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Mois des abolitions : Bissette, oublié de l'Histoire

mar, 22/05/2018 - 09:00
Longtemps délaissée, reléguée dans l’ombre toute-puissante de son rival politique Victor Schoelcher, la figure d’Auguste Bissette est aujourd’hui célébrée dans la lutte abolitionniste. En ce mois de commémoration de l’abolition de l’esclavage, Manioc vous propose de revenir sur cette figure martiniquaise.
Source : ManiocCyrille Charles Auguste Bissette (1795-1858), métif (ce qui signifie qu’il a l’allure d’un descendant de Mulâtre et de Blanc) appartient à une famille renommée, doublement rattachée aux Mallevault, famille noble d’officiers de marine, et aux Tascher de la Pagerie, que l’on ne présente plus, mais cette position enviable masque l’absence complète de fortune personnelle. Issu de la bourgeoisie urbaine, ses écrits laissent penser qu’il a reçu une solide éducation.

Fin 1823, un opuscule anonyme circulant clandestinement en Martinique commence à agiter les représentants du pouvoir royal. L’objet, 32 pages reliés de rouge et édité à Paris, porte un titre sans ambiguïtés : De la situation des gens de couleur libres aux Antilles françaises. Ces « gens de couleur libres », s’ils pouvaient posséder des esclaves, accumuler du capital et jouir de leur liberté, restaient confinés dans une position sociale inférieure face à l’élite blanche. L’affaire aurait pu en rester là, le libelle ne soulevant aucun soubresaut en Guadeloupe et en Guyane, et ne comportait rien qui ne soit déjà connu et précédemment dénoncé. Toutefois, son style porte la dénonciation au rang littéraire dans un style très enlevé :« La caste privilégiée persisterait-elle à conserver ses révoltantes prérogatives ? On ne devrait cependant pas oublier quelles ont été les funestes causes qui nous ont ravi la plus belle de nos colonies.
Il est donc essentiel de s’occuper du sort d’une classe aussi utile que laborieuse, et qui s’accroît de jour en jour. Les gens de couleur libres demandent donc, au nom de la justice et de l’humanité, la destruction des lois exceptionnelles qui les régissent (…). Au reste, elle n’a rien qui puisse la rabaisser au-dessous de celle des flibustiers, des boucaniers, des engagés ou des hommes flétris par l’opinion, qui ont composé la primitive population blanches des colonies, et dont les orgueilleux descendants forment aujourd’hui la caste privilégiée. »Certains cadres blancs martiniquais croient y déceler une conspiration destinée à mettre fin à leurs privilèges et, in fine, à leur « race ». Aussi, pressé par des magistrats entreprenants, le gouverneur Donzelot fait arrêter la nuit du 22 décembre Bissette en compagnie de ces supposés complices Louis Fabien et Jean-Baptiste Volny. Tous les trois sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité et au fer rouge (marque GAL pour galérien) « pour avoir colporté, distribué clandestinement, et lu à divers, un libelle tendant à renverser la législation établie ». À la même époque se produit en Jamaïque un événement similaire, l’affaire Lecesne et Escoffery, à laquelle le pouvoir britannique réagit de même. Les puissances coloniales cherchaient donc avant tout à étouffer les réformes progressistes. Source : Manioc

Après un passage rapide au bagne de Brest, les trois hommes voient leur peine commuée en interdiction de séjour dans les Antilles pendant dix ans, période qu’ils mettent à profit pour faire reconnaître l’application du droit commun dans les colonies. Ainsi, de 1834 à 1842, Bissette animera à bout de bras la Revue des colonies qui fera beaucoup pour la reconnaissance de l’égalité raciale et de l’abolition de l'esclavage (dans une moindre mesure), tout en l’acculant à la faillite. Cette publication verra donc les premiers affrontements idéologiques avec Victor Schoelcher pour le leadership du mouvement abolitionniste. Si Bissette rencontre d’indéniables succès électoraux, notamment grâce à son alliance avec Pécoul, grand Blanc libéral, la méfiance – pour ne pas dire la hargne – qu’il inspire à la majorité possédante conduira à sa perte. En effet, après avoir brocardé Schoelcher, métropolitain acquis aux préjugés locaux concernant les libres de couleur selon lui, et une fois passé la liesse de mai 1848, celui que les Martiniquais renommèrent affectueusement Papa Bissette fait l’erreur de repartir pour la France en janvier 1950, laissant ainsi le champ libre au camp schoelcherien de se structurer et de s’arroger les seuls mérites de la politique post-abolition. Si le pamphlet La vérité aux ouvriers et cultivateurs de Martinique porte un coup dur à l’intégrité de Bissette, sa compromission avec le régime du Second empire, amplifiée par sa parenté, une maladie qui le ronge et une situation financière précaire, achève de le déconsidérer complètement une fois la IIIème République proclamée. En effet, Schoelcher, intransigeant avec le régime impérial, revenu d’exil, contribuera largement à discréditer son rival qui tombe alors dans un oubli quasi général.
X.H. 
Pour aller plus loin : Sur Gallica :
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Récits d'esclaves = Slave narratives

lun, 14/05/2018 - 15:31
Écrits d'esclaves : des documents rares
Quatre siècles (XVIe-XIXe) marqués par le système esclavagiste déployé par les empires européens et les États-Unis en Amérique, n'auront laissé aux esclaves que peu de possibilité d'exprimer au monde leur expérience : l'apprentissage de l'écriture leur étant généralement interdit.
Narration de la vie et des aventures de Venture Smith
Traduit de l'anglais par Emma Okwonkwo
édité par ManiocLes documents considérés comme sources pour étudier l'histoire de l'esclavage ont été rédigés de façon quasi exclusive par des personnes qui représentent le point de vue de la métropole, voire défendent l'intérêt de l'ordre établi et du système esclavagiste. Les historiens doivent donc opérer une lecture "à rebours" ou "en creux" (pour reprendre une expression de Dominique Rogers) pour tirer des documents (juridiques, administratifs, littéraires, scientifiques ou économiques) des informations sur la vie des populations esclaves, le quotidien d'hommes et de femmes, leurs pratiques sociales, culturelles, leurs "interprétation" des événements coloniaux (guerre, première abolition de l'esclavage).
Interprétation, décodage, comparaisons ; si ces pratiques font partie du travail de l'historien, elles n'en sont pas moins rendues particulièrement complexes et ardues pour ceux qui travaillent sur l'histoire de l'esclavage. Ils doivent tenir compte, pour chaque document, des contraintes structurelles très fortes imposées par les systèmes esclavagistes, autant que des contextes spécifiques (nationaux et locaux) et des éléments immédiats (événements, enjeux, rôle ou fonction de l'énonciateur) qui conditionnent la production des documents.
Dans ce contexte d'absence de possibilité d'énonciation par les esclaves, les rares récits récoltés ou directement rédigés par les protagonistes présentent un grand intérêt pour la recherche scientifique, même s'ils sont également conditionnés par une dimension politique et idéologique. Il s'agit de récits de personnes nées esclaves mais qui ont échappé à leur condition servile, soit en s'évadant des plantations, soit en rachetant leur liberté. La fuite du sud esclavagiste des États-Unis vers le nord du pays ou l'esclavage est aboli au tournant des XVIIIème et XIXème siècles (en fonction de chaque État), permet aux anciens esclaves de changer de condition sociale, sans que cela ne doive masquer les disparités de classes ou les préjugés raciaux toujours ancrés dans l'ensemble de la population d'ascendance européenne.
Récits et auteurs les plus célèbres
  • Olaudah Equiano (Eboe, 1745 - Londres, 1797)
    Auteur de The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African. Written by Himself., Olaudah Equiano connaît un destin étonnant qui le conduit aux quatre coins de la planète. Enlevé à onze ans en Afrique puis déporté aux Antilles, il est l'un des rare à témoigner de la traversée du "passage du milieu" et de l'épreuve que l'arrachement aux siens, et sa mère en particulier, constitue. Il sert en tant qu'esclaves à bord des vaisseaux négriers de la marine royale du Royaume-Uni, ce qui lui permettra de parcourir le monde (Angleterre, Hollande, Écosse, la Caraïbe), avant de commercer avec des capitaines et des marchands, pour finalement parvenir à racheter sa liberté sur ses propres fonds.Il s'installe en Angleterre, entame des études et poursuivra ses voyages en Turquie, au Portugal, en Italie, en Jamaïque, à la Grenade. En 1773, il accompagne le Dr. Charles Irving au cours d'une expédition scientifique polaire partie à la recherche d'un passage au Nord-Ouest. Son autobiographie rencontrera un succès éditorial : 8 éditions anglaises en moins de dix années.
  • Frederick Douglass (1818-1895)
    Auteur de trois autobiographies : Narrative of the Life of Frederick Douglass, An American Slave (publié en 1845),  My Bondage and My Freedom (publié en 1855) et The Life and Times of Frederick Douglass (publié en 1881), aujourd'hui considérées comme l'essence du texte de récit d'esclaves et de l'exercice de style particulier qu'est l'autobiographie. Frederick Augustus Washington Bailey, autrement connu sous le nom de Frederik Douglass, est devenu, après avoir racheté sa condition d'esclave alors qu'il avait 20 ans, un leader américain célèbre. Au cours du XIXe siècle, il s'engage sur des combats contre l'esclavage, le racisme et la ségrégation, en multipliant les contributions dans la presse et les discours. Douglass incarne de son vivant un symbole pour tous les Noirs d'Amérique et une voix qui compte pour l'humanisme et la justice sociale. Empreint de compassion et de résilience, il conclut son dernier ouvrage par la phrase suivante : "My joys have far exceeded my sorrows, and my friends have brought me far more than my enemies have taken from me" ["Mes joies surpassent mes peines, et mes amis m'ont davantage apporté que ce que m'ont pris mes ennemis"].
  • Solomon Northup (1808-1863?)
    Immortalisé par le film éponyme de 2013 réalisé par Steve McQueen, il décrit son expérience dans Twelve Years a Slave: Narrative of Solomon Northup, a Citizen of New-York, Kidnapped in Washington City in 1841, and Rescued in 1853. Un récit intéressant à plusieurs égards, au premier lieu desquels Northup est né libre avant d'être illégalement enlevé, réduit en esclavage et installé de force sur une plantation en Louisiane. Son récit est articulé en deux grandes parties. Si la première partie décrit son expérience quotidienne de servitude, à la manière très d'autres récits d'esclaves, la seconde trahit son éducation de citoyen libre d'un État du nord. Cette partie n'est pas dénué d'humour, refuge qui permet à Northup d'endurer sa situation, mais surprend encore plus le lecteur par le regard quasi-ethnographique porté à la société esclavagiste du Sud que Northup décrit souvent avec la curiosité perplexe d'un touriste intellectuel. Toutes ces particularités expliquent pour partie le succès du livre : plus de trente mille exemplaires écoulés à sa parution.
  • William Wells Brown (1814?-1884)
    Auteur de Narrative of William W. Brown, a Fugitive Slave. Written by Himself, William Wells Brown est né sur une plantation du Kentucky d'un père blanc et d'une esclave africaine. Jusqu'à ses vingt ans, il subi l'esclavage dans des conditions très variées, ce qui assure à son récit un aspect documentaire précieux pour les historiens. Après au moins deux tentatives d'évasion, il réussit à s'enfuir pour le Canada le jour de l'an 1834 grâce à l'entremise du Quaker Wells Brown, nom qu'il adoptera par la suite en signe de gratitude et d'admiration. La parution de son livre est aussi un succès et lui permet de donner de la voix dans l'espace public. En effet, William W. Brown ne s'arrête pas là: il devient un abolitionniste politiquement engagé, même si son contemporain Frederik Douglass le relègue aujourd'hui dans l'ombre. Il est néanmoins aujourd'hui reconnu comme étant l'auteur du premier roman écrit par un Afro-Américain : Clotel; or, The President's Daughter: A Narrative of Slave Life in the United States, publié en 1853.
  • Mary Prince (1788–1833?)
    Première femme noire à prendre la parole dans The History of Mary Prince, a West Indian Slave. Related by Herself. With a Supplement by the Editor. To Which Is Added, the Narrative of Asa-Asa, a Captured African, Mary Prince entendait par ce récit dévoiler aux "bon peuple d'Angleterre ce qu'une esclave a ressenti et souffert", convaincue (à raison) que bon nombre de citoyens de l'époque ignorait complètement les réalités iniques du système esclavagiste. Son récit la voit évoluer des Bermudes à Antigua en passant par les îles Turques-et-Caïques, sans que sa condition ne s'améliore. Son écriture sans fard décrit un quotidien éprouvant où une violence sourde se tient toujours prête à exploser ; elle sera à plusieurs reprises l'objet de mauvais traitements. Ainsi, là où les récits esclavagistes du dix-huitième siècle se concentraient sur les voyages spirituels chrétiens et la rédemption religieuse, celui de Prince épouse la tendance croissante du siècle suivant qui voit les thèmes abolitionnistes prendre le dessus en mettant l'accent sur les injustices éthiques et sociales de l'esclavage.

