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A l'arrêt... En attendant les bus à haut niveau de service

lun, 05/02/2018 - 09:21
Le tram de Saint-Pierre, lointain ancêtre du TCSP en Martinique ?Devenues un véritable objet de sarcasmes et de boutades sur place, les multiples péripéties de la mise en fonctionnement du TCSP ont dépassé les frontières de la Martinique début janvier. L'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné dévoilait alors à ses lecteurs la situation ubuesque des bus à haut niveau de service (BHNS) qui doivent servir à décongestionner le trafic de l'agglomération foyalaise. Depuis, pressés par ces "révélations" ou par l'impatience de la Commission européenne, les politiques de tous bords ont multiplié les effets d'annonce et retournements de situation sur le dossier.

Tramway hippomobile de Saint-Pierre traversant la place Bertin
Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 424.
En attendant, à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucun usager n'a pu prendre un seul de ces bus... Pour patienter, nous vous proposons un bref retour an tan lontan, puisque l'ancien tramway de la ville de Saint-Pierre connu une mise en place plus heureuse que l'actuel TCSP, devenu un véritable serpent de mer de la politique martiniquaise. 

Saint-Pierre. L'Ex-Voto des Fonds-Koré et le tramway (Un de ses derniers voyages). Manioc
C'est en 1896 que fut décidée sa construction pour répondre à une demande tant publique que privée. En effet, le futur tramway était destiné au transport de voyageurs et des nombreuses marchandises qui transitaient alors par le port de Saint-Pierre. Dès 1900, un tramway à traction hippomobile (un wagon sur rail tracté par cheval) assure le transport des voyageurs et du service postal de la ville. Il est exploité par plusieurs industriels, regroupés au sein de la Société des tramways martiniquais. Le tramway desservait le centre de l'agglomération pierrotaine, partant du marché du Mouillage à l'allée Pécoul en passant par la route des Trois-Ponts, mais également ses faubourgs (Sainte-Philomène et Fonds-Coré). Comme toutes les infrastructures d'alors, ce transport collectif ne résista pas à la fureur de Dame Pelée et sa terrible éruption du 8 mai 1902.

Tramway hippomobile de Saint-Pierre traversant la place Bertin
Archives départementales de la Martinique, collection de cartes postales isolées, 2Fi 342
Pour aller plus loin : 

L'ensemble du dossier relatif à la mise en place du tramway chez notre partenaire BNPM

La tenue du colloque "Transports et territoires insulaires", les 4 et 5 avril 2011. Université des Antilles et de la Guyane (extraits).


Laurent Gatineau et Karl Hoarau, L'accessibilité à la "capitale" dans les espaces insulaires riches, une étude comparée Martinique/Réunion

 


Christian Jean-Etienne, Politique du développement maritime dans les Petites Antilles : les cas de Fort-de-France, Pointe-à-Pitre et Castries. Logiques de concurrence ou de complémentarité ?



Thierry Nicolas, Transports et désenclavement insulaire dans les Petites Antilles




Thierry Hartog, Le tourisme de croisière dans la Caraïbe insulaire : un marqueur de territoires par les compagnies nord-américaines, entre ouverture et domination 



Colette Ranély Vergé-Dépré, La desserte aérienne de l'archipel des Antilles : entre extraversion et intégration régionale




 Colette Ranély Vergé-Dépré, Transports et territoires insulaires : conclusions



X.H.
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Le temps des mascarades

jeu, 18/01/2018 - 13:53
 
Manioc profite de l'ouverture du carnaval 2018 pour rappeler à ses lecteurs que cet événement annuel a donné lieu à un colloque international en 2017 à l’Université de Guyane.
Le temps des mascarades est arrivé.

La Guyane (comme d’autres territoires du continent) se pare de mille tissus aux couleurs chatoyantes, donne libre cours aux désirs et aux nourritures terrestres, autorise provisoirement la transgression des règles de la bienséance et bouscule parfois, le temps d’une danse, les conventions sociales.

Le carnaval 2018 a donc débuté.

L’université de Guyane a consacré à cette question esthétique et sociale un riche colloque international, intitulé « Bals masqués de Guyane et d’ailleurs : identités et imaginaires carnavalesques en question », qui a rassemblé en janvier 2017 de nombreux intervenants.

La bibliothèque numérique Manioc, en fidèle gardien de la mémoire et du patrimoine guyanais, vous invite à partager ce moment d’érudition et à prendre la mesure de la profondeur culturelle de ce fait social qu’est le carnaval.

Ce colloque, aux visées exhaustives et comparatives, passe en effet en revue les différents aspects des bals parés-masqués et s’attache à mettre en lumière les spécificités du cas guyanais.




La littérature, les sciences sociales, l’histoire, le droit et l’économie sont ainsi mises à contribution pour lever (de façon non définitive !) le voile mystérieux de ce grand rendez-vous populaire.

Alors bas les masques au nom de la science... ou entrée dans la danse ?

A vous de choisir !

C.B.



Clair-obscur : représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane : Le bal paré-masqué, l'amour et la transgression dans "La saison des abatis" (1996) de Lyne-Marie Stanley


Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial 
de Christian Cécile et Nathalie Gauthard



Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. L'amour masqué de Bernadette Bricout




Bal masqué, littérature orale, contes et transgression
Discussion



Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Esclavage et liberté : bals etcarnaval de Guyane du XVIIIe au XIXe siècle par Denis Lamaison



Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. La musique carnavalesque : espace de transgression et de renversement 
par Audrey Debibakas


Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial 
par Frédéric Bondil




Clair-obscur : représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane. Le bal masqué, espace baroque par excellence par Jacqueline Birman Seytor

Clair-obscur :représentations littéraires du bal masqué aux Antilles et en Guyane : Le mondeconvulsé des touloulous dans "Le bois du serpent noir d'EdwardBlasse"
par Mylène Danglades


Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Les masques sonores dans le carnaval guyanais : pour une humanité partagée
par Apollinaire Anakesa


Bals parés-masqués et carnaval en Guyane
Discussion



Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial
Discussion



Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial. Un patrimoine menacé : la sarabande des massacres par Muriel Poli




Bal masqué, littérature orale, contes et transgression. Carnaval, ou lebal masqué des femmes et de la mort
Discussion


Le bal et le masque carnavalesques, un enjeu patrimonial
Discussion



Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. Le bal paré-masqué : unevariante des bals masqués, une spécificité du carnaval Guyanais par Aline Belfort


Bals parés-masqués et carnaval en Guyane. La tradition du Randé boutché
par Marie-Françoise Pindard






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Affaire Dreyfus : "J'accuse" a 120 ans

mar, 16/01/2018 - 14:24
Le 13 janvier marque la date anniversaire de la publication, en 1898, d’une « une « de presse qui  fit grand bruit à l’époque et dont les échos résonnent toujours à nos oreilles contemporaines tant elle a marqué l’histoire.   Aujourd’hui encore, dans la lignée de Voltaire défendant Jean Callas, et préfigurant un Jean-Paul Sartre soutenant « qu’il ne faut pas parler pour ne rien dire », le « J’accuse » d’Emile Zola défendant le capitaine Alfred Dreyfus demeure le mètre étalon de l’engagement des intellectuels et d’un certain pouvoir de la presse.
Dans cet article s’affichant sur quatre colonnes à la « une » du Figaro,  et intitulé sobrement  "Lettre ouverte au Président de la République", le célèbre écrivain démonte de façon méthodique les accusations imputées à Dreyfus, montre du doigt les accusateurs et les vrais coupables et en appelle à la tenue d’un nouveau procès.
Officier d’état-major au ministère de la Guerre, à Paris, Alfred Dreyfus fut faussement accusé en 1894 d’avoir fourni à l’ambassade d’Allemagne des informations ultra secrètes concernant l’armée française. Ourdi par des militaires antisémites confortés dans leur passion par des autorités gouvernementales complaisantes et un contexte politique propice à tous les débordements nationalistes (Guerre de 1870 perdue par la France face à l’Allemagne, apparition des attentats anarchistes, scandale de Panama mettant au jour la corruption de responsables politiques et industriels), le complot conduisit Dreyfus en déportation à l’île du Diable, en Guyane. A l’issue d’une intense bataille judiciaire et politique qui culmina avec la tribune accusatrice de Zola, Dreyfus fut rejugé, puis, d’abord gracié par le président de la République, réhabilité et réintégré dans l’armée en 1906.
Mais s’il constitua un tournant décisif dans l’Affaire, l’article de Zola ne fut pas le seul écrit inspiré par la situation de l’infortuné capitaine. Sur le mode du roman feuilleton populaire illustré, un certain Jules d’Arzac fit paraître chaque semaine, entre 1931 et 1933,- soit quelques années après la conclusion de cette tragédie judiciaire–« Le calvaire d’un innocent ». 
Selon l’ordre chronologique inspiré des faits, le numéro 2 du journal met ainsi en en scène un Dreyfus encore incrédule, livré aux affres de la prison militaire du Cherche-Midi, juste après son arrestation en 1894 : « Ne m’entendez-vous pas ? continua Alfred Dreyfus, qui était comme transfiguré par le sauvage désespoir qui faisait chavirer son esprit ? Pourquoi est-ce que personne ne me répond ? … Ne comprenez-vous pas que je dois rentrer à la maison. (…) Je suis innocent du crime infâme dont on m’accuse !... Je suis innocent !...nocent !... répéta l’écho de la sinistre galerie… ». Pour l’anecdote éditoriale, un site de librairie d’occasion nous présente cette publication « comme étant la traduction d'un roman allemand écrit par Eugen Von Tegen » en 1930...
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Félix Éboué : « Jouer le jeu »

