouvé, 1822, 230 pages.

          X. H.


















          Catégories: Manioc, UAG

          Le corps en performance dans le Carnaval

          mar, 20/02/2018 - 12:39
          Corps colonisé / corps libéré ?

          L'homme de la Caraïbe a longtemps souffert des normes sociales en relation avec son corps. Son corps semble directement lié à une pratique répressive normative du système colonial dans lequel l'identité culturelle et corporelle dans l'environnement a été négligée. Auparavant, les corps des esclaves étaient vus comme des objets, des corps outils qui facilitent la production dans l’industrie.Afin de dépasser son passé colonial qui le hante, l'homme de la Caraïbe a dû se réinventer. Cette réinvention passe notamment par le Carnaval. 
          Le roi nègre et le capitaine, ayant fait mettre deux esclaves sur leurs genoux, s'étaient assis sur leurs dos. Manioc
          Cette expression culturelle est devenue un espace adapté pour un « corps en performance » c’est-à-dire pour un carnavalier, d’affirmer les problèmes humains, existentiels et sociaux.
          Fort-de-France. Scène de carnaval. Personne déguisée en diable créant une animation dans une rue. Manioc
          Toutefois, en examinant les gestes d’un corps en action pendant le carnaval, il est possible d'en déduire une proche ressemblance à l’art performance.
          L’Art Performance implique l’entreprise d’une action ou d'actions par un artiste où le corps de l'artiste est le médium artistique. Au cœur du processus et de l'exécution de l’Art Performance est la présence en direct de l'artiste et des actions réelles de son corps, afin de créer et de présenter une expérience artistique éphémère à un auditoire. La caractéristique déterminant de l’Art Performance est le corps, considéré comme le principal moyen et matériel conceptuel sur lequel repose l’Art Performance.
          DéamBUlation - Performance Pluri-Artistique. Manioc

          Afin de développer ce sujet, il s’agit ici de confronter le corps dans le carnaval caribéen à l’Art Performance. Cela dans le but d’interroger les audiences en les forçant à réévaluer leurs propres notions de l'art et leur relation à la culture.

          Le carnaval est un espace syncrétique où le corps interagit avec les cultures et les coutumes religieuses, qui fusionnent et forment une expression souvent destinée à la moquerie de la hiérarchie oppressive et à l'introduction d’un certain « Humour » dans la société. La vivacité et l’exubérance de ces corps carnavalesques retranscrivent et revisitent, non seulement les mœurs de la société post-coloniale d’aujourd’hui, mais aussi les gestes et les mouvements des anciens esclaves. Cependant, les expressions du corps ne sont jamais les mêmes. Elles se moulent sur les évolutions de la société, et sont empreintes des nouveautés. Ce qui se retrouve également dans le domaine de L’Art Performance.  Le corps participant au carnaval peut être considéré comme un corps en performance étant en interaction avec l'environnement carnavalesque immédiat mais aussi avec le passé historique et culturel chargé dans cet environnement.

          L'art de la Performance", performance conférence. Manioc
          Le Carnaval et l’Art Performance partagent le fait d’être des formes d’expression « en direct ». Néanmoins, les corps dans ces deux catégories s'expriment à travers des mouvements, des danses, des chants, des cris et parfois des actes physiques de violence. Enfin, le corps participant au carnaval engage, incite, et créé un espace poreux qui questionne les frontières entre l’Art Performance et la culture.

          Sur Manioc :


          • Annabel Guérédrat, Marvin Fabien, DJ Bostic, Guillaume Bernard, Performance " Hysteria " Discrimination genrées/ raciales dans la danse, danse/théâtre, performance martiniquaises, Journées d'études, le 30-31 mai 2017. Université des Antilles.
          • Jean-Hugues Miredin, Laurent Troudart, Tricia Moore, Ina Boulange Michel Béroard, Fred Lagnau, David Gumbs, DéamBUlation - Performance Pluri-Artistique, " DéamBUlation - Performance Pluri-Artistique " : Les rencontres de la Bibliothèque universitaire, le 19 mai 2015. Université des Antilles et de la Guyane.




          M.F.



          Catégories: Manioc, UAG

          A l'arrêt... En attendant les bus à haut niveau de service

          lun, 05/02/2018 - 09:21
          Le tram de Saint-Pierre, lointain ancêtre du TCSP en Martinique ?Devenues un véritable objet de sarcasmes et de boutades sur place, les multiples péripéties de la mise en fonctionnement du TCSP ont dépassé les frontières de la Martinique début janvier. L'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné dévoilait alors à ses lecteurs la situation ubuesque des bus à haut niveau de service (BHNS) qui doivent servir à décongestionner le trafic de l'agglomération foyalaise. Depuis, pressés par ces "révélations" ou par l'impatience de la Commission européenne, les politiques de tous bords ont multiplié les effets d'annonce et retournements de situation sur le dossier.