Les traductions de ces récits en français sont rarement disponibles sur internet mais quelques unes commencent à faire l'objet de publication. Vous pourrez ainsi vous procurer dans le commerce ou emprunter dans les bibliothèques, les ouvrages de la collection "Récits d'esclaves" publiés par les Presses universitaires de Rouen et du Havre et notamment Le récit de William Wells Brown, esclave fugitif, écrit par lui-même écrit en 1847 et traduit en 2012 par Marie-Jeanne Rossignol.
A ce jour, aucun récit d'esclave rédigé en français n'a été identifié. La bibliothèque Manioc possède néanmoins quelques documents dans la langue de Molière. Très récemment, grâce au travail de traduction d'une étudiante de l'université des Antilles, a été mis en ligne le récit (rédigé en anglais) de Venture Smith. Par ailleurs, le Discours d’un nègre marron qui a été repris dans un combat et qui va subir le dernier supplice, de Guillaume-Antoine Lemonnier (1759), s'inscrit dans la tradition des récits liée aux représentations lyriques du marronnage alors en vogue dans l'Europe des Lumières. Il s'agissait pour les philosophes de donner une voix à ceux qui en sont dépourvus, mais surtout d'exposer leurs vues morales qui sont pour le moins ambiguës. Bien souvent, il dénonçaient moins le système esclavagiste que la dégradation injuste que subissaient ces hommes et ces femmes, des êtres sensibles et doués de raison. La postface du Discours d'un nègre marron est à cet égard édifiante :"Le but de l'auteur dans ce Discours a été d'exciter les Blancs à l'humanité envers les Noirs. Si l'on ignoroit combien ces Noirs sont capables de zèle, d'attachement et de tendres sentiments lorsqu'ils sont traités en homme, on citeroit plusieurs traits honorables pour eux. On se contentera d'assurer ici qu'on n'a pas eu dessein de les aigrir contre leurs Maîtres. Ils ne savent pas lire. Et quand ils liroient ce Discours, ils n'y trouveroient qu'un exemple de soumission et de douceur." Pour aller plus loinJean-Pierre Sainton, Dominique Rogers, Dominique Aurélia, Marie-Jeanne Rossignol, Rencontre-débat : récits d'esclaves, 2015. 
Venture Smith, Narration de la vie et des aventures de Venture Smith, natif d'Afrique mais néanmoins résident aux Etats-Unis d'Amérique durant plus de soixante ans, raconté par lui-même, Les INédits Manioc, 2017.
"North American Slave Narratives", in Documenting the American South.
Le projet met à disposition des récits d'esclaves en texte intégral ainsi que des présentations des récits d'esclaves et de leurs auteurs.


A.P. et X.H.
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Manioc au Québec pour célébrer l'anniversaire des classiques des sciences sociales !

lun, 07/05/2018 - 21:57
Les 25 ans des classiques des sciences sociales
Le 86e congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas) se réunit du 7 au 11 mai à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) autour du thème "Célébrer la pensée libre". C'est ce bel espace de rencontre entre des chercheurs de toutes disciplines  et des quatre coins du globe (118 colloques !) qui a été choisi pour fêter l'anniversaire des Classiques des sciences sociales auquel la bibliothèque numérique Manioc a été conviée. 
Pour honorer cet événement, le blog Manioc met en lumière les collections caribéennes des Classiques des sciences sociales et les collections québécoises de Manioc !


Le colloque anniversaireLes Classiques des sciences sociales ont souhaité célébrer ces 25 ans en réunissant des personnes engagées dans la création et la gestion de plateformes d’archives ouvertes et de bibliothèques numériques en libre accès, des chercheurs, des enseignants et des contributeurs qui s’intéressent à divers aspects de ces plateformes. Il s'agit de réfléchir ensemble à différents enjeux auxquels sont confrontées les bibliothèques numériques francophones, de discuter des possibilités qu’elles ouvrent et des effets qu’elles ont sur la recherche en sciences humaines et sociales.
Le colloque "Plateformes, archives et bibliothèques numériques en libre accès : enjeux, possibilités et effets sur la recherche en sciences humaines et sociales dans la francophonie" se déroule mercredi 9 mai de 8h45 à 17h00 en salle P1-6090 de l'UQAC. L'expérience de la bibliothèque numérique Manioc contribuera à cette réflexion par l'intervention Rendre visible l’invisible : effets, perspectives et problématiques des bibliothèques numériques.


Les collections caribéennes des Classiques des sciences socialesLa bibliothèque numérique Les Classiques des sciences sociales propose près de 7000 textes en ligne, et donne accès à des auteurs incontournables pour les étudiants, les chercheurs et le grand public en quête de culture (Lévi-Strauss, Boas, Merleau-Ponty, et tant d'autres). Elle propose aussi deux collections spéciales très directement tournée vers la Caraïbe : "Les sociétés créoles" et "Etudes haïtiennes".la collection "Les sociétés créoles" propose quelques textes anciens et surtout des écrits contemporains d'auteurs que l'on retrouve souvent dans les collections de Manioc : Jean Benoist, Jean-Luc Bonniol, Gerry L'Etang, Monique Desroches. Elle est dirigée par Jean Benoist, l'un des fondateur de l'anthropologie créole aux Antilles, installé en 1966 à fonds Saint-Jacques (Sainte-Marie, Martinique) dont il souhaitait faire une base scientifique de formation à la recherche pour les étudiants québécois et, de manière plus générale, un centre dédié à une meilleure connaissance de la société des îles. Cette collection illustre donc une longue histoire des relations universitaires entre le Québec et les Antilles...
La collection "Etudes haïtienne" est dirigée par Ricarson Dorsé. Elle rassemble des textes anciens, des écrits contemporains en littérature, économie, anthropologie (...), des mémoire et thèses. La collection est en développement constant grâce à l'implication du Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales en Haïti.


La "Nouvelle France" dans Manioc ?
Vue de Québec au début du XVIIIe siècle
ManiocCela pourrait paraître étonnant de retrouver dans une bibliothèque numérique Caraïbe-Amazonie des documents sur le Canada, et pourtant, la "Nouvelle France" fut bien une colonie française d'Amérique, et ces liens historiques se retrouvent dans les écrits anciens numérisés... Qu'ils s'agissent de récits, d'ouvrages de marine ou d'économie, ces textes abordent très souvent plusieurs territoires des Amériques et/ou du monde colonial. Quelques exemples :
On retrouve également quelques illustrations liées à l'histoire du Québec comme la carte ci-dessus ou le portrait de Samuel Champlain ci-dessous.
    "Samuel de Champlain"
    ManiocLes hasards de la numérisation souvent liés aux recueils factices que l'on a pas souhaité tronquer, permettent également de trouver dans Manioc, des documents édités au Québec par le Comité permanent de la survivance française dans les années 1940 et notamment quelques numéros de la revue Pour survivre :Pour terminer cette sélection spéciale Manioc au Québec, voici quelques exemples d'interventions filmées disponibles dans la collection Audio-Vidéo de Manioc qui traitent du Québec  :
      Longue vie aux bibliothèques numériques ! Profitez bien des collections qu'elles mettent gratuitement à la disposition de tous, bonnes lectures !
      AP

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      La France antarctique (1555-1560)

      sam, 21/04/2018 - 08:21
      L'expédition Villegagnon à la source de deux grands classiques de la littérature de voyageSous le terme trompeur de France antarctique se cache la tentative insolite et malheureuse d'implanter une colonie française au Brésil, dans la baie de Rio de Janeiro.
      Carte de l'Amérique du Sud d'après 
      Sébastien Cabot. Source : ManiocLes Portugais, qui n'entreprennent officiellement la colonisation du Brésil qu'en 1548, font face à une vraie concurrence des autres couronnes européennes. Suite à la première tentative française de prendre pied au Brésil (expédition de Gonneville en 1504), des marins, normands pour l'essentiel, naviguent déjà sur les côtes du Brésil, notamment pour faire commerce du bois de braise, de couleur rouge, alors recherché pour les teintures. Ces Français nouent des contacts avec les Tupinambas et établissent des bases que les Portugais s’efforcent de détruire. Avec le soutien royal, ces initiatives privées sont relayées par l'autorité de l’État depuis que François Ier a eu ce bon mot : « Le soleil luit pour moi comme pour tous les autres : je voudrais bien voir la clause du Testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde ». Il obtient du pape Clément VII une interprétation plus souple du traité de Tordesillas auquel cette phrase fait référence : il est admis que le partage du monde signé en 1494 ne concerne que les terres alors connues et non « les terres ultérieurement découvertes par les autres couronnes »

      L'expédition Villegagnon N. D. de Villegagnon
      Son fils Henri II souscrit à cette vision et appuie ses sujets désireux de prendre part à l'aventure coloniale. Henri II, peut-être sous l'influence de sa maîtresse Diane de Poitiers, charge l'amiral Gaspard de Coligny, ministre et homme de confiance, de monter une expédition sous couvert en direction du Brésil. Coligny s'en remet au chevalier de Malte et vice-amiral de Bretagne Nicolas Durand de Villegagnon (1510-1571). Les deux hommes, catholiques, sont favorables à un compromis avec les protestants et envisagent la future colonie comme un refuge pour les seconds, alors persécutés en France, et un modèle de concorde religieuse où chacun pourra pratiquer librement et ouvertement son culte.

      Pour ne pas attirer la méfiance des milieux diplomatiques portugais - mais aussi par manque de moyens matériels et humains, seuls deux navires lèvent l'ancre un jour d'été 1555 du port du Havre pour arriver début novembre dans la baie de Guanabara. En butte aux Indiens et aux Portugais, Villegagnon se replie sur l'île de Serigipe où il fait construire par les colons et des Tamoios, une tribu alliée, le fort Coligny pour assurer la défense de la colonie. La France antarctique. Source : GallicaUne poignée d'hommes (ils sont 600 au départ) survivent alors sur cet ilôt sans ressources tout en apprenant au contact des Tamoios dont ils dépendent fortement pour leur approvisionnement et leur sécurité (attaques portugaises et d'autres tribus). La situation empire : Villegagnon fait régner une discipline de fer après avoir échappé à une conspiration, impose un rythme de travail de forçats et traverse une crise spirituelle. Désespéré, cherchant un moyen d'asseoir l'emprise humaine de la colonie, toujours animé par son désir d'utopie religieuse, il écrit en 1556 à Calvin, au côté duquel il a étudié le droit, pour lui demander des renforts. Depuis Genève, Calvin envoie un contingent qui débarque l'année suivante, avec quelques femmes. Alors que les premiers temps de cohabitation se déroulent dans une atmosphère apaisée, les vieilles querelles théologiques reprennent de plus belle entre les deux camps. Le point de rupture consommé est atteint à la Pentecôte à l'issue d'un débat sur l'eucharistie.  
      Fin et échec de l'expédition. ManiocLes calvinistes se réfugient alors sur la terre ferme, vivant parmi les Indiens, avant de retourner en Europe en 1558 où ils s'empresseront de dénigrer Villegagnon et dénoncer les exactions commises envers eux et les Indiens (voir à ce sujet : Pierre Richer, Réfutation des folles resveries et mensonges de Nicolas Durand, dit le chevalier de Villegaignon, 1562). Villegagnon confie le gouvernement du fort à son neveu et retourne à Paris en 1559 pour se défendre contre ces attaques, mais aussi pour se justifier auprès du Roi. Ce dernier a changé entre-temps : François II n'a que 15 ans et c'est sa mère, Catherine de Médicis, qui assure la régence. La France est tiraillée de l'intérieur, les conflits religieux deviennent pressants et la France antarctique est relayée à l'arrière-plan. D'autre part, pressés par les jésuites, les Portugais préparent l'offensive. Le 15 mars 1560, la forteresse tombe et l’aventure coloniale s'achève. La présence française au Brésil continue par l'intermédiaire d'escarmouches, d'incursions corsaires et de commerce interlope, jusqu'à inspirer des années plus tard l’expérience de la France équinoxiale - pérenne malgré les difficultés.
      Le récit d'André ThevetPalmier du Brésil. ManiocOrnement. Manioc