lun, 08/01/2018 - 13:55
Un gouverneur Guyanais aux Antilles

Portrait de Félix EbouéLes hommes de ma génération ont vécu dans une atmosphère d’aventure, d’exploration. Le mystère de l’Afrique a poussé beaucoup d’entre nous vers le continent noir. L’Afrique, berceau de mes ancêtres, a toujours exercé sur moi une attirance.(Félix Éboué, Mémorial des compagnons de Libération)
Aujourd’hui encensé comme le premier Noir à avoir accédé aux plus hautes charges de l’administration coloniale, comme le premier à avoir répondu à l’appel du 18 juin, Félix Éboué incarne à lui seul la figure typique issue de l’ascension sociale propre à la Troisième République en même temps que celle d’un homme courageux aux valeurs inflexibles qui lui vaudront les hommages nationaux. Mais avant de devenir celui par qui la France libre a pu exister concrètement, celui qui proposa pour l’Afrique équatoriale française (AEF) « la nouvelle politique indigène », celui, enfin, qui sera intronisé au Panthéon, il fut celui qui administra pour un temps les Antilles françaises (1932-1934 ; 1936-1938).
Résidence de Félix Éboué de 1932 à 1934, Martinique
Photo : X. Hug pour Manioc, 2017 (licence CC0)MartiniqueEn Martinique, il est nommé secrétaire général, puis gouverneur par intérim, au cours de l’année 1932 par M. Paul Reynaud, ministre des Colonies. Il arrive à un moment où les antagonismes sociaux et raciaux étaient exacerbés. En guise d’apaisement, il lance une politique ambitieuse de logements sociaux tout en s’attaquant au problème récurrent de la fraude électorale, un programme qui lui vaudra l’inimitié du gouverneur en place. Surtout, il reste dans les mémoires d’alors comme l’homme du bal « historique » du 11 novembre 1933 pour lequel il avait convié, sans distinctions, blancs, métis et noirs sans que cela ne porte à scandale – un événement inimaginable jusqu’alors.
Plaque apposée à l'entrée de la résidenceOutre les nombreuses rues, places et bâtiments publics nommés en son honneur dans les Antilles et en Guyane où l'aéroport porte son nom, la trace mémorielle du passage de Félix Éboué en Martinique est visible au 64 rue du Professeur-Raymond-Garcin, à Fort-de-France. Construit en 1902, l'édifice, qui a certainement fait l'objet de modifications depuis, aura vu séjourner en ses murs le gouverneur de la Martinique de 1932 à 1934. La résidence des Tourelles, dite résidence du Gouverneur Félix Éboué selon la base Mérimée du ministère de la culture, est aujourd'hui en ruine et illustre cet article.

GuadeloupeRésidence de Félix Éboué de 1932 à 1934, Martinique
Photo : X. Hug pour Manioc, 2017 (licence CC0)Après une période d’intermittence au Soudan (1934-1936), Éboué est nommé gouverneur en Guadeloupe en octobre 1936. Là, chargé de mettre en œuvre le programme du Front populaire récemment arrivé au pouvoir, il engage une politique sociale et éducative en direction des masses laborieuses de l’île : cités ouvrières, coopératives, crédit maritime mutuel, aménagement sportif. Il désamorce également la forte tension sociale qu’il trouve à son arrivée par des mesures économiques favorisant la reprise de l’activité, doublé de l’assainissement des finances publiques grevées par les déficits. C’est au cours de ce mandat qu’il prononce ce qui reste comme son plus célèbre discours, le 1er juillet 1937 pour la distribution des prix du lycée Carnot à Pointe-à-Pitre, et où transparaît déjà la figure d’un homme animé par le sens du bien commun et de la justice, l’attachement aux valeurs humanistes et à la nécessaire perfectibilité de l’homme. En filigrane, on peut enfin y lire la politique respectueuse des traditions et peuples locaux qu’Éboué mit en œuvre en AEF lors de son mandat (1938-1944). Manioc vous propose donc de retrouver ci-dessous in extenso un texte qui résonne plus que jamais juste et intemporel.

Jouer le jeu« Jouer le jeu, c’est être désintéressé.
« Jouer le jeu, c’est réaliser ce sentiment de l’indépendance dont je vous parlais il y a un instant.
« Jouer le jeu, c'est piétiner les préjugés, tous les préjugés, et apprendre à baser l'échelle des valeurs uniquement sur les critères de l'esprit. Et c'est se juger, soi et les autres, d'après cette gamme de valeurs. Par ainsi, il vous sera permis d'affirmer et de faire admettre que les pauvres humains perdent leur temps à ne vouloir considérer que les nuances qui les différencient, pour ne pas réfléchir à trois choses précieuses qui les réunissent : les larmes que le proverbe africain appellent « les ruisseaux sans cailloux ni sable », le sang qui maintient la vie et, enfin, l'intelligence qui classe ces humains en hommes, en ceux qui ne le sont pas ou qui ne le sont guère ou qui ont oublié qu'ils le sont.
« Jouer le jeu, c'est garder farouchement cette indépendance, parure de l'existence; ne pas se laisser séduire par l'appel des sirènes qui invitent à l'embrigadement, et répondre, en pensant aux sacrifices qu'elles exigeraient en retour : Quelle mère je quitterais ! Et pour quel père !
« Jouer le jeu, c'est savoir prendre ses responsabilités et assumer les initiatives, quand les circonstances veulent que l'on soit seul à les endosser; c'est pratiquer le jeu d'équipe avec d'autant plus de ferveur que la notion de l'indépendance vous aura appris à rester libres quand même. Jouer le jeu consiste à ne pas prendre le ciel et la terre à témoin de ses déconvenues, mais, au contraire, à se rappeler les conseils laminaires d'Épictète à son disciple : « Il y a des choses qui dépendent de nous ; il y a des choses qui ne dépendent pas de nous. »
« Jouer le jeu, c'est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s'imposent par la qualité de l'esprit et faire un pied de nez aux pédants et aux attardés.
« Jouer le jeu, c'est accepter la décision de l'arbitre que vous avez choisi ou que le libre jeu des institutions vous a imposé.
« Jouer le jeu, c'est, par la répudiation totale des préjugés, se libérer de ce qu'une expression moderne appelle le complexe d'infériorité. C'est aimer les hommes, tous les hommes, et se dire qu'ils sont tous bâtis selon la commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts.
« Jouer le jeu, c'est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer malgré clameurs ou murmures et poursuivre la route droite que l'on s'est tracée.
« Jouer le jeu, c'est pouvoir faire la discrimination entre le sourire et la grimace; c'est s'astreindre à être vrai envers soi pour l'être envers les autres.
« Jouer le jeu, c'est se pénétrer que ce n'est pas en tuant Caliban que l'on sauvera Ariel [dans La Tempête de William Shakespeare: Caliban incarne l'esclave opprimé et rebelle et Ariel le collaborateur].
« Jouer le jeu, c'est respecter l'opinion d'autrui, c'est l'examiner avec objectivité et la combattre seulement si on trouve en soi les raisons de ne pas l'admettre, mais alors le faire courageusement et au grand jour.
« Jouer le jeu, c'est respecter nos valeurs nationales, les aimer, les servir avec passion, avec intelligence, vivre et mourir pour elles, tout en admettant qu'au-delà de nos frontières, d'authentiques valeurs sont également dignes de notre estime, de notre respect. C'est se pénétrer de cette vérité profonde que l'on peut lire au 50e verset des Vers d'Or [attribués à Pythagore, IIIè ou IVè siècle]: « Tu sauras, autant qu'il est donné à l'homme, que la nature est partout la même » et comprendre alors que tous les hommes sont frères et relèvent de notre amour et de notre pitié.
« Jouer le jeu, dès lors, c'est s'élever contre le conseil nietzschéen du diamant au charbon : « Sois dur ! » Et affirmer qu'au-dessus d'une doctrine de la force, il y a une philosophie du droit.
« Jouer le jeu, c'est proclamer qu'on ne « prend pas pour juge un peuple téméraire » et poursuivre son labeur sur le chemin du juste et de l'humain, même lorsque les docteurs et les pontifes vous disent qu'il est trop humain.
« Jouer le jeu, c'est préférer à Wotan, Siegfried, « toute puissance de la jeunesse et spontanéité de la nature ».
« Jouer le jeu, c'est refuser les lentilles pour conserver son droit d'aînesse.
« Jouer le jeu, c'est fuir avec horreur l'unanimité des adhésions dans la poursuite de son labeur. C'est comprendre Descartes et admettre Saint Thomas ; c'est dire : "Que sais-je ?" avec Montaigne, et "Peut-être !" avec Rabelais. C'est trouver autant d'agrément à l'audition d'un chant populaire qu'aux savantes compositions musicales. C'est s'élever si haut que l'on se trouve partout à son aise, dans les somptueux palais comme dans la modeste chaumière de l'homme du peuple ; c'est ne pas voir un excès d'honneur quand on est admis là, et ne pas se sentir gêné quand on est accueilli ici ; c'est attribuer la même valeur spirituelle au protocole officiel, à l'académisme, qu'au geste si touchant par quoi la paysanne guadeloupéenne vous offre, accompagnée du plus exquis des sourires, l'humble fleur des champs, son seul bien, qu'elle est allée cueillir à votre intention.
« Jouer le jeu, enfin, c'est mériter votre libération et signifier la sainteté, la pureté de votre esprit. »
Retrouvez sur Manioc les ouvrages suivants :  