          Tramway hippomobile de Saint-Pierre traversant la place Bertin
          Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 424.
          En attendant, à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucun usager n'a pu prendre un seul de ces bus... Pour patienter, nous vous proposons un bref retour an tan lontan, puisque l'ancien tramway de la ville de Saint-Pierre connu une mise en place plus heureuse que l'actuel TCSP, devenu un véritable serpent de mer de la politique martiniquaise. 

          Saint-Pierre. L'Ex-Voto des Fonds-Koré et le tramway (Un de ses derniers voyages). Manioc
          C'est en 1896 que fut décidée sa construction pour répondre à une demande tant publique que privée. En effet, le futur tramway était destiné au transport de voyageurs et des nombreuses marchandises qui transitaient alors par le port de Saint-Pierre. Dès 1900, un tramway à traction hippomobile (un wagon sur rail tracté par cheval) assure le transport des voyageurs et du service postal de la ville. Il est exploité par plusieurs industriels, regroupés au sein de la Société des tramways martiniquais. Le tramway desservait le centre de l'agglomération pierrotaine, partant du marché du Mouillage à l'allée Pécoul en passant par la route des Trois-Ponts, mais également ses faubourgs (Sainte-Philomène et Fonds-Coré). Comme toutes les infrastructures d'alors, ce transport collectif ne résista pas à la fureur de Dame Pelée et sa terrible éruption du 8 mai 1902.

          Tramway hippomobile de Saint-Pierre traversant la place Bertin
          Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 342
          Pour aller plus loin : 

          L'ensemble du dossier relatif à la mise en place du tramway chez notre partenaire BNPM

          La tenue du colloque "Transports et territoires insulaires", les 4 et 5 avril 2011. Université des Antilles et de la Guyane (extraits).


          Laurent Gatineau et Karl Hoarau, L'accessibilité à la "capitale" dans les espaces insulaires riches, une étude comparée Martinique/Réunion

           


          Christian Jean-Etienne, Politique du développement maritime dans les Petites Antilles : les cas de Fort-de-France, Pointe-à-Pitre et Castries. Logiques de concurrence ou de complémentarité ?



          Thierry Nicolas, Transports et désenclavement insulaire dans les Petites Antilles




          Thierry Hartog, Le tourisme de croisière dans la Caraïbe insulaire : un marqueur de territoires par les compagnies nord-américaines, entre ouverture et domination 



          Colette Ranély Vergé-Dépré, La desserte aérienne de l'archipel des Antilles : entre extraversion et intégration régionale




           Colette Ranély Vergé-Dépré, Transports et territoires insulaires : conclusions



          X.H.
          Catégories: Manioc, UAG

          Le temps des mascarades

          jeu, 18/01/2018 - 13:53
           
          Manioc profite de l'ouverture du carnaval 2018 pour rappeler à ses lecteurs que cet événement annuel a donné lieu à un colloque international en 2017 à l’Université de Guyane.
          Le temps des mascarades est arrivé.

          La Guyane (comme d’autres territoires du continent) se pare de mille tissus aux couleurs chatoyantes, donne libre cours aux désirs et aux nourritures terrestres, autorise provisoirement la transgression des règles de la bienséance et bouscule parfois, le temps d’une danse, les conventions sociales.

          Le carnaval 2018 a donc débuté.

          L’université de Guyane a consacré à cette question esthétique et sociale un riche colloque international, intitulé « Bals masqués de Guyane et d’ailleurs : identités et imaginaires carnavalesques en question », qui a rassemblé en janvier 2017 de nombreux intervenants.

          La bibliothèque numérique Manioc, en fidèle gardien de la mémoire et du patrimoine guyanais, vous invite à partager ce moment d’érudition et à prendre la mesure de la profondeur culturelle de ce fait social qu’est le carnaval.

          Ce colloque, aux visées exhaustives et comparatives, passe en effet en revue les différents aspects des bals parés-masqués et s’attache à mettre en lumière les spécificités du cas guyanais.




          La littérature, les sciences sociales, l’histoire, le droit et l’économie sont ainsi mises à contribution pour lever (de façon non définitive !) le voile mystérieux de ce grand rendez-vous populaire.

          Alors bas les masques au nom de la science... ou entrée dans la danse ?

          A vous de choisir !

          C.B.