      Panapana (poisson non identifié). Manioc Au-delà de cet échec et de la tonalité irréelle des événements, cette expédition est source d'une littérature de première main et de première importance. André Thevet, cordelier et futur cosmographe du roi, fait partie du premier voyage. Malade, il doit retourner en France avec ceux qui sont chargés de transmettre à Calvin les renforts demandés par Villegagnon. Il ne sera resté que six mois au Brésil. Pourtant, Singularitez de la France antarctique, publié dès 1557, fait forte impression. Toujours soucieux de faire primer l'expérience sur l'autorité, il n'hésite pas à bousculer certaines croyances enracinées depuis l'Antiquité ou colportées par des colons affabulateurs ou emportés par leurs jugements moraux. Sa description des Tupinambas, qui s'efforce de porter un regard distancié, offre toujours aux anthropologues contemporains une précieuse documentation sur les tribus perdues du littoral sud-américain. Il offre un tableau illustré des ressources animales et végétales et, parmi les premiers, ne parle pas de la forêt tropicale comme d'un "Enfert vert" mais en propose une vision idyllique et quelque peu idéalisée. Il n'échappe toutefois pas à la tendance générale de tomber dans le merveilleux dès que sa connaissance n'est plus empirique (reprise du portrait des Amazones supposées vivre le long du fleuve éponyme), mais sa description de l'anthropophagie rituelle fit sensation puisqu'il s'attache à en fournir une description neutre et détachée, sans indignation morale. Si le livre est un succès à sa parution, immédiatement traduit en plusieurs langues européennes, Thevet, un temps tenté par le protestantisme avant d'intégrer l'aile dure du catholicisme, fit face à cause de ce louvoiement à de nombreuses critiques et attaques.




      Le récit de Jean de Léry Le deuxième ouvrage directement tiré de l'expérience vécue au cours de ces années est l'Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil de Jean de Léry, Danse des Tupinambas. Manioc protestant arrivé avec le contingent de réformés en 1557. Remettant en cause certaines descriptions de Thevet, sur fond de querelle théologique, Léry procède à un patient recueil d'un année vécue dans la baie. Il s'inscrit dans la lignée des auteurs qui critiquent les atrocités commises par les colons, de préférence catholiques !, et s'attaque à l'ethnocentrisme à grand renfort d'anecdotes et de comparaisons qui trahissent son sens de l'humour (voir l'illustration de l'entrée "Anthropophages" ci-dessous). C'est dans cet ouvrage que Montaigne trouva l'inspiration pour son célèbre chapitre des Essais consacré aux Anthropophages. Manioccannibales, et son influence est aux sources du mythe du Bon sauvage qui irrigua la pensée et les controverses des Lumières. Célébrés par Claude Lévi-Strauss et Alfred Métraux, Léry comme Thevet sont toujours édités et étudiés avec soin, intégrant ainsi les classiques de la littérature de voyage. En 2001, l'académicien Jean-Christope Ruffin fait revivre la France antarctique dans son roman Rouge Brésil qui doit beaucoup aux deux auteurs.


      Pour aller plus loin :

      Sur Manioc, des ouvrages anciens mais non contemporains des faits relatent en détail l'aventure de la France antarctique :
      Sur Manioc, plusieurs ouvrages du XIXème siècle dresse un tableau plutôt sévère de cet épisode, parmi lesquels :
      • Ferdinand Jean Denis, Brésil, Paris : Firmin-Didot frères, 1837
      Sur Gallica, il est possible de consulter les éditions originales des deux ouvrages majeurs résultant de cette épopée :
      Enfin, pour en savoir plus sur la biographie de l'amiral Villegagnon :
      X.H.
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      Evènement Martinique : Édouard Glissant, l’éclat et l’obscur

      mer, 14/03/2018 - 12:31
      Colloque international et transdisciplinaire organisé par L’Université des Antilles et Louisiana State University

      Édouard Glissant, incontournable écrivain, poète et philosophe contemporain martiniquais, a beaucoup influencé la pensée scientifique de son ère. Il développe des concepts tels que ceux de la Relation, du Tout Monde et de la Créolisation, qui engendrent une dialectique entre les lieux, les cultures insulaires et les métropoles. La pensée de E. Glissant revisite la façon dont l’être caribéen intègre et retranscrit son histoire, une histoire biaisée par la traite négrière. E. Glissant pousse les penseurs et scientifiques de notre temps à interroger les éléments qui constituent les cultures caribéennes et à questionner la façon dont ces cultures peuvent être un incubateur pour une nouvelle approche du phénomène de la globalisation.


      INSTITUT DU TOUT-MONDE


      L’Université des Antilles, en collaboration avec la Louisiana State University présentera du 20 au 23 mars 2018 un colloque intitulé « Édouard Glissant, l’éclat et l’obscur » à l’Université des Antilles en Martinique.

      Manioc vous propose de découvrir le programme de cet événement très attendu ci-dessous.


      Édouard Glissant, l’éclat et l’obscurColloque international et transdisciplinaire organisé parL’Université des Antilles et Louisiana State UniversityDu 20 au 23 mars 2018

      Lundi 19 mars 2018 : Ode à Édouard Glissant : La plage ardente09h00 à 13h30 : Matinée PoétiqueMaison Édouard Glissant, Diamant
      15h30 à 17h00 : Accueil et inscriptionBureau des Relations Internationales, Campus de Schœlcher à Édouard Glissant, La plage eMardi 20 Mars 2018 : Une nouvelle région du monde: Amphithéâtre Hélène Sellaye Campus de Schœlcher
      7h30 à 8h00 : Inscription des participants8h00 à 9h00 : Ouverture officielle du colloque
      Mr le Président de l’Université des Antilles
      Mme la Vice-Présidente du Pôle Martinique
      Mme le Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Mme Sylvie GLISSANT, Directrice de l’Institut du Tout Monde Mr Gerry L’ÉTANG, Directeur du CRILLASH
      Mme Dominique AURELIA, Vice-Présidente déléguée aux Relations Internationales
      Mr Jean-Pierre SAINTON, Professeur, Université des Antilles
      Mr Alexandre LEUPIN, Professeur, Louisiana State University, Baton Rouge (LA)
      Présentation : Glissant Translation Project, Alexandre LEUPINPrésentation : Library of Glissant Studies, Raphaël LAURO
      9h00 à 11h00 : Conférences inaugurales
      « Édouard Glissant, la narration du monde » Jacques COURSIL · Professeur émérite, Université des Antilles, Lauréat prix Édouard Glissant 2017« La beauté de la beauté : Francis Pavy, le peintre créole d'une nouvelle région du monde » Alexandre LEUPIN · Professeur, LSU Directeur du Centre d’Études Françaises et Francophones
      11h00 à 11h15 : Pause-café
      11h15 à 13h00 : Terres ouvertes
      Modérateur : Alexandre LEUPIN · Louisiana State University
      « Étudier Édouard Glissant aux Antilles ou la paradoxale aporie de l’origine » Cécile BERTIN · Université des Antilles« La Lézarde a débordé » Juliette ELOI-BLEZES · Agrégée de Lettres Modernes« De la Martinique à l’Algérie : Édouard Glissant, Kateb Yacine et les autres » Benaouda LEBDAI · Université Le Mans
      13h00 à 14h00 : Déjeuner libre
      14h00 à 15h30 : Lieu clos, parole ouverte
      Modératrice: Valérie LOICHOT · Emory University
      « De/liberating the message- translation as trans/relation of knowledge »
      Christine RAGUET · Paris 3 Sorbonne Nouvelle« La dialectique Méditerranée-Caraïbe d’Édouard Glissant » Michelle ZERBA · Louisiana State UniversityFranck COLLIN · Université des Antilles
      15h30 à 16h00 : Pause-café
      16h00 à 17h30 : Le terrifiant est du gouffreModératrice : Juliette ELOI-BLEZES · Auteure de De la Lézarde à Ormerod. Une poétique de la répétition (2016)« Penser le gouffre méditerranéen à travers l’œuvre d’Édouard Glissant »Naima HACHAD · American University Washington DC« L’écriture du tremblement : Glissant et la génétique des textes » A confirmer
      Claudia AMIGO PINO · Université Sao Paulo« Soleil de la Conscience, quand les images viatiques donnent à voir la pensée de la relation » Anaïs STAMPFLI · Université des Antilles
      8h45 à 21h00 : SoiréeInauguration expo GLISSANT Bibliothèque Universitaire « La chair de l’histoire » Performance de Fabienne KANOR · Auteure et réalisatrice