X.H.
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Planète Manioc

mar, 19/12/2017 - 15:30
Les dessous de la numérisation...Un membre de l'équipe Manioc raconte avec humour, en texte et en image, sa première expérience de préparation des ouvrages pour la numérisation.
Archives départementales de Guadeloupe, neuf heures du matin. Quatre individus, embarquant de larges malles étanches, grimpent rapidement les escaliers puis se faufilent dans le dédale de couloirs. Leur contact sur place les attend pour se mettre au travail. Les cinq silhouettes affairées offrent un spectacle à la chorégraphie bien huilée, et rien dans leurs mouvements ne laisse supposer la redondance et la rigueur du travail en cours : un fastidieux inventaire de ressources anciennes, pour envoi à la numérisation. Cette scène est l’aboutissement de plusieurs mois de travail, mais n’en est pas la conclusion.
En effet, il a d’abord été question de déterminer, chercher, sélectionner, justifier, rationaliser, préciser, vérifier et ordonner les « candidatures » d’ouvrages repérés, reconnus et constatés dans le noir et la poussière de salles oubliées. Puis il aura fallu se réunir, se concerter, échanger, questionner, expliquer, comprendre, ne pas comprendre, s’énerver, recommencer, sauvegarder, présenter, discuter, douter… Nécessaire aussi, de scruter en ligne si l’ouvrage n’est pas déjà présent, même partiellement, gratuitement, téléchargeable… et ce au bon vouloir de connections internet capricieuses afin qu’aboutisse un tableau de référence, des centaines de lignes, d’abord noircies puis amendées, surlignées, triées, copiées, collées sans relâche depuis six mois.
Même les ordinateurs semblent être épuisés par cet effort de longue durée : la clé USB vacille, se déconnecte. Les cinq silhouettes se figent. Lecteur détecté. Fichier intact. On respire… Une sauvegarde sur le bureau est décidée à l’unanimité.
Les ouvrages sont traités un à un. A chaque fois, on contrôle que l’exemplaire soit bien le bon puis on décrit son état. On note les éventuelles contraintes pour la numérisation : présence de tableaux, d’illustrations, de caractères spéciaux… Et bien sûr, on vérifie les informations liées à l’édition. La priorité : les ouvrages « originaires » des Antilles et avant tout les textes en langue créole. On prend soin de glisser le livre dans une enveloppe numérotée avant de le disposer dans la malle. Quatre heures ont failli ne pas suffire pour venir à bout de la liste de plus de cent titres à traiter en ce jour. Avant de sceller les malles, une ultime vérification s’est tout de même imposée : il s’agissait, les jours suivants, de compléter de la manière la plus exhaustive possible la description des ouvrages, de leurs illustrations, les qualifier de mots-clés, etc. De plus, il a aussi fallu une dernière fois veiller à ce qu’aucun des exemplaires n’ait pas été, entre temps, numérisé depuis une autre source. Puis les malles ont été refermées et pesées. Vingt-trois kilos chacune.
Leur but est de traverser l’atlantique, vers la société chargée de numériser leur contenu. Les fichiers seront ensuite transmis à d’autres professionnels pour les « OCR-iser », rendant ainsi possible l’usage de la fonction recherche dans le texte. Les ouvrages seront alors mis en ligne et pourront être consultés depuis n’importe quelle adresse IP.
D’ailleurs, un célèbre vulgarisateur les attend de pied ferme : au sein de la cargaison, plusieurs documents auxquels il n’a pas physiquement accès compte tenu de son éloignement. La majorité de ses recherches, il les effectue sur la toile et sur un réseau de bibliothèques numériques et de bases de données : c’est beaucoup plus pratique et bien moins onéreux que d’attendre une version physique du document ou de devoir/pouvoir se déplacer. De plus, une fois les fichiers téléchargés sur son ordinateur, il n’a pas de contrainte de temps pour les examiner et peut directement les annoter et les marquer à sa guise…
Mais aussi, avec l’augmentation du nombre et de l’intensité des risques naturels, la numérisation apparaît un bon moyen pour «sauvegarder » ce patrimoine parfois oublié. Il faut aussi noter la possibilité de l’intégrer, notamment les banques d’images anciennes, aux possibilités de la réalité augmentée afin de créer des visites touristiques d’un nouveau genre…

Bonne lecture !
Rédaction :A.S.
Dessins : A.S.
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Le bagnard Auguste Liard-Courtois

jeu, 14/12/2017 - 08:49
La vie d'un bagnard ...