          Clair-obscur : représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane : Le bal paré-masqué, l'amour et la transgression dans "La saison des abatis" (1996) de Lyne-Marie Stanley


          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial 
          de Christian Cécile et Nathalie Gauthard



          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. L'amour masqué de Bernadette Bricout




          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression
          Discussion



          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Esclavage et liberté : bals etcarnaval de Guyane du XVIIIe au XIXe siècle par Denis Lamaison



          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. La musique carnavalesque : espace de transgression et de renversement 
          par Audrey Debibakas


          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial 
          par Frédéric Bondil




          Clair-obscur : représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane. Le bal masqué, espace baroque par excellence par Jacqueline Birman Seytor

          Clair-obscur :représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane : Le mondeconvulsé des touloulous dans "Le bois du serpent noir d'EdwardBlasse"
          par Mylène Danglades


          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Les masques sonores dans le carnaval guyanais : pour une humanité partagée
          par Apollinaire Anakesa


          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane
          Discussion



          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial
          Discussion



          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial. Un patrimoine menacé : la sarabande des massacres par Muriel Poli




          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. Carnaval, ou lebal masqué des femmes et de la mort
          Discussion


          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial
          Discussion



          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Le bal paré-masqué : unevariante des bals masqués, une spécificité du carnaval Guyanais par Aline Belfort


          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. La tradition du Randé boutché
          par Marie-Françoise Pindard






          Catégories: Manioc, UAG

          Affaire Dreyfus : "J'accuse" a 120 ans

          mar, 16/01/2018 - 14:24
          Le 13 janvier marque la date anniversaire de la publication, en 1898, d’une « une « de presse qui  fit grand bruit à l’époque et dont les échos résonnent toujours à nos oreilles contemporaines tant elle a marqué l’histoire.   Aujourd’hui encore, dans la lignée de Voltaire défendant Jean Callas, et préfigurant un Jean-Paul Sartre soutenant « qu’il ne faut pas parler pour ne rien dire », le « J’accuse » d’Emile Zola défendant le capitaine Alfred Dreyfus demeure le mètre étalon de l’engagement des intellectuels et d’un certain pouvoir de la presse.
          Dans cet article s’affichant sur quatre colonnes à la « une » du Figaro,  et intitulé sobrement  "Lettre ouverte au Président de la République", le célèbre écrivain démonte de façon méthodique les accusations imputées à Dreyfus, montre du doigt les accusateurs et les vrais coupables et en appelle à la tenue d’un nouveau procès.
          Officier d’état-major au ministère de la Guerre, à Paris, Alfred Dreyfus fut faussement accusé en 1894 d’avoir fourni à l’ambassade d’Allemagne des informations ultra secrètes concernant l’armée française. Ourdi par des militaires antisémites confortés dans leur passion par des autorités gouvernementales complaisantes et un contexte politique propice à tous les débordements nationalistes (Guerre de 1870 perdue par la France face à l’Allemagne, apparition des attentats anarchistes, scandale de Panama mettant au jour la corruption de responsables politiques et industriels), le complot conduisit Dreyfus en déportation à l’île du Diable, en Guyane. A l’issue d’une intense bataille judiciaire et politique qui culmina avec la tribune accusatrice de Zola, Dreyfus fut rejugé, puis, d’abord gracié par le président de la République, réhabilité et réintégré dans l’armée en 1906.
          Mais s’il constitua un tournant décisif dans l’Affaire, l’article de Zola ne fut pas le seul écrit inspiré par la situation de l’infortuné capitaine. Sur le mode du roman feuilleton populaire illustré, un certain Jules d’Arzac fit paraître chaque semaine, entre 1931 et 1933,- soit quelques années après la conclusion de cette tragédie judiciaire–« Le calvaire d’un innocent ». 
          Selon l’ordre chronologique inspiré des faits, le numéro 2 du journal met ainsi en en scène un Dreyfus encore incrédule, livré aux affres de la prison militaire du Cherche-Midi, juste après son arrestation en 1894 : « Ne m’entendez-vous pas ? continua Alfred Dreyfus, qui était comme transfiguré par le sauvage désespoir qui faisait chavirer son esprit ? Pourquoi est-ce que personne ne me répond ? … Ne comprenez-vous pas que je dois rentrer à la maison. (…) Je suis innocent du crime infâme dont on m’accuse !... Je suis innocent !...nocent !... répéta l’écho de la sinistre galerie… ». Pour l’anecdote éditoriale, un site de librairie d’occasion nous présente cette publication « comme étant la traduction d'un roman allemand écrit par Eugen Von Tegen » en 1930...
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