      Cocktail dînatoire

      Mercredi 21 mars 2018 : Bâtir la Tour : Amphithéâtre Hélène Sellaye · Campus de Schœlcher
      7h30 à 8h00 : Inscription des participants8h00 à 9h30 : L’intraitable beauté du MondeModératrice : Christine RAGUET · Paris 3 Sorbonne Nouvelle
      « L’intraitable beauté de la créolisation chez Édouard Glissant » Hugues AZERAD · Magdalene College / University of Cambridge« Beauté et justice » Jean-Pol MADOU · Université de Savoie Mont Blanc« Poétiques féminines de la créolisation » Pauline AMY DE LA BRETEQUE · Paris 4 Sorbonne
      9h00 à 10h30 : Conférence« L’autre féminin dans l’œuvre d’Édouard Glissant » Corinne MENCÉ-CASTER · Paris 4 Sorbonne
      10h30 à 11h00 : Pause-café
      11h00 à 12h00 : Langues d’éclatsModératrice : Liliane FARDIN · Université des Antilles
      « Défense et illustration du théâtre dans le Discours Antillais ; une relation ambiguë » Kerry-Jane WALLART · Paris 4 Sorbonne« Premiers éclats, traces obscures, textes enfouis » Axel ARTHERON · Université des Antilles Raphaël LAURO · Université Paris Ouest Nanterre
      12h00 à 13h00 : « Il n’amène à rien d’avoir un peu de terre, quand toute la terre n’est pas à tous »Modératrice : Cécile BERTIN-ÉLISABETH · Université des Antilles
      « ‘Cela qui nous tient en poésie’ - ou la Tragédie de la perte : quêtes éthiques et épistémologiques dans la pensée d’Édouard Glissant » Nadia NAAMI· University of Miami« Édouard Glissant au regard de la littérature yiddish moderne du XXème siècle : une perspective comparatiste heuristique » Cécile ROUSSELET · Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle« L’éclat de l’histoire et l’obscur du canon : Glissant et l’histoire de la littérature au Brésil » Luz PINHEIRO · Université Fédérale do Espirito Santo/Fapes
      14h00 à 16h00 : Acoma(s)Modératrice : Corinne MENCÉ-CASTER · Paris 4 Sorbonne
      « Pour une nouvelle théorie littéraire, Édouard Glissant et sa poétique de la relation » Ewa GROTOWSKA-DELIN · Université des Antilles« Redécouvrir Le sel noir, une poétique de la fraternité ? » Liliane FARDIN · Université des Antilles« Transoceanic Glissant » Anaya KABIR et Elina DJEBBARI · King’s College (London)
      19h00 : SoiréeLes Foudres de Glissant, Habitation Saint Étienne.
      Jeudi 22 mars 2018 : De Bezaudin, Martinique, au Tout-Monde : Maison du bèlè · Sainte-Marie
      8h30-11h00 : VisiteMorne Bezaudin, Morne Macroix, Habitation Pied en l’airPatricia CONFLON GROS-DÉSIR · Université des Antilles
      11h15 à 12h00 : Le souffle, le paysage, la mémoireModératrice : Kerry-Jane WALLART · Paris 4 Sorbonne
      « Renverser les gouffres : Édouard Glissant et l’éthique relationnelle de l’histoire et des mémoires de la traite » Loïc CERY · Institut du Tout-Monde
      12h00 à 13h00 : « Naitre au monde»Modératrice : Dominique AURÉLIA · Université des Antilles
      « Les voix du détour dans la littérature contemporaine en langue française » Viviane PEREIRA · Université Fédérale du Paraná (Brésil)« Édouard Glissant, une parole ouverte sur le monde » Mylène DANGLADES ·Université de Guyane« Au clair obscur de la relation : l’architectonie poétique d’Édouard Glissant » Frédéric LEFRANÇOIS · Université des Antilles
      13h00 à 14h00 : Déjeuner (offert par Osatour)14h00 à 16h00 : Après-midi doctoral
      Session 1 : Modérateurs : Alexandre LEUPIN et Christine RAGUET
      « La relation aux Antilles dans la colonialité marseillaise, 1719-2015 » Philippe K. YERRO · Marseille« La rhétorique d’Édouard Glissant : l’interpénétration des genres oratoires dans son œuvre romanesque » Mohammed LAMINE RHIMI · Université Islamique Muhammad Ibn Saoud de Riyad« La littérature taïwanaise à la lumière des concepts d’Édouard Glissant » Yueh-ta CHEN· Université Catholique de Taiwan« Interdisciplinarité » Mfonzié ZACHARIE-BLAISE · Université de Yaoundé« common places : archipelagicand continental thoughts on Interdisplinarity” Miguel GUALDRON-RAMIREZ · DePaul University
      Session 2 : Modérateur : Jacques COURSIL
      « Le dépassement chez Édouard Glissant » Jeanne JÉGOUSSO · Louisiana State University« Édouard Glissant’s sense of errancy » Benjamin P. DAVIS · Emory University« Les enjeux majeurs de la langue vernaculaire dans la littérature caribéenne » Karine BELIZAR · Louisiana State University« L’abyssatrice : entre Édouard Glissant et Fabienne Kanor Brenda MOORE · Emory University
      Vendredi 23 mars 2018 : La Savane de la première nuit : Amphithéâtre Michel Louis / Amphithéâtre Hélène Sellaye Campus de Schœlcher
      9h00 à 10h00 : Conférence musicale et poétique du chaosAmphithéâtre Michel Louis · Campus de Schœlcher
      « Jazz et créolisation » sur une idée de Coline TOUMSON Mario CANONGE / Luther FRANCOIS
      10h00 à 11h00 : ConférenceAmphithéâtre Hélène Sellaye · Campus de Schœlcher
      « Une Famille d’éléphants : les dessins d’Édouard Glissant » Valérie LOICHOT · Emory University
      11h00 à 11h15 : Pause-café
      11h15 à 12h45 : « C’est un cri qui prend l’air à partir de nos étincellements de brousse… »Modérateur : Benaouda LEBDAI · Université Le Mans
      « Édouard Glissant, le poète/Roberto Matta le peintre : lectures croisées sur le Monde, entre chaos-monde et échos-monde » Géraldine BANARÉ · Université des Antilles« Pour une délecture de l’entour : la faille des couleurs chez Édouard Duval-Carrié et Édouard Glissant » Charly VERSTRAET · Emory University« Édouard Glissant : Architecte de l’esthétique caribéenne » Patricia DONATIEN · Université des Antilles« Quand le silence enfin s'emmêle au bruit : esquisse d’une esthétique musicale dans La Cohée du Lamentin »Jean-Luc TAMBY · Conservatoire Rennes, Université de Rouen
      12h45 à 13h45 : Déjeuner libre
      13h45 à 15h15 : « et avec des lianes bleuies et des algues en arc-en-ciel. »Modératrice : Myriam MOÏSE · Université des Antilles
      « Fouiller l’antan, mesurer la terre’, relayer nos paroles » Serge DOMI · Sociologue (Martinique)« Du paysage à la poétique de la terre : Dialogues entre la philopoétique d’Édouard Glissant et l’art contemporain » Michel MINGOTE · Université de Minas Gerais« Pratiques cinématographiques et pensée d’Édouard Glissant » Guillaume ROBILLARD · Université Paris 1 Sorbonne« Jaillit des troubles, la lumière » Valérie PEREZ · ESPE Guadeloupe, Université des Antilles
      15h30 à 16h30 : Le lieu du MondeModérateur : Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles
      « Édouard Glissant et l'économie politique dans le discours antillais » Christian SAAD · Université des Antilles« Édouard Glissant, Géopoétique et mondialité » Véronique BRAUN DAHLET · Université de Sao Paulo« Glissant ou un autre regard sur l'histoire : L'étude de Franc-Jeu » Monique MILIA-MARIE-LUCE ·Université des Antilles
      16h30 à 17h00 : Conclusion« L’éclat et l’obscur » » Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles
      19h00 : Soirée de clôture et remise du prix Mycea
      Hôtel l’Impératrice – Fort-de-France

      COMITÉ SCIENTIFIQUECécile BERTIN-ÉLISABETH · Université des Antilles Sylvie GLISSANT · Directrice de l’Institut du Tout-Monde Alexandre LEUPIN · Louisiana State UniversityValérie LOICHOT · Emory University, Atlanta (GA) Corinne MENCÉ-CASTER · Université Paris IV Sorbonne Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles

      COMITÉ D’ORGANISATIONAxel ARTHERON · Université des Antilles Dominique AURELIA · Université des Antilles Patricia GROS-DÉSIR · Université des Antilles Myriam MOÏSE · Université des Antilles
      Régine ROUVEL · Université des Antilles
      Catégories: Manioc, UAG

      Focus Manioc : Marthe Oulié, un destin atypique

      jeu, 08/03/2018 - 16:10
      À l'occasion de la journée internationale des droits de la femme, présentation d'une femme archéologue, écrivaine, exploratrice, navigatrice.

      Marthe Oulié est la seconde femme écrivaine de la collection de livres anciens de Manioc avec Les Antilles, filles de France ; l'autre femme étant Clémence Cassius de Linval, ayant écrit Cœurs martiniquais sous le pseudonyme de Max Jean.

      Marthe Oulié (1901-1941) étudie au lycée Molière à Paris et obtient son baccalauréat à seize ans. Elle suit de brillantes études supérieures à la Sorbonne et à l’École du Louvre et devient docteur ès lettres à vingt-deux ans ce qui lui vaut le surnom de la plus jeune archéologue de France. Elle publie sa thèse en 1926 : Le Cosmopolitisme du prince de Ligne, 1735-1814.

      En 1925, elle part avec quatre autres jeunes filles pour une croisière sur la Méditerranée entre Marseille et Athènes. Cet équipage presque exclusivement féminin (il y a un jeune garçon) et très jeune (elles ont toutes à peine vingt ans) embarque à bord du voilier Bonita, vieux yawl sans moteur dont c'est le dernier voyage. Ces cinq femmes atypiques, nommées à l'époque des garçonnes, arborant cheveux courts, sont très émancipées de cœur et d'esprit. Outre Marthe Oulié qui deviendra voyageuse et conférencière infatigable malgré des problèmes de santé, sont présentes sur le bateau : Hermine de Saussure, universitaire et capitaine du Bonita ; Ella Maillart, second de bord et qui deviendra écrivaine-voyageuse ; Mariel Jean-Brunhes, géographe, future ethnologue et militante humaniste. Et enfin d'Yvonne de Saussure, sœur aînée d'Hermine accompagnée du seul garçon de l'équipage, par ailleurs frère benjamin des sœurs Saussure : Henri-Benedict.





       
      Ces voyages  lui donneront l'occasion d'écrire d'autres ouvrages :

      - La croisière de Perlette, 1700 milles dans la mer Égée, Paris : Hachette, 1926, écrit avec Hermine de Saussure et illustré par Henri-Benedict de Saussure
      - Bidon 5, en rallye à travers le Sahara, Paris : E. Flammarion, 1931
      - Jean Charcot, Paris : Gallimard, 1937
      - Finlande, terre du courage, Paris : Flammarion, 1940.

      A. F.

      Catégories: Manioc, UAG

      De la femme-objet des livres anciens à la femme-auteure engagée des collections contemporaines

      mar, 06/03/2018 - 15:42
      Regard sur l'évolution de la place des femmes dans les collections de Manioc
      L'absence des femmes-auteures dans les collections de livres anciens numérisés (2 auteures recensées sur 2 000 livres) est représentative de la place minorée des femmes dans l'espace public pendant plusieurs siècles. Dans les territoires coloniaux de la Caraïbe et de l'Amazonie, les discriminations genrées s'ajoutaient aux discriminations raciales. La femme n'est présente dans ces ouvrages ancien (décrite, gravée, photographiée...) qu'à travers le regard -souvent fantasmé- de l'homme.Le tour d'horizon des collections contemporaines de Manioc que nous proposons aujourd'hui à l'occasion de la journée de la femme, montre qu'en ce début de XXIe siècle, la situation a heureusement bien changé. 
      Les femmes de la Caraïbe, qu'elles soient universitaires, artistes, écrivaines de fiction (...) se saisissent de questions qui touchent la condition féminine d'un point de vue historique et contemporain. La bibliothèque numérique Manioc a choisi de mettre en lumière une sélection de vidéos qui montre la diversité de ces engagements.
      En scène !Annabel Guérédrat, A freak for S.De Saartjie Baartman, née esclave et devenue la Vénus noire ou Vénus Hottentote au corps exposé en phénomène de foire en Europe, à Valeska Gert, artiste provocatrice et danseuse de cabaret berlinoise des années 20, Annabel Guérédrat réinvestit des figures féminines aux destins atypiques. La performeuse crie la colère contre la dépossession et, avec une énergie vibrante, exubérante, sans limite, met son corps en scène pour invoquer une liberté intense, totale. Ses performances questionnent les représentations et la relation au corps des femmes désapproprié/réapproprié.
      Fiction : roman, BDLes histoires de l'écrivaine haïtienne Kettly Mars, portées par des personnages complexes et ambigus dont le lecteur partage l'intimité parfois épouvantable, rappellent que les contextes de crise, de dictature (Saisons sauvages), de catastrophe, renforcent la vulnérabilité des femmes, nourrissent des systèmes qui encouragent leur domination et leur exploitation sexuelle dès l'enfance. Ainsi, Aux frontières de la soif (2012) dénonçait, déjà, l'exploitation sexuelle des enfants dans les camps. Mérine Céco, dans son roman La mazurka perdue des femmes-couresse fait revivre des voix de femmes des générations précédentes, rend hommage à celles qui ont dû faire face à des contexte socio-culturels difficiles et interroge cet héritage.Les femmes auteures de Bandes dessinées, très marginales il y a une vingtaine d'années, ont parvenu à se faire une place dans l'univers des bulles :
      • Nadia Chonville, Patrick Odent-Allet, Laurence Baldetti, Nora Moretti, Krystel, Lareline Matiussi, Dimat, Béatrice Penco Sechi, La femme dans l'univers des bulles,  Animation culturelle à la bibliothèque universitaire (Martinique) dans le cadre du 3ème Festival de la Bd de la ville de Trinité, 16 octobre 2013.

          Chercheuses : un regard sur des sujets longtemps minorésL'implication des chercheuses dans toutes les disciplines apporte de nouvelles perspectives à la lecture des sociétés, de leurs histoires et de leurs héritages contemporains. Le regard de ces universitaires sur leurs aînées prend davantage en compte les contraintes sociales, les capacités d'action et les stratégies individuelles et collectives dont les femmes ont pu faire usage. Si les études en sciences sociales accordent une place de plus en plus importante aux phénomènes de reproduction et d'intériorisation des stéréotypes, aux inégalités et discriminations à l'égard des femmes dès l'enfance, la place qu'occupe aujourd'hui les chercheuses à l'université n'y est sans doute pas étrangère. 
          Résistance, action : l'histoire des femmes revisitée

          Construction des représentations du genre, discriminations et inégalités 

          Dans l'éducation
          Dans les médias
          Violences

          Bonne découverte !
          A.P.








          Catégories: Manioc, UAG

          Focus Manioc : Le comte François Barbé de Marbois (1745-1837)

          mar, 27/02/2018 - 11:25
          Un grand commis d'État, de l'Ancien Régime à la Restauration
          En feuilletant nos nouvelles acquisitions en ouvrages numérisés, nous tombons sur plus d'une vingtaine d'ouvrages d'un certain François Barbé de Marbois. Né en 1745 dans une famille d'hommes de loi, le comte Barbé de Marbois poursuivit une carrière de grand commis au service de la puissance publique pour quatre régimes successifs : l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Un exploit que peu ont accompli - on évoque souvent Talleyrand, tant la période était prompte à destituer les notables de la veille.
          Source : Manioc
          Par la protection du marquis de Castries, le comte Barbé de Marbois entre dans la diplomatie comme attaché de légation (1768 -1779), puis chargé d'affaires. C'est au cours de son séjour aux États-Unis où il officie comme consul, qu'il épouse Elizabeth, la fille d'un ami, M. William Moore, banquier et président du Conseil exécutif de Pennsylvanie.