Source Manioc Peintre décorateur et militant anarchiste, Auguste Liard-Courtois (1862-1918) est condamné à cinq années de travaux forcés en 1894.
De retour en France, il écrit un ouvrage Souvenirs du bagne dans lequel il décrit les conditions du régime disciplinaire dans les pénitenciers de la Guyane Française, où il côtoie notamment Clément Duval, un anarchiste français, membre du groupe "La panthère des Batignolles". Un ouvrage intéressant sur la survie quotidienne au bagne, paru pour la première fois en 1903 et faisant ainsi le récit des innombrables humiliations et tortures infligées aux prisonniers, réduits à l’état d’esclaves, dont voici quelques extraits choisis :
"Il manque un homme à notre groupe ; il est mort pendant la nuit et son cadavre est resté dans un coin de la case [...] et sa dépouille sera jetée à la mer sans autre formalité. A l'appel de son nom ou de son numéro, chaque homme fait un pas à droite, et quand tout le peloton a suivi le mouvement, on forme les "chantiers" ou "corvées", qui vont se disperser sur les divers points de l'île, sous la surveillance des gardiens et des contremaîtres. L'opération de classement dure environs vingt minutes pendant lesquelles je puis observer les malheureux... [...] La plupart sont maigres et défaits ; leur visage hâve fait peine à voir, et leurs membres décharnés et grèles sembles inaptes à tout travail. Ils ne sont qu'à moitié vêtus et le peu de linge qu'ils portent est en loques" ; tous sont nu-pieds". (p. 141)."[...] Si l'on revient de la visite du médecin avec un "non malade" en regard de son nom, cela vous expose à une peine variant, suivant l'humeur du commandant, de quinze à soixante jours de cellule. Et l'homme puni de cellule, privé de hamac, couche sur la planche, les pieds attachés, ne reçoit comme nourriture qu'une ration de pain, un demi-litre d'eau par jour et une soupe tous les quatre jours. Dans ces conditions, on comprend qu'il faille ne plus pouvoir tenir debout pour oser demander à voir le médecin." (p.142)
Ce récit est un des témoignages de transportés les plus complets : l’auteur aborde la majorité des aspects de la vie quotidienne du bagnard (la correspondance, les journaux...) et cite de nombreux textes légaux et documents officiels ; anecdotes et personnages, offrant un tableau saisissant du bagne guyanais.
 "La plupart des convois sont décimés dès leur arrivée dans la colonie. La fièvre, l'insolation, la dysenterie, la gangrène, l'insuffisance et la mauvaise qualité de l'alimentation sont les principaux agents de mortalité. la  nostalgie et l'hypocondrie font aussi de fréquentes victimes. [...] Ceux qui ont été assez robustes, assez résistants, pour supporter le premier choc, succombent parfois du fait de mauvais traitements ; d'autres s'éteignent à l’hôpital [...] Il y a enfin ceux qui tombent sous la matraque des contremaîtres ou le revolver des surveillants".  [...] Si l'on apportait un peu d'humanité dans le traitement et d'assiduité dans les soins médicaux, la mortalité serait enrayée dans de notables proportions. Mais le gibier de bagne n'est pas digne d'intérêt ; on le déporte pour qu'il meure. (p. 263-264)"A Rémyr, la bête infernale était [..] Alari qu'on a surnommé "le Fléau". Voici l'un de ses exploits [...] : afin d'échapper aux persécutions incessantes dont ils étaient l'objet de la part de cet être féroce, cinq condamnés s'évadèrent un jour du chantier. Mais ils furent dès le lendemain reconduits au chantier par des noirs qui leur avaient barrés la route. Le Fléau fit d'abord attacher les cinq fugitifs, puis ayant fait venir des contremaîtres arabes, il ordonna la bastonnade. Quand un des ses aides barbares était fatigué, il était immédiatement remplacé par un autre. La chair des victimes se boursouflait sous la pluie de coups et le sang giclait de leurs blessures, éclaboussant les acteurs de cette scène de sauvagerie. Impatienté par les hurlements de douleur des martyrs et jugeant que la mort tardait à venir les délivrer, Alari prit son revolver et se mit en devoir de les achever." (p. 282)"Las sans doute de tuer par le plomb et par le fer, ce surveillant avait découvert un autre genre de suppression. Un jour, sans que jamais personne sût pourquoi, il fit empoigner un condamné arabe par deux de ses compatriotes, et braquant sur eux son revolver, il ordonna aux trois hommes de marcher devant lui. Il les conduisit ainsi en forêt [...] et les ayant arrêtés, il tint sa victime en joug [...] et commanda aux deux autres de creuser un trou de 6 pieds de long sur une profondeur. Quand il jugea que la cavité était suffisamment grande, il invita l'arabe à s'y étendre. [...] Et comme le malheureux n'obéissait pas , il le fit jeter dans le trou par ses deux frères et... recouvrir de terre entièrement. Il l'enterrait vivant. (p. 282)
Cet ouvrage met en lumière les travers du système judiciaire français de l’époque et permet en outre d’entrevoir plusieurs personnages marquants, tels que les anarchistes Clément Duval et Auguste Vaillant, ou encore Alfred Dreyfus, incarcéré sur l’île du Diable.
Le cas de "Camille Condon, il avait été condamné en 1894, immédiatement après la mort de Carnot,  par la Cour d'Assise du Rhône et envoyé, comme anarchiste, aux îles du Salut. Or, dès la première année de sa peine, on eut la preuve évidente de son innocence, le véritable coupable s'étant lui-même dénoncé. Condon n'en est pas moins resté près de cinq années au bagne". (page 257)
Retrouvez sur Manioc les ouvrages liés à Auguste Liard-Courtois :

Bonne lecture !C.P.
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Les missionnaires aux Antilles : Pacifique de Provins

lun, 11/12/2017 - 08:00
Le missionnaire Pacifique de Provins (1588-1648)
Source Gallica Les sources narratives du début de la colonisation française sont limitées : le travail des "chroniqueurs" a longtemps représenté la première et principale source de travail des historiens. Manioc vous propose de redécouvrir certains d’entre eux. Notre troisième focus se porte sur le missionnaire Pacifique de Provins.
Pacifique de Provins est un missionnaire Capucin né à Provins en 1588 sous le nom René de l’Escale. Après avoir rejoint les ordres en 1605 à Rouen, il participe à leur développement en France et affirme très tôt son désir de mission. Après plusieurs séjours en Orient, il obtient la préfecture des missions des capucins au Canada en 1641 et embarque en 1645 pour la Guadeloupe sur le navire du gouverneur de la Guadeloupe Charles Houel de Petit-Pré. Il accoste sur l'île le 15 mai 1645, et visite les îles de la Martinique, de la Dominique et Marie-Galante.
Il rentre en France en 1646 et prépare de nouveaux projets pour les îles dont l'éducation chrétienne des Indiens en créant des écoles. Cette même année, il publie une relation : Brève relation du voyage des îles de l’Amérique.En décembre 1647, Pacifique de Provins est établit en tant que Préfet de l’Acadie, de la Dominique, de Marie-Galante, de Saint-Vincent et de la Grenade. 
Entre 1646 et 1647, il prépare avec le baron Dormeilles sa prochaine mission vers les colonies mais celle-ci est abandonnée. Le général de La Fontaine reprend l'expédition à son compte. Ils partent le 4 avril 1648. Mais le voyage est catastrophique : navire en mauvais état, mauvaise gestion, plusieurs fois ils se perdent pour arriver au final le 29 avril au Cap-Vert. Puis le 26 mai de la même année sur les côtes des Guyanes. Pensant être arrivé à l'embouchure du Berbiche, le capitaine souhaite descendre avec une partie de l’équipage faire une reconnaissance. Mais Pacifique de Provins veut l'en dissuader de peur de tomber sur des indiens anthropophages. Mais devant l'obstination du capitaine La Fontaine, il descend avec eux le 31 mai 1648. Après plusieurs jours sans nouvelles, le capitaine Maurice décide de lever l'encre et se rendre en Martinique. Le missionnaire et les reste de l’équipage ne réapparaîtront jamais ... Bien qu’officiellement décédé le 25 septembre 1649, les circonstances de sa mort aux Amériques restent floues.
Sur Gallica :
Pour aller plus loin :
  • Pacifique de Provins et Maurile de St Michel, Missionnaires capucins et carmes aux Antilles, L'Harmattan, 2013, 383 pages.


Bonne lecture !A.S. et C.P.
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    Nouveautés Manioc

    ven, 01/12/2017 - 08:18
    Manioc s’enrichit de jour en jour !

    Toute l'équipe Manioc a le plaisir de vous annoncer qu'elle a intégré 29 ouvrages anciens provenant de la bibliothèque municipale de la ville de Bordeaux. Des ouvrages sur l'histoire des îles de la caraïbe comme la Jamaïque, Saint-Vincent, la Martinique mais aussi des pays comme le Brésil ou le Mexique. Des ouvrages anciens datant de la fin du XVIe au XVIIIe siècles sur les plantes médicinales, la navigation, la culture de l'indigo et plusieurs histoires de voyageurs venus découvrir les colonies ... 
    Bonne découverte sur manioc.org !

    Histoire de la Jamaïque :
    Histoire de la Martinique :
    Histoire de Saint-Vincent :
    Histoire du Mexique :
    Histoire du Brésil :
    Voyages et découvertes :

    La navigation :
    Les missionnaires :
    L'indigo :

    Flibuste et piraterie : 
    Plantes médicinales :

      Bonne lecture !C.P.

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      Focus Manioc : le botaniste Antoine Duss

      lun, 27/11/2017 - 10:20
      "Le père aux herbes"Source Manioc
      Manioc vous propose un petit focus sur un botaniste suisse qui a longtemps vécut aux Antilles Antoine Duss (1840-1924). 
      Antoine Duss fait sa rhétorique à Fribourg puis son scolasticat à Paris avec le souhait de rejoindre les missions en Afrique. Mais souffrant de fortes migraines, il est envoyé aux Antilles (1865). C'est en Martinique qu'il se passionne pour la botanique en assurant le remplacement du professeur d'histoire naturelle au collège de Saint-Pierre. Ainsi, il commença à fréquenter le jardin botanique de Saint-Pierre, qui était alors dirigé par Charles Bélanger. A la mort de celui-ci, il fut pressenti pour le remplacer à la tête du jardin botanique. Malheureusement il ne fut pas nommé, mais il continua son travail de recensement de la flore aux Antilles.
      En 1883, à l'exposition de Fort de France, il présente la collection la plus complète qui puisse exister de fougères du pays : 153 spécimens avec les graminées, les cypéracées, les commélynées et les lycopodiacées qu'il a recueillies.
      En 1891, Antoine Duss est muté en Guadeloupe, affecté au collège de la Basse-Terre. Il continua son évaluation de la flore à la Soufrière notamment et dans les îles voisines. Il fut surnommé "le père aux herbes". En 1896, son ouvrage  Flore cryptogamique des Antilles françaises a un grand succès auprès des botanistes.
      Une société botanique basée à Berlin sous la direction du docteur Hurban, l'aide à éditer en 1897: "Additamenta ad cognationem florae indiae occidentalis". Sa recherche le pousse à étudier l'utilité possible de certaines plantes pour la médecine et l'industrie. Il passe ensuite à des travaux sur les champignons, et fait publier une énumération méthodique des champignons recueillis à la Guadeloupe et à la Martinique, en 1903.
      A la fermeture du collège de Basse-Terre en 1905, le père au herbes est nommé aumônier de l'hospice des pauvres à Tillac. En 1914, il crée un jardin botanique Le Castel sous l'égide de la Congrégation du Saint-Esprit. Il décède en 1924 (Guadeloupe), le jour où lui était décerné la croix de la légion d'honneur.

      Retrouvez sur Manioc les ouvrages suivants : 

      Bonne lecture !C.P.
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      Les missionnaires aux Antilles : Le révérend Père du Tertre

      lun, 13/11/2017 - 18:06
      Le révérend Père du Tertre (1610-1687)


      Source GallicaLes sources narratives du début de la colonisation française sont limitées : le travail des "chroniqueurs" a longtemps représenté la première et principale source de travail des historiens. Manioc vous propose de redécouvrir certains d’entre eux. Notre deuxième focus se porte sur le révérend père Jean-Baptiste Du Tertre.
      Né en 1610 à Calais, Jacques Du Tertre rejoint les ordres Dominicains à l'âge de 25 ans et y adopte le prénom de Jean-Baptiste après une vie déjà bien remplie : d’abord marin puis soldat avant de rejoindre les ordres et enfin botaniste, autant d’expériences utiles pour ses missions en tant que père. En 1640, il embarque pour la Guadeloupe pour succéder au père Raymond Breton. Arrivé sur l'île, il dut faire face aux nombreuses intrigues du gouverneur Houël, ainsi qu'aux maladies, à la famine qui sévissaient dans la colonie.Après un court séjour en France, il repart vers la Guadeloupe pour fonder la paroisse de Capesterre où il résidera jusqu'en 1647.Au milieu du XVIIe siècle, une autre aventure attendait Du tertre : la Grenade. En effet, en 1656, Du Tertre est contacté par M. de Cérillac pour aller négocier l'achat de l'île avec le gouverneur Du Parquet.Malheureusement, Du Tertre est capturé par les Anglais au cours du voyage. Libéré, il finit par rejoindre la Martinique pour faire affaire avec Du Parquet (La Grenade sera bien vendue au comte Cérillac, qui ne paiera pas) et revient en France en 1657. Découragé par ses péripéties, Du Terte rentre en France définitivement où il meurt en 1687 à l'âge de 77 ans.

      Sur Gallica :

      Bonne lecture !
      A.S. et C.P.

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      A l'origine de Guantanamo...

      lun, 06/11/2017 - 13:01
      A la faveur de l' attentat islamiste commis le 2 novembre sur le sol américain, voici que resurgissent, dans les tweets vengeurs de Donald Trump, le nom et la perspective de Guantanamo comme la destination punitive naturelle du  criminel appréhendé, étape ultime avant la peine de mort à laquelle le même Trump - mais comment expliquer la séparation des pouvoirs en 140 signes ? - n'a pas manqué de promettre ce dernier. 
      Après le 11 Septembre, George Bush fit de cette enclave militaire américaine au Sud-Est de Cuba une prison hors la loi pour "combattants islamistes - c'est-à-dire un non-lieu juridique échappant au droit américain, placé hors de tout cadre légal et de toute procédure de jugement-. A sa suite, empêché par une opposition hostile, et peut-être aussi par son manque de résolution sur ce dossier, Obama échoua à mener à bien son projet de fermeture du site et le maintint en activité, sans toutefois y expédier de nouveaux détenus.
      Mais s'il évoque à nos mémoires saturées les épisodes les plus saillants - et les plus saignants- du chaos international en cours, le nom de Guantanamo renvoie avant tout à l'antagonisme plus que centenaire entre les États-Unis et Cuba, inscrit, à l'époque, dans une opposition commune et partagée à la présence espagnole. 
      Le portrait* ci-contre est celui, peu connu, du "père" de Guantanamo,  Tomàs Estrada Palma, noble figure de la guerre des Dix Ans - premier acte de la révolution cubaine contre l'occupant espagnol, entre 1868-1878-, avant de s'illustrer comme l'hôte bienveillant d'un "grand frère américain" aux tendances interventionnistes naturelles et déjà soucieux de "liens spéciaux" avec son environnement immédiat.
      En 1903, Tomàs Estrada Palma, en sa qualité de premier président de la République de Cuba, signa le Traité sur les relations entre les États-Unis d'Amérique et la République de Cuba*. Plus qu'un traité, une liste de concessions et de renoncements ayant tous les dehors d'un chèque en blanc délivré aux USA. L'article VII dit ceci: " Pour établir les conditions qui permettront aux États-Unis de garantir l'indépendance de Cuba et de protéger son peuple, ainsi que pour sa propre défense, le Gouvernement de Cuba cédera ou louera aux États-Unis les terres nécessaires pour établir des bases navales ou charbonnières en certains points déterminés qui seront convenus avec le président des États-Unis." Si le nom de Guantanamo n''est pas cité explicitement, un accord ultérieur, en date 16/23 février 1903, le mentionne clairement. La prolongation des bases américaines sur l'île fut actée en 1934 par un second traité signé, côté américain, par l'ambassadeur Sterling* (photo).Manuel Márquez Sterling
      Mais, depuis 1959, pas plus facile pour l’État cubain de recouvrer cette partie perdue de son territoire que de tirer quelque profit pécuniaire de cette occupation : il se dit que Castro, en signe de protestation, refusa toujours d'encaisser les loyers afférents à la location, comme l'explique cette source Internet.

      Cet autre site de presse revient sur le "trou noir juridique" que constitue Guantanamo, non pas tant du fait de l'existence du centre de détention mais en raison de l'occupation abusive, par les Etats-Unis, d'une portion de territoire étranger...

      A lire

      *Portrait tiré de  Proceso histórico de la enmienda Platt (1897-1934), publié à La Havane en 1941.