          Grâce à son réseau d'ami haut placé (en plus du marquis de Castries on trouve le marquis La Luzerne, alors ministre de la Marine et des Colonies sous Louis XVI) Barbé de Marbois obtient, en 1785, la charge d'intendant général de Saint-Domingue, un poste colonial clé qu'il occupera jusqu'au tout début des troubles révolutionnaires de 1789. Voici ce qu'en dit une source Manioc (Justin Chrysostome Dorsainvil, Manuel d'histoire d'Haïti, Port-au-Prince : Procure des Frères de l'Instruction Chrétienne, 1934, p.61) :
          L'Intendant, Barbé de Marbois, était un homme énergique, remarquablement doué, et qui, par son esprit d'ordre et sa fermeté, avait relevé, en moins de quatre ans, les finances de la colonie. En d'autres circonstances, il aurait pu contenir et endiguer les éléments de révolution ; mais il fut mollement soutenu par la métropole.
          En octobre 1789, menacé dans sa vie par la jeunesse révoltée du Cap (on ne lui pardonnait pas la suppression, en 1787, du Conseil supérieur de cette ville), comprenant que la faiblesse du nouveau gouverneur rendait toute résistance impossible, il s'embarqua pour la France avec plusieurs officiers, ses amis, écœurés comme lui du désordre naissant.

          À son retour en France, il est réintégré aux Affaires étrangères mais il échoue dans sa mission à Ratisbonne et Vienne pour tenter de neutraliser l'activisme des Girondins. Suite au coup d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797), il est déporté à Sinnamary en Guyane, épisode douloureux dont il tirera néanmoins un journal riche en descriptions et informations sur la colonie pénitentiaire. Ce trésor documentaire fait du comte un célèbre prédécesseur du capitaine Dreyfus.
          Source : Manioc
          Après le 18 brumaire, une de ses connaissances le fait rentrer en France d'où il repart dès
          1803 pour négocier le traité de cession de la Louisiane, cet immense territoire vendu aux récents Etats-Unis par Napoléon Ier pour financer ses guerres européennes. Son expérience et sa réputation lui permettent d'accéder ensuite à la direction du ministère du Trésor avant d'être nommé par Napoléon premier président de la Cour des comptes, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite tardive des affaires publiques en 1834, à l'âge avancé de 89 ans. Il meurt à Paris trois ans plus tard.


          Sur Manioc :

          L'oeuvre de François Barbé de Marbois aux colonies d'Amérique :
          François Barbé de Marbois, État des finances de Saint-Domingue : contenant le résumé des recettes & dépenses de toutes les caisses publiques depuis le 1er janvier 1788, jusqu'au 31 décembre de la même année, Paris, Imprimerie royale, 1790, 48 pages.
          François Barbé de Marbois, Remontrances de Monsieur de Marbois, Intendant de Saint-Domingue, contre l'Arrêt d'enregistrement de l'acte intitulé : ordonnance de M. le gouverneur général, concernant la liberté du commerce pour la partie du sud de Saint-Domingue, [s.l.], [s.n.], 1789, 11 pages.
          François Barbé de Marbois, Journal d'un déporté non jugé, ou Déportation en violation des lois, décrétée le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), Tome I, Paris, Chatet, 1835, 272 pages.
          François Barbé de Marbois, Journal d'un déporté non jugé, ou Déportation en violation des lois, décrétée le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), Tome II, Paris, Chatet, 1835, 323 pages.

          Sur la vie des déportés conventionnels et leur projet d'évasion de Sinnamary :
          Isaac-Etienne de La Rue, Histoire du dix-huit fructidor ou Mémoires contenant la vérité sur les divers évènemens qui se rattachent à cette conjuration : précédés du tableau des factions qui déchirent la France depuis quarante ans, et terminés par quelques détails sur la Guyane considérées comme colonie. Deuxième partie, Paris : Demonville, 1821, 537 pages.

          Sur l'oeuvre de François Barbé de Marbois au cours de sa déportation en Guyane :
          Pierre-Marie-Sébastien Catineau Laroche, De la Guyane française, de son état physique, de son agriculture, de son régime intérieur et du projet de la peupler avec des laboureurs européens ou Examen d'un écrit de M. le marquis de Barbé-Marbois, sur le même sujet. Suivi de Considérations sur le commerce colonial de la France et sur l'administration spéciale de ses colonies, Paris, Imprimerie de C. J. Trouvé, 1822, 230 pages.

          X. H.


















          Catégories: Manioc, UAG

          Le corps en performance dans le Carnaval

          mar, 20/02/2018 - 12:39
          Corps colonisé / corps libéré ?

          L'homme de la Caraïbe a longtemps souffert des normes sociales en relation avec son corps. Son corps semble directement lié à une pratique répressive normative du système colonial dans lequel l'identité culturelle et corporelle dans l'environnement a été négligée. Auparavant, les corps des esclaves étaient vus comme des objets, des corps outils qui facilitent la production dans l’industrie.Afin de dépasser son passé colonial qui le hante, l'homme de la Caraïbe a dû se réinventer. Cette réinvention passe notamment par le Carnaval. 
          Le roi nègre et le capitaine, ayant fait mettre deux esclaves sur leurs genoux, s'étaient assis sur leurs dos. Manioc
          Cette expression culturelle est devenue un espace adapté pour un « corps en performance » c’est-à-dire pour un carnavalier, d’affirmer les problèmes humains, existentiels et sociaux.
          Fort-de-France. Scène de carnaval. Personne déguisée en diable créant une animation dans une rue. Manioc
          Toutefois, en examinant les gestes d’un corps en action pendant le carnaval, il est possible d'en déduire une proche ressemblance à l’art performance.
          L’Art Performance implique l’entreprise d’une action ou d'actions par un artiste où le corps de l'artiste est le médium artistique. Au cœur du processus et de l'exécution de l’Art Performance est la présence en direct de l'artiste et des actions réelles de son corps, afin de créer et de présenter une expérience artistique éphémère à un auditoire. La caractéristique déterminant de l’Art Performance est le corps, considéré comme le principal moyen et matériel conceptuel sur lequel repose l’Art Performance.
          DéamBUlation - Performance Pluri-Artistique. Manioc

          Afin de développer ce sujet, il s’agit ici de confronter le corps dans le carnaval caribéen à l’Art Performance. Cela dans le but d’interroger les audiences en les forçant à réévaluer leurs propres notions de l'art et leur relation à la culture.

          Le carnaval est un espace syncrétique où le corps interagit avec les cultures et les coutumes religieuses, qui fusionnent et forment une expression souvent destinée à la moquerie de la hiérarchie oppressive et à l'introduction d’un certain « Humour » dans la société. La vivacité et l’exubérance de ces corps carnavalesques retranscrivent et revisitent, non seulement les mœurs de la société post-coloniale d’aujourd’hui, mais aussi les gestes et les mouvements des anciens esclaves. Cependant, les expressions du corps ne sont jamais les mêmes. Elles se moulent sur les évolutions de la société, et sont empreintes des nouveautés. Ce qui se retrouve également dans le domaine de L’Art Performance.  Le corps participant au carnaval peut être considéré comme un corps en performance étant en interaction avec l'environnement carnavalesque immédiat mais aussi avec le passé historique et culturel chargé dans cet environnement.

          L'art de la Performance", performance conférence. Manioc
          Le Carnaval et l’Art Performance partagent le fait d’être des formes d’expression « en direct ». Néanmoins, les corps dans ces deux catégories s'expriment à travers des mouvements, des danses, des chants, des cris et parfois des actes physiques de violence. Enfin, le corps participant au carnaval engage, incite, et créé un espace poreux qui questionne les frontières entre l’Art Performance et la culture.

          Sur Manioc :


          • Annabel Guérédrat, Marvin Fabien, DJ Bostic, Guillaume Bernard, Performance " Hysteria " Discrimination genrées/ raciales dans la danse, danse/théâtre, performance martiniquaises, Journées d'études, le 30-31 mai 2017. Université des Antilles.
          • Jean-Hugues Miredin, Laurent Troudart, Tricia Moore, Ina Boulange Michel Béroard, Fred Lagnau, David Gumbs, DéamBUlation - Performance Pluri-Artistique, " DéamBUlation - Performance Pluri-Artistique " : Les rencontres de la Bibliothèque universitaire, le 19 mai 2015. Université des Antilles et de la Guyane.




          M.F.



          Catégories: Manioc, UAG

          A l'arrêt... En attendant les bus à haut niveau de service

          lun, 05/02/2018 - 09:21
          Le tram de Saint-Pierre, lointain ancêtre du TCSP en Martinique ?Devenues un véritable objet de sarcasmes et de boutades sur place, les multiples péripéties de la mise en fonctionnement du TCSP ont dépassé les frontières de la Martinique début janvier. L'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné dévoilait alors à ses lecteurs la situation ubuesque des bus à haut niveau de service (BHNS) qui doivent servir à décongestionner le trafic de l'agglomération foyalaise. Depuis, pressés par ces "révélations" ou par l'impatience de la Commission européenne, les politiques de tous bords ont multiplié les effets d'annonce et retournements de situation sur le dossier.

          Tramway hippomobile de Saint-Pierre traversant la place Bertin
          Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 424.
          En attendant, à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucun usager n'a pu prendre un seul de ces bus... Pour patienter, nous vous proposons un bref retour an tan lontan, puisque l'ancien tramway de la ville de Saint-Pierre connu une mise en place plus heureuse que l'actuel TCSP, devenu un véritable serpent de mer de la politique martiniquaise. 

          Saint-Pierre. L'Ex-Voto des Fonds-Koré et le tramway (Un de ses derniers voyages). Manioc
          C'est en 1896 que fut décidée sa construction pour répondre à une demande tant publique que privée. En effet, le futur tramway était destiné au transport de voyageurs et des nombreuses marchandises qui transitaient alors par le port de Saint-Pierre. Dès 1900, un tramway à traction hippomobile (un wagon sur rail tracté par cheval) assure le transport des voyageurs et du service postal de la ville. Il est exploité par plusieurs industriels, regroupés au sein de la Société des tramways martiniquais. Le tramway desservait le centre de l'agglomération pierrotaine, partant du marché du Mouillage à l'allée Pécoul en passant par la route des Trois-Ponts, mais également ses faubourgs (Sainte-Philomène et Fonds-Coré). Comme toutes les infrastructures d'alors, ce transport collectif ne résista pas à la fureur de Dame Pelée et sa terrible éruption du 8 mai 1902.

          Tramway hippomobile de Saint-Pierre traversant la place Bertin
          Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 342
          Pour aller plus loin : 

          L'ensemble du dossier relatif à la mise en place du tramway chez notre partenaire BNPM

          La tenue du colloque "Transports et territoires insulaires", les 4 et 5 avril 2011. Université des Antilles et de la Guyane (extraits).


          Laurent Gatineau et Karl Hoarau, L'accessibilité à la "capitale" dans les espaces insulaires riches, une étude comparée Martinique/Réunion

           


          Christian Jean-Etienne, Politique du développement maritime dans les Petites Antilles : les cas de Fort-de-France, Pointe-à-Pitre et Castries. Logiques de concurrence ou de complémentarité ?



          Thierry Nicolas, Transports et désenclavement insulaire dans les Petites Antilles




          Thierry Hartog, Le tourisme de croisière dans la Caraïbe insulaire : un marqueur de territoires par les compagnies nord-américaines, entre ouverture et domination 



          Colette Ranély Vergé-Dépré, La desserte aérienne de l'archipel des Antilles : entre extraversion et intégration régionale




           Colette Ranély Vergé-Dépré, Transports et territoires insulaires : conclusions



          X.H.
          Catégories: Manioc, UAG

          Le temps des mascarades

          jeu, 18/01/2018 - 13:53
           
          Manioc profite de l'ouverture du carnaval 2018 pour rappeler à ses lecteurs que cet événement annuel a donné lieu à un colloque international en 2017 à l’Université de Guyane.
          Le temps des mascarades est arrivé.