      *Traité de 1903 sur les relations entre les Etats-Unis d'Amérique et la République de Cuba, Université de Perpignan
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      Le jardin botanique de Saint-Pierre

      lun, 06/11/2017 - 09:22
      Sur les traces du jardin botanique de Martinique

      Jardin botanique de Saint-Pierre Saviez-vous qu'il existait un jardin botanique en Martinique ? Au début du XIXe siècle, la ville de Saint-Pierre se voit attribuer la création d'un jardin des plantes. Manioc vous propose de le découvrir dans son article du blog d'aujourd'hui ...
      Avant la fondation du jardin des plantes de Saint-Pierre, il existait trois jardins botaniques dans l'archipel des Antilles : celui de Saint-Vincent (1765), le petit Bath Garden en Jamaïque (1775) et le Royal Botanic Garden à Trinidad (1788).

      C'est l'intendant François-Joseph de Foulquier qui proposa au roi, en 1786, la création d'un jardin botanique à Saint-Pierre. Mais le roi ne donna pas suite à sa demande. Foulquier était le fils d'un négociant. D'abord nommé intendant à Saint-Domingue, en Guadeloupe puis en Martinique en 1785. 
      Le jardin fut créé le 30 pluviôse an XI (19 février 1803). Il semblerait que Joséphine de Beauharnais ne soit pas étrangère à cette décision. Rappelons que l'impératrice était née en Martinique et qu'elle se passionnait pour la botanique. De plus, la France souhaitait créer un jardin majestueux pour faire rayonner la botanique française dans la Caraïbe.Inauguré en 1803, le jardin se situait entre la route du Morne Rouge et les falaises du Morne Parnasse, à 10 minutes de marche de la ville de Saint-Pierre. Ce terrain était une ancienne propriété des sœurs Ursulines.

       Le texte de sa création fixait en détails les objectifs suivants :
      • L'amélioration et l'accroissement de la culture de toutes les plantes utiles, natives, ou exotiques, épices, fruits... qui se trouvent dans la colonie
      • Introduire et acclimater les plantes étrangères ayant des relations avec la végétation locale
      • Enrichir l'agriculture locale
      • Faciliter l'étude de la botanique 
      • Instruire les habitants dans l'utilisation et l'application des méthodes de culture 
      • Produire et échanger des produits avec les pays étrangers 
      • Distribuer aux pauvres les plantes médicinales locales
      • Fournir au Jardin des Plantes de Paris et aux autres colonies françaises les plantes qui leur manquent et qu'ils souhaitent posséder.
      Source ManiocLa fonction première du jardin des plantes était scientifique. Son rôle était de favoriser la naturalisation et la culture des arbres et des plantes utiles à la colonie, susceptibles de devenir une richesse pour celle-ci. Ainsi, une partie du jardin était réservée à l'école de botanique. Plusieurs pépinières furent créées dans le but de multiplier les plantes et d'améliorer certaines espèces (médicinales par exemple).
      "Les plantes vivantes et les graines que nous avons apportées d'Europe, celles qui, grâce au concours du Gouvernement, nous sont parvenues du Sénégal, de l'Inde et de l'Algérie, les végétaux que nous avons reçus des jardins botaniques avec lesquels nous avons établi des relations d'échange, enfin nos excursions dans l'île nous ont permis d'enrichir la collection du jardin de Saint-Pierre de quatre cent cinquante espèces entièrement nouvelles". (Revue coloniale : extrait des Annales maritimes et coloniales, Paris, Imprimerie et librairie administratives de Paul Dupont, 1857, p. 218.)
      Le jardin botanique de Saint-Pierre entretenait de nombreuses relations d'échanges avec les jardins botaniques de Saint-Vincent, de la Jamaïque, d'Algérie, du Sénégal, du Gabon et de France (Toulon, Montpellier, le Muséum de Paris). En 1856, le jardin botanique comptait pas moins de 1200 espèces de plantes !
      "La collection botanique se trouve [...] composée aujourd'hui de mille deux cents espèces au lieu de sept cent cinquante qu'elle possédait au 1er janvier 1853". [...] Nous avons envoyé dix collections composées de sept cent cinquante paquets ou flacons de graines et appartenant à deux cent soixante espèces aux jardins botaniques de la Trinité et de la Jamaïque auxquels nous devons, surtout à ce dernier, des plantes fort rares; au jardin de naturalisation du Gabon, dont les envois en graines sont si remarquables par le soin apporté à leur préparation et à leur conservation à la pépinière centrale de l'Algérie, aux jardins botaniques de Rochefort, Toulon et Montpellier, soit directement, soit par des intermédiaires...". (Revue coloniale : extrait des Annales maritimes et coloniales, Paris, Imprimerie et librairie administratives de Paul Dupont, 1857, p. 223 et 226.)
      Cascade au jardin botanique de Saint-Pierre
      (source Gallica)Plus d'une quinzaine de directeurs se sont succédé à la tête de l'institution. Le plus illustre fut le botaniste Charles Bélanger (1805-1881) qui a su redonner au jardin ses lettres de noblesse.
      Le jardin sera détruit lors de l'éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902.  Malheureusement le jardin des plantes ne fut pas reconstruit, il devint une légende, seuls les écrits de voyageurs, de journalistes, de romanciers, de botanistes nous rappellent l’existence de ce patrimoine botanique magnifique comme en témoignent les écrivains Lafacdio Hearn, Philémon Césaire ou Louis Garaud."A la sortie de la ville sur la route du Morne-Rouge, on pouvait admirer immédiatement après les Trois-Ponts, le Jardin Botanique "célèbre dans toutes les Antilles par ses riches collections et les merveilles de sa végétation" (Philémon Césaire, La Montagne Pelée et l'effroyable destruction de Saint-Pierre (Martinique) le 8 mai 1902 : le brusque réveil du volcan en 1929,  Paris, Impressions Printory et Georges Courville, 1930, p. 58.)"Le jardin de Saint-Pierre est une des merveilles du monde, mais une merveille inconnue. On y jouit de tous les enchantements qu'offre une forêt vierge." (Louis Garaud, Trois ans à la Martinique, Paris, Alcide Picard et Kaan, 1895, p. 179.)
      Les grands cycas
       du jardin botanique de Saint-Pierre
      (Source Gallica)Sur Manioc :

      Sur Gallica : 



      Bonne lecture !C.P.

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      Tracées de Jean Bernabé

      ven, 20/10/2017 - 10:54
      Hommage au professeur Jean Bernabé

      Le Centre de recherches interdisciplinaires en lettres, langues, arts et sciences humaines (CRILLASH) rend hommage au linguiste Jean Bernabé à travers un colloque international intitulé : "Tracées de Jean Bernabé" les 25, 26 et 27 octobre à l'université des Antilles (Martinique). Un deuxième hommage sera rendu  à ce grand défenseur de la langue créole par le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement de Martinique (CCEE), le 25 octobre.

      Sur Manioc 
      Etudes & Recherches :
      Vidéos :
      Retour sur notre article du blog du 12 avril dernier qui rendait hommage au professeur Bernabé > "Un hommage... sur le vif".
      Bonne lecture !C.P.

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      Le jardin créole

      jeu, 19/10/2017 - 11:26
      Le jardin créole de Manioc
      A l'occasion du festival ALIMENTERRE, Manioc vous fait découvrir plusieurs documents sur la thématique du jardin créole. En effet, cela fait maintenant 10 ans que se tient du 15 octobre au 30 novembre un événement international qui amène les citoyens à comprendre les causes de la faim et à se mobiliser pour l'accès de tous à une alimentation suffisante et de qualité en France et dans le monde. A l'occasion du Festival ALIMENTERRE, une sélection de films est projeté pour inciter et faire participer les citoyens à des débats et des rencontres avec les acteurs qui œuvrent pour une agriculture et une alimentation durable.
      Quelques mots sur le jardin créole :
      Le jardin créole désigne "une parcelle cultivée de plusieurs espèces végétales à cycles de développement différents et sur laquelle les techniques culturale sont réalisées de manière traditionnelle" (in Dictionnaire encyclopédique Désormeaux, p. 1472) . On y fait pousser des cultures vivrières comme le dachine, la patate douce, le chou caraïbe..., des cultures maraîchères (concombre, haricot, giraumon, gombo ...), mais aussi des plantes médicinales. Le jardin créole existait déjà durant l'esclavage. En effet, le maître attribuait un petit lopin de terre afin que ses esclaves puisse assurer leur auto-alimentation. Ils pouvaient vendre le surplus au marché et ainsi se constituer un petit pécule.
      Sur Manioc :

      Bonne découverte !C.P.