          La Guyane (comme d’autres territoires du continent) se pare de mille tissus aux couleurs chatoyantes, donne libre cours aux désirs et aux nourritures terrestres, autorise provisoirement la transgression des règles de la bienséance et bouscule parfois, le temps d’une danse, les conventions sociales.

          Le carnaval 2018 a donc débuté.

          L’université de Guyane a consacré à cette question esthétique et sociale un riche colloque international, intitulé « Bals masqués de Guyane et d’ailleurs : identités et imaginaires carnavalesques en question », qui a rassemblé en janvier 2017 de nombreux intervenants.

          La bibliothèque numérique Manioc, en fidèle gardien de la mémoire et du patrimoine guyanais, vous invite à partager ce moment d’érudition et à prendre la mesure de la profondeur culturelle de ce fait social qu’est le carnaval.

          Ce colloque, aux visées exhaustives et comparatives, passe en effet en revue les différents aspects des bals parés-masqués et s’attache à mettre en lumière les spécificités du cas guyanais.




          La littérature, les sciences sociales, l’histoire, le droit et l’économie sont ainsi mises à contribution pour lever (de façon non définitive !) le voile mystérieux de ce grand rendez-vous populaire.

          Alors bas les masques au nom de la science... ou entrée dans la danse ?

          A vous de choisir !

          C.B.



          Clair-obscur : représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane : Le bal paré-masqué, l'amour et la transgression dans "La saison des abatis" (1996) de Lyne-Marie Stanley


          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial 
          de Christian Cécile et Nathalie Gauthard



          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. L'amour masqué de Bernadette Bricout




          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression
          Discussion



          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Esclavage et liberté : bals etcarnaval de Guyane du XVIIIe au XIXe siècle par Denis Lamaison



          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. La musique carnavalesque : espace de transgression et de renversement 
          par Audrey Debibakas


          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial 
          par Frédéric Bondil




          Clair-obscur : représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane. Le bal masqué, espace baroque par excellence par Jacqueline Birman Seytor

          Clair-obscur :représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane : Le mondeconvulsé des touloulous dans "Le bois du serpent noir d'EdwardBlasse"
          par Mylène Danglades


          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Les masques sonores dans le carnaval guyanais : pour une humanité partagée
          par Apollinaire Anakesa


          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane
          Discussion



          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial
          Discussion



          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial. Un patrimoine menacé : la sarabande des massacres par Muriel Poli




          Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. Carnaval, ou lebal masqué des femmes et de la mort
          Discussion


          Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial
          Discussion



          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Le bal paré-masqué : unevariante des bals masqués, une spécificité du carnaval Guyanais par Aline Belfort


          Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. La tradition du Randé boutché
          par Marie-Françoise Pindard






          Catégories: Manioc, UAG

          Affaire Dreyfus : "J'accuse" a 120 ans

          mar, 16/01/2018 - 14:24
          Le 13 janvier marque la date anniversaire de la publication, en 1898, d’une « une « de presse qui  fit grand bruit à l’époque et dont les échos résonnent toujours à nos oreilles contemporaines tant elle a marqué l’histoire.   Aujourd’hui encore, dans la lignée de Voltaire défendant Jean Callas, et préfigurant un Jean-Paul Sartre soutenant « qu’il ne faut pas parler pour ne rien dire », le « J’accuse » d’Emile Zola défendant le capitaine Alfred Dreyfus demeure le mètre étalon de l’engagement des intellectuels et d’un certain pouvoir de la presse.
          Dans cet article s’affichant sur quatre colonnes à la « une » du Figaro,  et intitulé sobrement  "Lettre ouverte au Président de la République", le célèbre écrivain démonte de façon méthodique les accusations imputées à Dreyfus, montre du doigt les accusateurs et les vrais coupables et en appelle à la tenue d’un nouveau procès.
          Officier d’état-major au ministère de la Guerre, à Paris, Alfred Dreyfus fut faussement accusé en 1894 d’avoir fourni à l’ambassade d’Allemagne des informations ultra secrètes concernant l’armée française. Ourdi par des militaires antisémites confortés dans leur passion par des autorités gouvernementales complaisantes et un contexte politique propice à tous les débordements nationalistes (Guerre de 1870 perdue par la France face à l’Allemagne, apparition des attentats anarchistes, scandale de Panama mettant au jour la corruption de responsables politiques et industriels), le complot conduisit Dreyfus en déportation à l’île du Diable, en Guyane. A l’issue d’une intense bataille judiciaire et politique qui culmina avec la tribune accusatrice de Zola, Dreyfus fut rejugé, puis, d’abord gracié par le président de la République, réhabilité et réintégré dans l’armée en 1906.
          Mais s’il constitua un tournant décisif dans l’Affaire, l’article de Zola ne fut pas le seul écrit inspiré par la situation de l’infortuné capitaine. Sur le mode du roman feuilleton populaire illustré, un certain Jules d’Arzac fit paraître chaque semaine, entre 1931 et 1933,- soit quelques années après la conclusion de cette tragédie judiciaire–« Le calvaire d’un innocent ». 
          Selon l’ordre chronologique inspiré des faits, le numéro 2 du journal met ainsi en en scène un Dreyfus encore incrédule, livré aux affres de la prison militaire du Cherche-Midi, juste après son arrestation en 1894 : « Ne m’entendez-vous pas ? continua Alfred Dreyfus, qui était comme transfiguré par le sauvage désespoir qui faisait chavirer son esprit ? Pourquoi est-ce que personne ne me répond ? … Ne comprenez-vous pas que je dois rentrer à la maison. (…) Je suis innocent du crime infâme dont on m’accuse !... Je suis innocent !...nocent !... répéta l’écho de la sinistre galerie… ». Pour l’anecdote éditoriale, un site de librairie d’occasion nous présente cette publication « comme étant la traduction d'un roman allemand écrit par Eugen Von Tegen » en 1930...
          Catégories: Manioc, UAG

          Félix Éboué : « Jouer le jeu »

          lun, 08/01/2018 - 13:55
          Un gouverneur Guyanais aux Antilles

          Portrait de Félix EbouéLes hommes de ma génération ont vécu dans une atmosphère d’aventure, d’exploration. Le mystère de l’Afrique a poussé beaucoup d’entre nous vers le continent noir. L’Afrique, berceau de mes ancêtres, a toujours exercé sur moi une attirance.(Félix Éboué, Mémorial des compagnons de Libération)
          Aujourd’hui encensé comme le premier Noir à avoir accédé aux plus hautes charges de l’administration coloniale, comme le premier à avoir répondu à l’appel du 18 juin, Félix Éboué incarne à lui seul la figure typique issue de l’ascension sociale propre à la Troisième République en même temps que celle d’un homme courageux aux valeurs inflexibles qui lui vaudront les hommages nationaux. Mais avant de devenir celui par qui la France libre a pu exister concrètement, celui qui proposa pour l’Afrique équatoriale française (AEF) « la nouvelle politique indigène », celui, enfin, qui sera intronisé au Panthéon, il fut celui qui administra pour un temps les Antilles françaises (1932-1934 ; 1936-1938).
          Résidence de Félix Éboué de 1932 à 1934, Martinique
          Photo : X. Hug pour Manioc, 2017 (licence CC0)MartiniqueEn Martinique, il est nommé secrétaire général, puis gouverneur par intérim, au cours de l’année 1932 par M. Paul Reynaud, ministre des Colonies. Il arrive à un moment où les antagonismes sociaux et raciaux étaient exacerbés. En guise d’apaisement, il lance une politique ambitieuse de logements sociaux tout en s’attaquant au problème récurrent de la fraude électorale, un programme qui lui vaudra l’inimitié du gouverneur en place. Surtout, il reste dans les mémoires d’alors comme l’homme du bal « historique » du 11 novembre 1933 pour lequel il avait convié, sans distinctions, blancs, métis et noirs sans que cela ne porte à scandale – un événement inimaginable jusqu’alors.
          Plaque apposée à l'entrée de la résidenceOutre les nombreuses rues, places et bâtiments publics nommés en son honneur dans les Antilles et en Guyane où l'aéroport porte son nom, la trace mémorielle du passage de Félix Éboué en Martinique est visible au 64 rue du Professeur-Raymond-Garcin, à Fort-de-France. Construit en 1902, l'édifice, qui a certainement fait l'objet de modifications depuis, aura vu séjourner en ses murs le gouverneur de la Martinique de 1932 à 1934. La résidence des Tourelles, dite résidence du Gouverneur Félix Éboué selon la base Mérimée du ministère de la culture, est aujourd'hui en ruine et illustre cet article.

          GuadeloupeRésidence de Félix Éboué de 1932 à 1934, Martinique
          Photo : X. Hug pour Manioc, 2017 (licence CC0)Après une période d’intermittence au Soudan (1934-1936), Éboué est nommé gouverneur en Guadeloupe en octobre 1936. Là, chargé de mettre en œuvre le programme du Front populaire récemment arrivé au pouvoir, il engage une politique sociale et éducative en direction des masses laborieuses de l’île : cités ouvrières, coopératives, crédit maritime mutuel, aménagement sportif. Il désamorce également la forte tension sociale qu’il trouve à son arrivée par des mesures économiques favorisant la reprise de l’activité, doublé de l’assainissement des finances publiques grevées par les déficits. C’est au cours de ce mandat qu’il prononce ce qui reste comme son plus célèbre discours, le 1er juillet 1937 pour la distribution des prix du lycée Carnot à Pointe-à-Pitre, et où transparaît déjà la figure d’un homme animé par le sens du bien commun et de la justice, l’attachement aux valeurs humanistes et à la nécessaire perfectibilité de l’homme. En filigrane, on peut enfin y lire la politique respectueuse des traditions et peuples locaux qu’Éboué mit en œuvre en AEF lors de son mandat (1938-1944). Manioc vous propose donc de retrouver ci-dessous in extenso un texte qui résonne plus que jamais juste et intemporel.

          Jouer le jeu« Jouer le jeu, c’est être désintéressé.
          « Jouer le jeu, c’est réaliser ce sentiment de l’indépendance dont je vous parlais il y a un instant.
          « Jouer le jeu, c'est piétiner les préjugés, tous les préjugés, et apprendre à baser l'échelle des valeurs uniquement sur les critères de l'esprit. Et c'est se juger, soi et les autres, d'après cette gamme de valeurs. Par ainsi, il vous sera permis d'affirmer et de faire admettre que les pauvres humains perdent leur temps à ne vouloir considérer que les nuances qui les différencient, pour ne pas réfléchir à trois choses précieuses qui les réunissent : les larmes que le proverbe africain appellent « les ruisseaux sans cailloux ni sable », le sang qui maintient la vie et, enfin, l'intelligence qui classe ces humains en hommes, en ceux qui ne le sont pas ou qui ne le sont guère ou qui ont oublié qu'ils le sont.
          « Jouer le jeu, c'est garder farouchement cette indépendance, parure de l'existence; ne pas se laisser séduire par l'appel des sirènes qui invitent à l'embrigadement, et répondre, en pensant aux sacrifices qu'elles exigeraient en retour : Quelle mère je quitterais ! Et pour quel père !
          « Jouer le jeu, c'est savoir prendre ses responsabilités et assumer les initiatives, quand les circonstances veulent que l'on soit seul à les endosser; c'est pratiquer le jeu d'équipe avec d'autant plus de ferveur que la notion de l'indépendance vous aura appris à rester libres quand même. Jouer le jeu consiste à ne pas prendre le ciel et la terre à témoin de ses déconvenues, mais, au contraire, à se rappeler les conseils laminaires d'Épictète à son disciple : « Il y a des choses qui dépendent de nous ; il y a des choses qui ne dépendent pas de nous. »
          « Jouer le jeu, c'est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s'imposent par la qualité de l'esprit et faire un pied de nez aux pédants et aux attardés.
          « Jouer le jeu, c'est accepter la décision de l'arbitre que vous avez choisi ou que le libre jeu des institutions vous a imposé.
          « Jouer le jeu, c'est, par la répudiation totale des préjugés, se libérer de ce qu'une expression moderne appelle le complexe d'infériorité. C'est aimer les hommes, tous les hommes, et se dire qu'ils sont tous bâtis selon la commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts.
          « Jouer le jeu, c'est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer malgré clameurs ou murmures et poursuivre la route droite que l'on s'est tracée.
          « Jouer le jeu, c'est pouvoir faire la discrimination entre le sourire et la grimace; c'est s'astreindre à être vrai envers soi pour l'être envers les autres.
          « Jouer le jeu, c'est se pénétrer que ce n'est pas en tuant Caliban que l'on sauvera Ariel [dans La Tempête de William Shakespeare: Caliban incarne l'esclave opprimé et rebelle et Ariel le collaborateur].
          « Jouer le jeu, c'est respecter l'opinion d'autrui, c'est l'examiner avec objectivité et la combattre seulement si on trouve en soi les raisons de ne pas l'admettre, mais alors le faire courageusement et au grand jour.
          « Jouer le jeu, c'est respecter nos valeurs nationales, les aimer, les servir avec passion, avec intelligence, vivre et mourir pour elles, tout en admettant qu'au-delà de nos frontières, d'authentiques valeurs sont également dignes de notre estime, de notre respect. C'est se pénétrer de cette vérité profonde que l'on peut lire au 50e verset des Vers d'Or [attribués à Pythagore, IIIè ou IVè siècle]: « Tu sauras, autant qu'il est donné à l'homme, que la nature est partout la même » et comprendre alors que tous les hommes sont frères et relèvent de notre amour et de notre pitié.
          « Jouer le jeu, dès lors, c'est s'élever contre le conseil nietzschéen du diamant au charbon : « Sois dur ! » Et affirmer qu'au-dessus d'une doctrine de la force, il y a une philosophie du droit.
          « Jouer le jeu, c'est proclamer qu'on ne « prend pas pour juge un peuple téméraire » et poursuivre son labeur sur le chemin du juste et de l'humain, même lorsque les docteurs et les pontifes vous disent qu'il est trop humain.
          « Jouer le jeu, c'est préférer à Wotan, Siegfried, « toute puissance de la jeunesse et spontanéité de la nature ».
          « Jouer le jeu, c'est refuser les lentilles pour conserver son droit d'aînesse.
          « Jouer le jeu, c'est fuir avec horreur l'unanimité des adhésions dans la poursuite de son labeur. C'est comprendre Descartes et admettre Saint Thomas ; c'est dire : "Que sais-je ?" avec Montaigne, et "Peut-être !" avec Rabelais. C'est trouver autant d'agrément à l'audition d'un chant populaire qu'aux savantes compositions musicales. C'est s'élever si haut que l'on se trouve partout à son aise, dans les somptueux palais comme dans la modeste chaumière de l'homme du peuple ; c'est ne pas voir un excès d'honneur quand on est admis là, et ne pas se sentir gêné quand on est accueilli ici ; c'est attribuer la même valeur spirituelle au protocole officiel, à l'académisme, qu'au geste si touchant par quoi la paysanne guadeloupéenne vous offre, accompagnée du plus exquis des sourires, l'humble fleur des champs, son seul bien, qu'elle est allée cueillir à votre intention.
          « Jouer le jeu, enfin, c'est mériter votre libération et signifier la sainteté, la pureté de votre esprit. »
          Retrouvez sur Manioc les ouvrages suivants :  

          X.H.
          Catégories: Manioc, UAG

          Planète Manioc

          mar, 19/12/2017 - 15:30
          Les dessous de la numérisation...Un membre de l'équipe Manioc raconte avec humour, en texte et en image, sa première expérience de préparation des ouvrages pour la numérisation.
          Archives départementales de Guadeloupe, neuf heures du matin. Quatre individus, embarquant de larges malles étanches, grimpent rapidement les escaliers puis se faufilent dans le dédale de couloirs. Leur contact sur place les attend pour se mettre au travail. Les cinq silhouettes affairées offrent un spectacle à la chorégraphie bien huilée, et rien dans leurs mouvements ne laisse supposer la redondance et la rigueur du travail en cours : un fastidieux inventaire de ressources anciennes, pour envoi à la numérisation. Cette scène est l’aboutissement de plusieurs mois de travail, mais n’en est pas la conclusion.
          En effet, il a d’abord été question de déterminer, chercher, sélectionner, justifier, rationaliser, préciser, vérifier et ordonner les « candidatures » d’ouvrages repérés, reconnus et constatés dans le noir et la poussière de salles oubliées. Puis il aura fallu se réunir, se concerter, échanger, questionner, expliquer, comprendre, ne pas comprendre, s’énerver, recommencer, sauvegarder, présenter, discuter, douter… Nécessaire aussi, de scruter en ligne si l’ouvrage n’est pas déjà présent, même partiellement, gratuitement, téléchargeable… et ce au bon vouloir de connections internet capricieuses afin qu’aboutisse un tableau de référence, des centaines de lignes, d’abord noircies puis amendées, surlignées, triées, copiées, collées sans relâche depuis six mois.
          Même les ordinateurs semblent être épuisés par cet effort de longue durée : la clé USB vacille, se déconnecte. Les cinq silhouettes se figent. Lecteur détecté. Fichier intact. On respire… Une sauvegarde sur le bureau est décidée à l’unanimité.
          Les ouvrages sont traités un à un. A chaque fois, on contrôle que l’exemplaire soit bien le bon puis on décrit son état. On note les éventuelles contraintes pour la numérisation : présence de tableaux, d’illustrations, de caractères spéciaux… Et bien sûr, on vérifie les informations liées à l’édition. La priorité : les ouvrages « originaires » des Antilles et avant tout les textes en langue créole. On prend soin de glisser le livre dans une enveloppe numérotée avant de le disposer dans la malle. Quatre heures ont failli ne pas suffire pour venir à bout de la liste de plus de cent titres à traiter en ce jour. Avant de sceller les malles, une ultime vérification s’est tout de même imposée : il s’agissait, les jours suivants, de compléter de la manière la plus exhaustive possible la description des ouvrages, de leurs illustrations, les qualifier de mots-clés, etc. De plus, il a aussi fallu une dernière fois veiller à ce qu’aucun des exemplaires n’ait pas été, entre temps, numérisé depuis une autre source. Puis les malles ont été refermées et pesées. Vingt-trois kilos chacune.
          Leur but est de traverser l’atlantique, vers la société chargée de numériser leur contenu. Les fichiers seront ensuite transmis à d’autres professionnels pour les « OCR-iser », rendant ainsi possible l’usage de la fonction recherche dans le texte. Les ouvrages seront alors mis en ligne et pourront être consultés depuis n’importe quelle adresse IP.
          D’ailleurs, un célèbre vulgarisateur les attend de pied ferme : au sein de la cargaison, plusieurs documents auxquels il n’a pas physiquement accès compte tenu de son éloignement. La majorité de ses recherches, il les effectue sur la toile et sur un réseau de bibliothèques numériques et de bases de données : c’est beaucoup plus pratique et bien moins onéreux que d’attendre une version physique du document ou de devoir/pouvoir se déplacer. De plus, une fois les fichiers téléchargés sur son ordinateur, il n’a pas de contrainte de temps pour les examiner et peut directement les annoter et les marquer à sa guise…
          Mais aussi, avec l’augmentation du nombre et de l’intensité des risques naturels, la numérisation apparaît un bon moyen pour «sauvegarder » ce patrimoine parfois oublié. Il faut aussi noter la possibilité de l’intégrer, notamment les banques d’images anciennes, aux possibilités de la réalité augmentée afin de créer des visites touristiques d’un nouveau genre…

          Bonne lecture !
          Rédaction :A.S.
          Dessins : A.S.
          Catégories: Manioc, UAG

          Le bagnard Auguste Liard-Courtois

          jeu, 14/12/2017 - 08:49
          La vie d'un bagnard ...

          Source Manioc Peintre décorateur et militant anarchiste, Auguste Liard-Courtois (1862-1918) est condamné à cinq années de travaux forcés en 1894.
          De retour en France, il écrit un ouvrage Souvenirs du bagne dans lequel il décrit les conditions du régime disciplinaire dans les pénitenciers de la Guyane Française, où il côtoie notamment Clément Duval, un anarchiste français, membre du groupe "La panthère des Batignolles". Un ouvrage intéressant sur la survie quotidienne au bagne, paru pour la première fois en 1903 et faisant ainsi le récit des innombrables humiliations et tortures infligées aux prisonniers, réduits à l’état d’esclaves, dont voici quelques extraits choisis :
          "Il manque un homme à notre groupe ; il est mort pendant la nuit et son cadavre est resté dans un coin de la case [...] et sa dépouille sera jetée à la mer sans autre formalité. A l'appel de son nom ou de son numéro, chaque homme fait un pas à droite, et quand tout le peloton a suivi le mouvement, on forme les "chantiers" ou "corvées", qui vont se disperser sur les divers points de l'île, sous la surveillance des gardiens et des contremaîtres. L'opération de classement dure environs vingt minutes pendant lesquelles je puis observer les malheureux... [...] La plupart sont maigres et défaits ; leur visage hâve fait peine à voir, et leurs membres décharnés et grèles sembles inaptes à tout travail. Ils ne sont qu'à moitié vêtus et le peu de linge qu'ils portent est en loques" ; tous sont nu-pieds". (p. 141)."[...] Si l'on revient de la visite du médecin avec un "non malade" en regard de son nom, cela vous expose à une peine variant, suivant l'humeur du commandant, de quinze à soixante jours de cellule. Et l'homme puni de cellule, privé de hamac, couche sur la planche, les pieds attachés, ne reçoit comme nourriture qu'une ration de pain, un demi-litre d'eau par jour et une soupe tous les quatre jours. Dans ces conditions, on comprend qu'il faille ne plus pouvoir tenir debout pour oser demander à voir le médecin." (p.142)
          Ce récit est un des témoignages de transportés les plus complets : l’auteur aborde la majorité des aspects de la vie quotidienne du bagnard (la correspondance, les journaux...) et cite de nombreux textes légaux et documents officiels ; anecdotes et personnages, offrant un tableau saisissant du bagne guyanais.
           "La plupart des convois sont décimés dès leur arrivée dans la colonie. La fièvre, l'insolation, la dysenterie, la gangrène, l'insuffisance et la mauvaise qualité de l'alimentation sont les principaux agents de mortalité. la  nostalgie et l'hypocondrie font aussi de fréquentes victimes. [...] Ceux qui ont été assez robustes, assez résistants, pour supporter le premier choc, succombent parfois du fait de mauvais traitements ; d'autres s'éteignent à l’hôpital [...] Il y a enfin ceux qui tombent sous la matraque des contremaîtres ou le revolver des surveillants".  [...] Si l'on apportait un peu d'humanité dans le traitement et d'assiduité dans les soins médicaux, la mortalité serait enrayée dans de notables proportions. Mais le gibier de bagne n'est pas digne d'intérêt ; on le déporte pour qu'il meure. (p. 263-264)"A Rémyr, la bête infernale était [..] Alari qu'on a surnommé "le Fléau". Voici l'un de ses exploits [...] : afin d'échapper aux persécutions incessantes dont ils étaient l'objet de la part de cet être féroce, cinq condamnés s'évadèrent un jour du chantier. Mais ils furent dès le lendemain reconduits au chantier par des noirs qui leur avaient barrés la route. Le Fléau fit d'abord attacher les cinq fugitifs, puis ayant fait venir des contremaîtres arabes, il ordonna la bastonnade. Quand un des ses aides barbares était fatigué, il était immédiatement remplacé par un autre. La chair des victimes se boursouflait sous la pluie de coups et le sang giclait de leurs blessures, éclaboussant les acteurs de cette scène de sauvagerie. Impatienté par les hurlements de douleur des martyrs et jugeant que la mort tardait à venir les délivrer, Alari prit son revolver et se mit en devoir de les achever." (p. 282)"Las sans doute de tuer par le plomb et par le fer, ce surveillant avait découvert un autre genre de suppression. Un jour, sans que jamais personne sût pourquoi, il fit empoigner un condamné arabe par deux de ses compatriotes, et braquant sur eux son revolver, il ordonna aux trois hommes de marcher devant lui. Il les conduisit ainsi en forêt [...] et les ayant arrêtés, il tint sa victime en joug [...] et commanda aux deux autres de creuser un trou de 6 pieds de long sur une profondeur. Quand il jugea que la cavité était suffisamment grande, il invita l'arabe à s'y étendre. [...] Et comme le malheureux n'obéissait pas , il le fit jeter dans le trou par ses deux frères et... recouvrir de terre entièrement. Il l'enterrait vivant. (p. 282)
          Cet ouvrage met en lumière les travers du système judiciaire français de l’époque et permet en outre d’entrevoir plusieurs personnages marquants, tels que les anarchistes Clément Duval et Auguste Vaillant, ou encore Alfred Dreyfus, incarcéré sur l’île du Diable.
          Le cas de "Camille Condon, il avait été condamné en 1894, immédiatement après la mort de Carnot,  par la Cour d'Assise du Rhône et envoyé, comme anarchiste, aux îles du Salut. Or, dès la première année de sa peine, on eut la preuve évidente de son innocence, le véritable coupable s'étant lui-même dénoncé. Condon n'en est pas moins resté près de cinq années au bagne". (page 257)
          Retrouvez sur Manioc les ouvrages liés à Auguste Liard-Courtois :