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      Les missionnaires aux Antilles : Le Père Breton

      lun, 16/10/2017 - 07:50
      Le Père Breton (1609-1679)
      Les sources narratives du début de la colonisation française sont limitées : le travail des "chroniqueurs" a longtemps représenté la première et principale source de travail des historiens. Manioc vous propose de redécouvrir certains d’entre eux. Notre premier focus se porte sur le père Raymond Breton.
      Né en 1609 à Beaume, Raymond Breton intègre à 16 ans le Prieuré Saint-Jacques à Paris.En 1635, il fait partie de l’expédition de Guadeloupe avec trois autres religieux de l’ordre des Dominicains comme lui-même et reste sur l’île les cinq premières années de sa colonisation. Le témoignage qu’il a rédigé, en latin, aurait servi d’inspiration aux œuvres de Du Tertre et Du Puis. 
      En 1640 il s’implante à Saint-Domingue et y réalise un méthodique et fastidieux travail de traduction des langues des autochtones. Ainsi, de 1664 à 1667, il publie trois ouvrages sur les langues et conceptualisation de la culture Kalinago : un petit catéchisme destiné aux Caraïbes, un dictionnaire français-caribe et une grammaire caraïbe. 
      Sur Manioc :

      Bonne lecture !
      A.S.

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      Focus Manioc : l'abbé Joseph Rennard (18../1958)

      lun, 09/10/2017 - 09:52
      Quelques mots sur l'abbé Rennard ...
      Cette semaine Manioc  vous propose de découvrir un personnage connu de l'histoire antillaise, celle de l’abbé Joseph Rennard, prêtre, auteur d'ouvrages et d'articles autour de l'histoire religieuse des Antilles. Il a analysé l'évolution ecclésiastique des Antilles françaises depuis les débuts de la colonisation jusqu'à la veille de la première guerre mondiale dans son ouvrage : Histoire religieuse des Antilles françaises des origines à 1914 (1954). Une source documentaire qui a aidé de nombreux chercheurs dont Gabriel Debien :
      "M. Rennard, qui a longtemps été curé à la Martinique, étudie le passé religieux de cette île depuis trente ans et plus. Il a vu les registres paroissiaux, les archives des fabriques, il connaît les traditions orales et chaque fois qu'il vient en France, c'est pour courir aux Archives Nationales ou à celles de la rue Oudinot. Il a même poussé jusqu'aux Archives de la Propagande à Rome. Il a publié des textes, une Bibliographie des sources de Vhistoire religieuse des Antilles, une Histoire des paroisses de la Martinique". (Gabriel Debien, J. Rennard, Histoire religieuse des Antilles françaises des origines à 1914, d'après des documents inédits, in Annales. Économies,, Sociétés, Civilisations. 11ᵉ année, N. 4, 1956. pp. 552-553).L'abbé Rennard a exercé en Martinique pendant près d'une quarantaine d'années, en s'intéressant à l'histoire locale de chaque paroisses. D'abord celle de Mont-Saxonneix en Savoie, puis celle de Martinique (curé à Case-Pilote, au François, au Robert), à Constantine et enfin à Philippeville où il est décédé.

      Sur Manioc :
      Sur le catalogue collectif des périodiques Caraïbe-Amazonie
      • Joseph Rennard, Les écoles de la Martinique au XVIIe et au XVIIIe siècle, Les Annales des Antilles : bulletin de la Société d'histoire de la Martinique, n° 22, 1978, p. 15-53.
      • Joseph Rennard, Les écoles à la Martinique au XIXème siècle jusqu'à la troisième République, Les Annales des Antilles : bulletin de la Société d'histoire de la Martinique, n° 22, 1978, p. 46-53.

      Autres documents : 
      • Joseph Rennard, Histoire religieuse des Antilles françaises des origines à 1914 : d’après des documents inédits, Paris, Société des Colonies françaises, 1954.
      • Gabriel Debien, Les papiers de l'abbé J. Rennard et l'Histoire religieuse des Antilles Françaises, in Caribbean Studies, Vol. 4, Janv. 1965, pp. 62-73.
      • Joseph Rennard, À propos d'un récent essai sur l'histoire religieuse de la Martinique, in Revue d'histoire de l'Église de France, 1924, Vol. 10, Numéro 48, pp. 320-332.

      Bonne lecture !
      C.P.

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      Frontières mouvantes en Amazonie

      lun, 02/10/2017 - 08:33
      Frontières mouvantes en Amazonie : le contesté anglo-brésilienSource Manioc
      L’effondrement de l’Empire espagnol à l’orée du XIXe siècle constitue un cas sans précédent historique : pour la première fois, un vaste territoire régi par une seule et même administration étatique éclate en plusieurs États indépendants. Si l’Empire couvrait un immense territoire, courant de Miami au cap Horn, l’Espagne n’a jamais pu, ni matériellement, ni humainement, occuper effectivement toute son étendue. Une très large partie des forêts tropicales, déserts arides des hauts-plateaux et vallées encaissées andines, échappaient à l’administration coloniale. À l’issue de ce processus de décolonisation, de multiples différents frontaliers éclatent entre les nouveaux États ou avec d’autres puissances coloniales.

      Cet état de fait se retrouve sur l’immense territoire du Brésil. Administré par le Portugal jusqu’au traité de paix signé à Rio de Janeiro le 29 août 1825, qui proclame l’indépendance de la colonie, ce dernier omet de mentionner expressément l’étendue du territoire du nouvel Empire brésilien alors proclamé. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu le différend frontalier entre la France et le Brésil en Guyane française.
      Cet épisode diplomatique, aujourd’hui abondamment documenté, occulte pour partie celui qui se joua quatre ans plus tard entre le Brésil et la colonie britannique de la Guyane anglaise lors du contesté anglo-brésilen de 1904. Elle-même issue de la partition de la Guyane hollandaise (actuel Suriname), la Guyane anglaise (actuel Guyana) n’entre définitivement dans le giron de l’Empire anglais qu’en 1804. À la fin des années 1820 et au début de la décennie suivante, deux missions britanniques à vocation missionnaire et scientifique, s’aventurèrent en territoire inconnu, au-delà des côtes atlantiques vers l’intérieur des terres et de ses épaisses et luxuriantes forêts tropicales. Ces incursions provoquèrent une suite invraisemblable de quiproquos et échauffourées diplomatiques entre les deux pays sur la question de leurs frontières respectives. Au final, le Brésil faisait valoir d’affluents en affluents une présomption progressive en faveur de la possession totale du bassin amazonien ; à ces prétentions, le Royaume-Uni opposait les principes du droit international qui exige une possession effectivement réalisée. D’abord limité au seul district de Pirana, le territoire contesté s’étendit ensuite à toute la zone hydrographique couvrant le cours du Rupununi.

      Source Manioc
      Devant les échecs répétés d’une entente à l’amiable, c’est finalement sur une proposition du Royaume-Uni que les deux puissances s’accordent à demander, à l’instar de la France au sujet du contesté de la Guyane, la médiation d’une nation tierce pour trancher cette épineuse question. L’article Ier du traité d’arbitrage signé en 1902 stipule ainsi : « Sa Majesté le Roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, Empereur des Indes et le Président des Etats-Unis du Brésil, conviennent d’inviter Sa Majesté le Roi d’Italie à décider comme arbitre la question relative à la frontière. » L’objet du contesté, décrit avec précision dans l’article II, porte sur un immense territoire, pour l’essentiel vierge d’exploration coloniale, d’environ 33 200 km². Le verdict final de juin 1904 met fin à ce contesté après soixante années de tensions. S’il semble défavorable au Royaume-Uni, ce dernier perdant des milliers de km² de territoire, l’Empire britannique est néanmoins assuré d’un accès au bassin amazonien en dépit de tout bon sens, le roi d’Italie se refusant à suivre la ligne de partage des eaux, principe premier qui anime tout découpage géographique. C’est aussi un camouflet diplomatique pour le Brésil puisque le jugement reprend à son compte le découpage proposé par Lord Salisbury en 1891, découpage alors rejeté par le Brésil.