          Bonne lecture !C.P.
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          Les missionnaires aux Antilles : Pacifique de Provins

          lun, 11/12/2017 - 08:00
          Le missionnaire Pacifique de Provins (1588-1648)
          Source Gallica Les sources narratives du début de la colonisation française sont limitées : le travail des "chroniqueurs" a longtemps représenté la première et principale source de travail des historiens. Manioc vous propose de redécouvrir certains d’entre eux. Notre troisième focus se porte sur le missionnaire Pacifique de Provins.
          Pacifique de Provins est un missionnaire Capucin né à Provins en 1588 sous le nom René de l’Escale. Après avoir rejoint les ordres en 1605 à Rouen, il participe à leur développement en France et affirme très tôt son désir de mission. Après plusieurs séjours en Orient, il obtient la préfecture des missions des capucins au Canada en 1641 et embarque en 1645 pour la Guadeloupe sur le navire du gouverneur de la Guadeloupe Charles Houel de Petit-Pré. Il accoste sur l'île le 15 mai 1645, et visite les îles de la Martinique, de la Dominique et Marie-Galante.
          Il rentre en France en 1646 et prépare de nouveaux projets pour les îles dont l'éducation chrétienne des Indiens en créant des écoles. Cette même année, il publie une relation : Brève relation du voyage des îles de l’Amérique.En décembre 1647, Pacifique de Provins est établit en tant que Préfet de l’Acadie, de la Dominique, de Marie-Galante, de Saint-Vincent et de la Grenade. 
          Entre 1646 et 1647, il prépare avec le baron Dormeilles sa prochaine mission vers les colonies mais celle-ci est abandonnée. Le général de La Fontaine reprend l'expédition à son compte. Ils partent le 4 avril 1648. Mais le voyage est catastrophique : navire en mauvais état, mauvaise gestion, plusieurs fois ils se perdent pour arriver au final le 29 avril au Cap-Vert. Puis le 26 mai de la même année sur les côtes des Guyanes. Pensant être arrivé à l'embouchure du Berbiche, le capitaine souhaite descendre avec une partie de l’équipage faire une reconnaissance. Mais Pacifique de Provins veut l'en dissuader de peur de tomber sur des indiens anthropophages. Mais devant l'obstination du capitaine La Fontaine, il descend avec eux le 31 mai 1648. Après plusieurs jours sans nouvelles, le capitaine Maurice décide de lever l'encre et se rendre en Martinique. Le missionnaire et les reste de l’équipage ne réapparaîtront jamais ... Bien qu’officiellement décédé le 25 septembre 1649, les circonstances de sa mort aux Amériques restent floues.
          Sur Gallica :
          Pour aller plus loin :
          • Pacifique de Provins et Maurile de St Michel, Missionnaires capucins et carmes aux Antilles, L'Harmattan, 2013, 383 pages.


          Bonne lecture !A.S. et C.P.
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            Nouveautés Manioc

            ven, 01/12/2017 - 08:18
            Manioc s’enrichit de jour en jour !

            Toute l'équipe Manioc a le plaisir de vous annoncer qu'elle a intégré 29 ouvrages anciens provenant de la bibliothèque municipale de la ville de Bordeaux. Des ouvrages sur l'histoire des îles de la caraïbe comme la Jamaïque, Saint-Vincent, la Martinique mais aussi des pays comme le Brésil ou le Mexique. Des ouvrages anciens datant de la fin du XVIe au XVIIIe siècles sur les plantes médicinales, la navigation, la culture de l'indigo et plusieurs histoires de voyageurs venus découvrir les colonies ... 
            Bonne découverte sur manioc.org !

            Histoire de la Jamaïque :
            Histoire de la Martinique :
            Histoire de Saint-Vincent :
            Histoire du Mexique :
            Histoire du Brésil :
            Voyages et découvertes :

            La navigation :
            Les missionnaires :
            L'indigo :

            Flibuste et piraterie : 
            Plantes médicinales :

              Bonne lecture !C.P.

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              Focus Manioc : le botaniste Antoine Duss

              lun, 27/11/2017 - 10:20
              "Le père aux herbes"Source Manioc
              Manioc vous propose un petit focus sur un botaniste suisse qui a longtemps vécut aux Antilles Antoine Duss (1840-1924). 
              Antoine Duss fait sa rhétorique à Fribourg puis son scolasticat à Paris avec le souhait de rejoindre les missions en Afrique. Mais souffrant de fortes migraines, il est envoyé aux Antilles (1865). C'est en Martinique qu'il se passionne pour la botanique en assurant le remplacement du professeur d'histoire naturelle au collège de Saint-Pierre. Ainsi, il commença à fréquenter le jardin botanique de Saint-Pierre, qui était alors dirigé par Charles Bélanger. A la mort de celui-ci, il fut pressenti pour le remplacer à la tête du jardin botanique. Malheureusement il ne fut pas nommé, mais il continua son travail de recensement de la flore aux Antilles.
              En 1883, à l'exposition de Fort de France, il présente la collection la plus complète qui puisse exister de fougères du pays : 153 spécimens avec les graminées, les cypéracées, les commélynées et les lycopodiacées qu'il a recueillies.
              En 1891, Antoine Duss est muté en Guadeloupe, affecté au collège de la Basse-Terre. Il continua son évaluation de la flore à la Soufrière notamment et dans les îles voisines. Il fut surnommé "le père aux herbes". En 1896, son ouvrage  Flore cryptogamique des Antilles françaises a un grand succès auprès des botanistes.
              Une société botanique basée à Berlin sous la direction du docteur Hurban, l'aide à éditer en 1897: "Additamenta ad cognationem florae indiae occidentalis". Sa recherche le pousse à étudier l'utilité possible de certaines plantes pour la médecine et l'industrie. Il passe ensuite à des travaux sur les champignons, et fait publier une énumération méthodique des champignons recueillis à la Guadeloupe et à la Martinique, en 1903.
              A la fermeture du collège de Basse-Terre en 1905, le père au herbes est nommé aumônier de l'hospice des pauvres à Tillac. En 1914, il crée un jardin botanique Le Castel sous l'égide de la Congrégation du Saint-Esprit. Il décède en 1924 (Guadeloupe), le jour où lui était décerné la croix de la légion d'honneur.

              Retrouvez sur Manioc les ouvrages suivants : 

              Bonne lecture !C.P.
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              Les missionnaires aux Antilles : Le révérend Père du Tertre

              lun, 13/11/2017 - 18:06
              Le révérend Père du Tertre (1610-1687)


              Source GallicaLes sources narratives du début de la colonisation française sont limitées : le travail des "chroniqueurs" a longtemps représenté la première et principale source de travail des historiens. Manioc vous propose de redécouvrir certains d’entre eux. Notre deuxième focus se porte sur le révérend père Jean-Baptiste Du Tertre.
              Né en 1610 à Calais, Jacques Du Tertre rejoint les ordres Dominicains à l'âge de 25 ans et y adopte le prénom de Jean-Baptiste après une vie déjà bien remplie : d’abord marin puis soldat avant de rejoindre les ordres et enfin botaniste, autant d’expériences utiles pour ses missions en tant que père. En 1640, il embarque pour la Guadeloupe pour succéder au père Raymond Breton. Arrivé sur l'île, il dut faire face aux nombreuses intrigues du gouverneur Houël, ainsi qu'aux maladies, à la famine qui sévissaient dans la colonie.Après un court séjour en France, il repart vers la Guadeloupe pour fonder la paroisse de Capesterre où il résidera jusqu'en 1647.Au milieu du XVIIe siècle, une autre aventure attendait Du tertre : la Grenade. En effet, en 1656, Du Tertre est contacté par M. de Cérillac pour aller négocier l'achat de l'île avec le gouverneur Du Parquet.Malheureusement, Du Tertre est capturé par les Anglais au cours du voyage. Libéré, il finit par rejoindre la Martinique pour faire affaire avec Du Parquet (La Grenade sera bien vendue au comte Cérillac, qui ne paiera pas) et revient en France en 1657. Découragé par ses péripéties, Du Terte rentre en France définitivement où il meurt en 1687 à l'âge de 77 ans.

              Sur Gallica :

              Bonne lecture !
              A.S. et C.P.

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              A l'origine de Guantanamo...

              lun, 06/11/2017 - 13:01
              A la faveur de l' attentat islamiste commis le 2 novembre sur le sol américain, voici que resurgissent, dans les tweets vengeurs de Donald Trump, le nom et la perspective de Guantanamo comme la destination punitive naturelle du  criminel appréhendé, étape ultime avant la peine de mort à laquelle le même Trump - mais comment expliquer la séparation des pouvoirs en 140 signes ? - n'a pas manqué de promettre ce dernier. 
              Après le 11 Septembre, George Bush fit de cette enclave militaire américaine au Sud-Est de Cuba une prison hors la loi pour "combattants islamistes - c'est-à-dire un non-lieu juridique échappant au droit américain, placé hors de tout cadre légal et de toute procédure de jugement-. A sa suite, empêché par une opposition hostile, et peut-être aussi par son manque de résolution sur ce dossier, Obama échoua à mener à bien son projet de fermeture du site et le maintint en activité, sans toutefois y expédier de nouveaux détenus.
              Mais s'il évoque à nos mémoires saturées les épisodes les plus saillants - et les plus saignants- du chaos international en cours, le nom de Guantanamo renvoie avant tout à l'antagonisme plus que centenaire entre les États-Unis et Cuba, inscrit, à l'époque, dans une opposition commune et partagée à la présence espagnole. 
              Le portrait* ci-contre est celui, peu connu, du "père" de Guantanamo,  Tomàs Estrada Palma, noble figure de la guerre des Dix Ans - premier acte de la révolution cubaine contre l'occupant espagnol, entre 1868-1878-, avant de s'illustrer comme l'hôte bienveillant d'un "grand frère américain" aux tendances interventionnistes naturelles et déjà soucieux de "liens spéciaux" avec son environnement immédiat.
              En 1903, Tomàs Estrada Palma, en sa qualité de premier président de la République de Cuba, signa le Traité sur les relations entre les États-Unis d'Amérique et la République de Cuba*. Plus qu'un traité, une liste de concessions et de renoncements ayant tous les dehors d'un chèque en blanc délivré aux USA. L'article VII dit ceci: " Pour établir les conditions qui permettront aux États-Unis de garantir l'indépendance de Cuba et de protéger son peuple, ainsi que pour sa propre défense, le Gouvernement de Cuba cédera ou louera aux États-Unis les terres nécessaires pour établir des bases navales ou charbonnières en certains points déterminés qui seront convenus avec le président des États-Unis." Si le nom de Guantanamo n''est pas cité explicitement, un accord ultérieur, en date 16/23 février 1903, le mentionne clairement. La prolongation des bases américaines sur l'île fut actée en 1934 par un second traité signé, côté américain, par l'ambassadeur Sterling* (photo).Manuel Márquez Sterling
              Mais, depuis 1959, pas plus facile pour l’État cubain de recouvrer cette partie perdue de son territoire que de tirer quelque profit pécuniaire de cette occupation : il se dit que Castro, en signe de protestation, refusa toujours d'encaisser les loyers afférents à la location, comme l'explique cette source Internet.

              Cet autre site de presse revient sur le "trou noir juridique" que constitue Guantanamo, non pas tant du fait de l'existence du centre de détention mais en raison de l'occupation abusive, par les Etats-Unis, d'une portion de territoire étranger...

              A lire

              *Portrait tiré de  Proceso histórico de la enmienda Platt (1897-1934), publié à La Havane en 1941.

              *Traité de 1903 sur les relations entre les Etats-Unis d'Amérique et la République de Cuba, Université de Perpignan
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