      Sur Manioc

      Gallica Source 
      X.H.
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      La naissance du ministère des Colonies

      mer, 20/09/2017 - 13:28
      La naissance du ministère des Colonies
      Source Manioc
      Source ManiocLa France a été une des premières grandes puissances européennes à se lancer dans la conquête coloniale, depuis la découverte du Nouveau Monde jusqu’au partage de l’Afrique, en passant par les appétits que suscitaient les richesses, réelles et supposées, asiatiques. 
      Le premier empire français colonial était bien plus vaste que le territoire métropolitain, quoique beaucoup plus faiblement peuplé. Assez vite, est apparu au pouvoir la nécessité de réglementer cet espace immense au sein d’officine centrale en vue d’en titrer le plus de profits. Richelieu organise les premières, en créant en 1626 la charge de « grand maître, chef et surintendant du commerce et de la navigation ». L’idée d’une spécificité coloniale se fait de plus en plus pressante, et dès Colbert, la question de la nécessité et de l’utilité de la création d’un ministère affilié, se pose. Pourtant, il faudra attendre la fin du XIXè siècle pour qu’un ministère des Colonies soit effectivement créé. Auparavant, il se greffe sporadiquement sous la forme d’un simple bureau ou d’une direction attribué au ministère de la Marine, du Commerce ou encore de l’Algérie (à partir de 1830). 
      Source ManiocC’est à Théophile Delcassé (1852-1923), alors sous-secrétaire aux Colonies (1893), que l’on doit l’appui à la Chambre des députés d’une proposition, dont il avait rédigé le rapport, tendant à transformer son sous-secrétariat en ministère et qui obtint un vote favorable. Le 2 mars 1895, son discours à la Chambre fit un large tour d'horizon des possessions françaises d'outre-mer et mit l'accent sur la répression de la piraterie au Tonkin ; sur les aspects financiers, économiques, humains et sociaux de l'administration de l'Indochine ; sur la situation au Congo ; sur la mise en valeur des territoires africains par l'octroi de concessions – combattues par Jaurès qui y voyait un moyen d'expansion du capitalisme – ; sur la formation, enfin, d'une colonne ayant pour mission de protéger le pays de Kong, en Côte-d'Ivoire, contre les incursions des bandes armées de Samory.

      Source ManiocMais il faudra l’investiture d’André Lebon (1896-1898) pour qu’un ministre des Colonies visite officiellement l'une d'elles, le Sénégal. C’est aussi lui qui paracheva l’œuvre de Delcassé lorsqu'il partagea, contre l’avis de Pierre Savorgnan de Brazza, le Congo français (actuels Gabon, Congo-Brazzaville et Centrafrique) en 40 vastes concessions territoriales, totalisant quelque 700 000 km2 sur les 900 000 de l’ensemble, qui devaient permettre à des sociétés privées de mettre en valeur les ressources de la colonie. Ce régime de concession est une première dans l’histoire coloniale de la France qui, jusqu'ici, administrait directement les territoires coloniaux. Il est possible d’y voir une des premières causes de l’effondrement du second empire colonial français : renonçant à faire lui-même les investissements nécessaires, l’État espérait que l’initiative privée, sous l’aiguillon des bénéfices escomptés, mettrait d’elle-même le pays en valeur. La recherche des origines de cette politique en métropole suggère, outre la pression indéniable de certains milieux d’affaires spécialisés, la responsabilité majeure d’un gouvernement d’abord soucieux de faire des économies à court terme. 
      Le mandat de M. Lebon est ainsi entaché des dérives de ce système où les populations locales, sous la coupe des premières entreprises capitalistes, connaîtront une exploitation plus marquée que dans les territoires sous contrôle direct de la République. On devait aussi vivement lui reprocher d'avoir pris inutilement, comme ministre, à l'encontre du capitaine Dreyfus, prisonnier à l'île du Diable, des mesures d'une rigueur exceptionnelle que l'on ait allé jusqu'à qualifier de « tortures ». Après plusieurs échecs électoraux, M. Lebon s'adonne tout entier aux affaires et exerce les plus hautes fonctions dirigeantes de plusieurs compagnies financières ou industrielles.
      Source ManiocDu 22 juin 1899 au 3 juin 1902, Albert Decrais (1838-1915) fut ministre des Colonies dans le cabinet Waldeck-Rousseau et, à ce titre, eut à défendre le gouvernement contre l'assaut des interpellations de ses collègues de la Chambre ou des sénateurs, tant sur les grèves agricoles de la Martinique et sur leurs suites, que sur les événements du Soudan ou l'implantation française à Madagascar et, déjà, à justifier les budgets de son ministère.
      De nos jours, le ministère des Outre-mer est l’héritier direct du ministère des Colonies.

      Sur Manioc :

      Sur Gallica :
      • Caricatures de ministres : MM. Delcassé et Decrais [carte postale], [s.l.], [1894-1906 ca.], 2 documents iconographiques.

       X. H.
      Catégories: Manioc, UAG

      Journées Européennes du Patrimoine 2017

      mer, 13/09/2017 - 08:24
      "Jeunesse et Patrimoine"

      Pour cette 34e édition des Journées Européennes du Patrimoine, la jeunesse est mise à l'honneur ! Ce week-end tout est mis en oeuvre pour que les jeunes s'approprient le patrimoine. En effet, la sensibilisation des jeunes générations à la connaissance et la préservation du patrimoine est un objectif prioritaire du ministère de la culture. Si vous souhaitez connaitre les programmes des journées du patrimoine en Guadeloupe, Martinique et Guyane (cliquez sur les liens correspondants).Retrouvez sur Manioc plusieurs documents en rapport avec le patrimoine de nos territoires. Bonne découverte !
      Vidéos en ligne 


      Bonne découverte ! 
      C.P.
      Catégories: Manioc, UAG

      Focus Manioc : Alexandre Moreau de Jonnès (1778-1870)

      mar, 04/07/2017 - 08:06
      La rue Moreau de Jonnès
      En Martinique nous connaissons tous la rue Moreau de Jonnès à Fort-de-France. Mais qui était-il ? Économiste, statisticien, philanthrope, sociologue, peintre, Moreau de Jonnès était un homme peu conventionnel aimant les aventures et les voyages. De 14 à 27 ans, il participa à plusieurs expéditions parfois très risquées... Découvrons son parcours atypique.
      Né en 1778 à Paris, le jeune Alexandre étudia à Rennes ou il était pensionnaire de 1788 à 1791. Après que son établissement soit réquisitionné, il rentre à Paris et s'engage dans la Garde nationale. En 1792, il est incorporé dans la Compagnie du Morbihan et du Finistère. Sa première mission fut en Martinique en 1796. L'île était alors sous occupation anglaise. Il y retourna en 1802 en compagnie des amiraux Villeneuve et Villaret-Joyeuse, afin de reprendre l'île aux Anglais après le Traité d'Amiens. Il sera officier d'artillerie à l'expédition de Saint-Domingue. Puis nommé chef d'état-major de Villaret-Joyeuse. Il sera même fait prisonnier par les Anglais.
      Alexandre Moreau de Jonnès resta en Martinique pendant 7 ans au cours desquelles il épousa Rose de Gourselas, le 8 octobre 1810.Ces années lui permettent d'étudier l'île, sa géologie, sa géographie en l'explorant, l'analysant sous toutes les angles. Notons qu'il sera le premier à explorer les pitons du Carbet.
      A l'annonce du retour de Napoléon sur l'île d'Elbe, il retourna en France et s'engagea dans l'armée de La Loire.Plus tard, il sera attaché au cabinet du ministre de la Marine en tant qu'officier d'Etat-Major, en charge des travaux statistiques et topographiques. Il rédigea un ouvrage sur l'Histoire physique des Antilles françaises, savoir la Martinique et les îles de la Guadeloupe (1822).Il sera élu à l'Académie des sciences ainsi qu'à celle des sciences morales et politiques en 1849.A l'âge de 80 ans il publie ses mémoires d'aventurier sous le titre : Aventures de guerre au temps de la République et du Consulat. Moreau de Jonnès excella également en tant qu'artiste peintre dont certaines de ses œuvres étaient inspirées de la Martinique.Il décède à l'âge de 92 ans à Paris, le 28 mars 1870.

      Sur Manioc 

      Sur Gallica 

      Bonne lecture !
      C.P.

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